Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Réel média (Bernard de La Villardière) réduit la voilure

Des ruptures conventionnelles ont été proposées aux salariés du pure-player vidéo, qui a aussi suspendu ses piges.

Photo
SERGE TENANI / Hans Lucas via AFP

Un reportage sur une entreprise qui utilise l’intelligence artificielle pour sauver les coraux, les astuces d’une influenceuse zéro déchet ou encore le témoignage de Ginette Kolinka, survivante d’Auschwitz : sur ses réseaux sociaux, le pure-player Réel média diffuse des pastilles vidéos sur tous types de sujets. Le mot d’ordre ? Être un média « positif », « militant, écologiste mais pas fondamentaliste », comme expliquait à l’AFP au lancement en 2023 son cofondateur Bernard de la Villardière. Au printemps dernier, moins d’un an après, le présentateur d’Enquête Exclusive annonçait que le projet avait déjà atteint l’équilibre financier au premier semestre 2024.

Pourtant, selon nos informations, le média en ligne se serre la ceinture depuis la fin de l’année 2024. D’abord, les pigistes travaillant pour Réel ont vu leur volume de collaborations avec le média se tarir, jusqu’à tomber à zéro. À l’époque, les dirigeants leur expliquent qu’une levée de fonds aura lieu en janvier 2025, ce qui leur permettra de leur passer à nouveau des commandes. Mais finalement, cette levée de fonds n’a pas eu lieu. « C’est frustrant de ne pas comprendre vraiment ce qui se passe économiquement », souligne une source proche du dossier auprès de l’Informé. Fin janvier, Réel finit même par proposer des ruptures conventionnelles à ses salariés permanents. Selon nos informations, deux d’entre eux ont déjà décidé de s’en aller. L’un des deux rédacteurs en chef du média, Dominique Artus, va pour sa part se consacrer à « d’autres projets » au sein de Réel, nous explique le cofondateur et directeur général Arnaud Delomel.

Faut-il déduire de ce plan de départ qui ne dit pas son nom que le média est en difficultés financières ? Si plusieurs témoins nous assurent que c’est ce qui leur a été présenté, ses cofondateurs tiennent un tout autre discours : « Réel ne se porte pas mal, au contraire », assure Arnaud Delomel. Les associés indiquent avoir en réalité voulu proposer « une ouverture » à leurs salariés en CDI : « On devient plus sharp (pointu, ndlr) et exigeant sur les contenus (éco et industrie) et certains journalistes se disaient moins à l’aise sur ces thématiques que l’on va renforcer », explique ainsi Bernard de la Villardière à l’Informé. Si Arnaud Delomel reconnaît par ailleurs avoir « levé le pied » sur l’embauche de pigistes, il l’assure : ce n’est que « de façon provisoire ». Et ajoute qu’une levée de fonds est toujours envisagée, afin de lancer de nouveaux projets « liés à la tech, ou encore à d’autres médias ». « On a décidé de repousser la levée de fonds car le début d’année est très bon », appuie pour sa part Bernard de la Villardière. Pour rappel, le média avait levé 1,3 million d’euros lors de son lancement.

« Nous ambitionnons de devenir un acteur incontournable de la vidéo, d’être dans le top 3 des pure-players aux côtés de Brut, ou encore Loopsider », poursuit Delomel. Pour ce faire, les deux associés évoquent un mystérieux « projet » en cours de développement, et assurent ambitionner de recruter de nouveaux talents « dans les prochaines semaines ». En sus de ces changements, le média a déjà amorcé un léger changement de ligne éditoriale. Au programme : des sujets plus courts, davantage portés sur les entreprises et l’innovation, et l’accentuation de son activité pour les marques. Depuis son lancement, le média avait en effet annoncé baser son modèle économique sur la production de vidéos pour des entreprises, qu’il s’agisse de brand content ou de productions réalisées en marque blanche pour telle ou telle société (Engie, Axa, L’Occitane…). Une activité lucrative, mais pas sans impact pour le média. Selon nos informations, la CCIJP (Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels) a refusé de reconnaître Réel média comme un organe de presse en raison de ses productions pour des entreprises, et n’a donc pas délivré à ses salariés la carte de presse qu’ils réclamaient.