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Continuer la lectureNatacha Polony renonce à réclamer plus d’indemnités à Europe 1
Alors qu’elle espérait toucher 800 000 euros après son éviction brutale de la radio du groupe Lagardère, la directrice de la rédaction de Marianne jette l’éponge. Son licenciement était bien « non fondé » mais elle en percevra six fois moins.
Ils se sont connus, mariés, séparés. Professionnellement. Onze ans après le début de leur aventure radiophonique commune, Natacha Polony et Europe 1 viennent officiellement de divorcer. Dans la douleur. Au tribunal. Pour une histoire de gros sous, comme souvent. Embauchée le 9 juillet 2012 pour un premier contrat à durée déterminée d’usage [CDDU], la journaliste en a signé cinq autres dans la foulée. Figure phare de la radio, elle assurait la revue de presse à 8 h 35 dans la matinale, participait à une chronique dans Europe soir à 18 h 30 et co-présentait l’émission hebdomadaire Mediapolis le samedi aux côtés d’Olivier Duhamel. Mais après cinq ans de présence à l’antenne, tout s’est arrêté le 9 juillet 2017 : Natacha Polony ne faisait plus partie des effectifs.
Revenons au printemps 2017 : cela fait déjà plusieurs mois que sa future éviction se chuchote dans les dîners en ville. Le 7 juin, elle apprend par Donat Vidal Revel, le nouveau directeur délégué à l’information lors d’une entrevue, que sa revue de presse lui sera retirée à la rentrée de septembre. Natacha Polony s’en inquiète auprès de Frédéric Schlesinger, le tout nouveau vice-président et directeur général de la station. En vain. Elle s’en ouvre alors par mail au grand patron, Arnaud Lagardère : « la rumeur disant que Patrick Cohen se vantait dans tout Paris de m’avoir éjectée de la matinale était donc fondée... Comprenez que je m’inquiète ». Aucune réponse ? Si. Le 9 juin, elle reçoit un courrier en recommandé lui signifiant la fin de sa participation à toutes les émissions d’Europe 1 et qu’aucun autre contrat ne lui sera proposé. « Après coup, Natacha Polony comprend qu’elle a été « baladée » par Arnaud Lagardère », relatera maître Philippe Gumery, son avocat lors du bureau de jugement des prud’hommes le 11 janvier 2018.
Dès sa mise à l’écart, la journaliste décide de poursuivre la radio. Elle réclame la requalification des CDDU en CDI et une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. D’autres demandes sont développées à la barre pour une somme totale d’environ 800 000 €. Mais la formation prud’homale est incapable de se mettre d’accord et l’affaire est renvoyée devant un juge professionnel, le juge départiteur. Ce dernier rend son verdict le 17 janvier 2020 : la SNC Europe News, la société qui se cache derrière Europe 1, est condamnée à payer à la journaliste 27 400 € d’indemnité de requalification (des CDDU en CDI), 54 800 € d’indemnité compensatrice de préavis, 5 480 € d’indemnité compensatrice de congés payés, 137 000 € d’indemnité légale de licenciement et 164 400 € de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse (6 mois de salaire, sur la base d’un salaire mensuel de 27 400 € bruts). Soit un total de 389 080 euros.
Toussaint, Sotto, Roux, Assous et la Cour d’Appel
Les deux parties décident de faire appel. Natacha Polony souhaite que soient confirmées les sommes octroyées en première instance, et reprend ses demandes initiales faites aux prud’hommes, exigeant notamment la prise en compte des périodes « interstitielles » (les périodes d’été où les CDI peuvent prendre des congés en étant rémunérés) et la réparation d’un préjudice moral et d’image (« toute la presse dira alors qu’elle a été virée d’Europe 1 », rappelle son avocat). De son côté, Europe 1 demande le débouté total de ces demandes. Jérémie Assous, le très médiatique nouvel avocat de la station, essaie de faire tomber le principe de la requalification : « il est d’usage constant de recourir aux CDDU ». Il cogne, compare « cette excellente journaliste qu’on a connue chez Ruquier en CDDU » à la « Miss Météo de Canal+ » qui change tous les ans pour démontrer le caractère temporaire de la relation, le cœur du dossier. Il souligne qu’elle a un contrat sur LCI pour démolir le principe du préjudice d’image : « Elle avait d’autres employeurs ».
En défense de Natacha Polony, Me Philippe Gumery insiste : « Cet emploi aurait dû être fait sous forme de CDI ». Et de rappeler que Bruce Toussaint et Thomas Sotto, qui se sont succédé au micro d’Europe 1 comme « anchorman » pour la matinale avaient bien un CDI en poche. Ils ont été licenciés, avec indemnités sonnantes et trébuchantes, une fois leur successeur trouvé. « En brut, pour l’année 2016, Thomas Sotto percevait la somme de 607 008 €, soit 50 084 € par mois, hors avantages divers ». De son côté, Caroline Roux, chroniqueuse pendant 4 saisons, avait elle aussi un CDI. L’avocat de Natacha Polony rappelle qu’en lui annonçant au début de l’été qu’elle ne reprenait pas son travail en septembre, sa cliente était condamnée à attendre la saison radiophonique suivante, et donc à perdre un an. L’éditorialiste rebondit finalement en cumulant deux médias : une émission quotidienne sur LCI rémunérée 11 000 € par mois et une participation à une émission quotidienne, 5 jours par semaine, sur Sud Radio, pour 4 500 € par mois. Mais sa rémunération globale fond de 12 000 € par mois, souligne Me Gumery. Après une tentative de médiation infructueuse, la cour d’appel de Paris rend son arrêt le 29 juin 2022 : si elle confirme le fond juridique du dossier, elle réduit sensiblement les indemnités perçues par Natacha Polony : 27 400 € d’indemnité de requalification (des CDDU en CDI), 27 400 € d’indemnité compensatrice de préavis (contre le double aux prud’hommes), 2 740 € d’indemnité compensatrice de congés payés (le double aux prud’hommes), 20 550 € d’indemnité légale de licenciement (contre 137 000 € en première instance), 60 000 € de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse (164 400 € aux prud’hommes) et 1 500 € au titre des frais de justice. Total : 139 950 euros.
Clap de fin en Cour de Cassation
Évidemment déçue, Natacha Polony forme un pourvoi en Cour de Cassation le 23 septembre 2022. C’est ce pourvoi dont elle vient de désister. Mais pourquoi avoir laissé tomber ? « La discussion juridique a été de grande qualité. Elle aurait pu se poursuivre mais il est des moments où il faut fermer un dossier pour passer à autre chose. Il faut saluer la décision prise par Natacha Polony qui lui permet de se consacrer pleinement à « Marianne » », commente son avocat, maître Philippe Gumery. Pour la journaliste, onze ans après son entrée à Europe 1, la page est enfin tournée. « Je n’ai pas eu envie de poursuivre la procédure. Je respecte la décision de la Cour d’Appel et je ne veux pas perdre des années à poursuivre ce procès. Il faut accepter les choses telles qu’elles sont. Je ne veux plus me battre car cela prend de l’énergie et cela ramène au passé. Je préfère maintenant passer à autre chose. J’ai passé cinq belles années à Europe 1 au sein de cette grande radio que je continue à écouter. À présent, tout cela est derrière moi et je me consacre totalement à la direction du journal Marianne. »