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PMU : Cyril Linette réclame 3 millions d’euros après son éviction

L’Informé révèle que l’ex directeur général de l’entreprise de paris sportifs, révoqué brusquement en octobre 2021, a entamé plusieurs procédures contre son ancienne maison. Il attaque plusieurs acteurs clés de la filière hippique.

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Il y a un peu plus d’un an, un immeuble de bureaux coûtait sa place au directeur général du PMU. Le 21 octobre dernier, Cyril Linette était brusquement évincé de son poste quelques jours après avoir critiqué le projet « Thémis », qui prévoyait le déménagement de l’entreprise de paris sportifs dans un...

Le prochain round se tiendra devant le conseil des prud’hommes de Paris, le 1er mars prochain. Selon nos informations, Cyril Linette y attaque le GIE PMU ainsi que ses deux « sociétés mères », France Galop et Le Trot, et leur réclame au total plus de 3 millions d’euros. Le quinquagénaire, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, entend faire requalifier son mandat de directeur général en contrat de travail et espère que son éviction soit reconnue comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse. « L’enjeu de cette procédure est de montrer que Cyril Linette n’avait en réalité pas le pouvoir de diriger et défendre les intérêts du PMU : il était subordonné aux volontés de deux administrateurs de France Galop et du Trot, du fait de leurs instructions systématiques dans la gestion du GIE », explique son avocat, Me Christophe Ayela, contacté par L’Informé.

À ses yeux, les tensions autour du projet « Thémis » en sont l’ultime illustration. Rembobinons. Début 2020, le PMU cherche de nouveaux locaux. Émerge alors l’idée de réunir un seul et même lieu l’entreprise de paris et ses deux sociétés mères, les associations à but non lucratif France Galop et Le Trot, respectivement présidées par Édouard de Rothschild et Jean-Pierre Barjon. Le duo administre - avec 64 autres sociétés de courses régionales - le GIE PMU, lui-même en charge de l’ensemble des paris de la filière hippique. Au printemps de l’année dernière, les sociétés mères ont décidé de racheter la fameuse tour Thémis, située dans le nord de Paris, et d’en louer une partie au PMU. Problème, si Cyril Linette n’était a priori pas opposé au projet, l’ancien directeur général de L’Équipe arrivé à la tête de l’entreprise de paris sportifs en 2018, tique à la lecture du bail.

« Lors d’une réunion avec les syndicats et les sociétés mères, début octobre, il a mis le doigt sur les problèmes que posent ces nouveaux locaux, comme le fait que l’immeuble soit trop petit. Il n’avait pas tort, c’est ce qu’on reproche encore au bâtiment », se souvient une source syndicale, avant d’affirmer que le déménagement reste prévu pour le « deuxième trimestre 2023 ». De surcroît, Linette trouve à l’époque que le loyer est élevé, la durée du bail anormalement longue et la séparation réglementaire entre les entités de courses et de paris mal définie au sein du bâtiment. Sans compter que le PMU doit alors se contenter des bureaux du bas, bruyants à cause du périphérique qui les jouxte. « En découvrant des conditions de bail largement défavorables, écoutant aussi les alertes formulées par les organisations syndicales, j’ai émis les plus grandes réserves quant aux conditions économiques et sociales dans lesquelles ce projet commençait à se déployer » , explique Cyril Linette dans une vidéo diffusée en interne le 15 octobre 2021 et dévoilée par Mediapart.

Le jour même, la convocation pour l’assemblée générale du 21 octobre est envoyée aux membres du GIE PMU. L’ordre du jour : délibérer de la « révocation pour faute » de Linette. Le courrier l’accuse, entre autres griefs, d’avoir pris « des positions contradictoires dans la gestion du projet Thémis, changeant publiquement d’avis sans la moindre concertation préalable avec le conseil d’administration » et d’avoir généré « un climat social conflictuel avec l’ensemble des parties prenantes ». « Dès qu’il a osé poser des questions et discuter les conditions de ce bail imposé pour défendre l’intérêt du PMU, Cyril Linette a été évincé de manière violente », oppose Me Christophe Ayela. Dans sa vidéo aux airs de fronde, Cyril Linette prévenait qu’il se défendrait « pied à pied contre cette tentative de révocation ».

Suspicions de fraude

C’est ce qu’il a fait. D’abord en amont, avec une procédure de référé d’heure à heure pour tenter de reporter l’assemblée générale. En vain. Une fois démis, l’ex-DG a entamé une procédure devant le tribunal judiciaire de Paris pour tenter d’en suspendre les effets. Le dirigeant suspecte l’AG d’irrégularité : des pouvoirs ont pu selon lui être créés de toutes pièces par le GIE PMU et les sociétés mères pour se débarrasser de lui à la hâte. En cause, la présence peu nombreuse des membres ce jour-là et des anomalies sur les procurations, certains papiers n’étant pas signés ou présentant plusieurs écritures différentes par exemple. Linette demandait donc à la justice d’ordonner la transmission des pouvoirs originaux pour vérifier la légalité du vote.

De son côté, le PMU a fait valoir que ces suspicions de fraude étaient infondées : selon la société, les nombreux votes par procuration n’étaient pas surprenants vu le délai très bref dans lequel l’assemblée a été convoquée et il est d’usage que les présidents de groupe délèguent parfois la rédaction des pouvoirs à leur assistant. La cour d’appel de Paris a donné raison à l’entreprise. Dans un arrêt du 24 novembre dernier, l’instance juge qu’il n’y a « aucun élément de nature à créer un doute sur le fait que ceux qui ont apposé leur signature sur les pouvoirs ne seraient pas les présidents de groupe » et que Cyril Linette « ne justifie pas d’un motif légitime » à la communication des pouvoirs originaux.

Linette avait par ailleurs demandé que lui soit fourni un rapport établi par la mission d’expertise immobilière de l’État sur « Thémis ». Quelques jours avant son éviction, le conseil d’administration du GIE PMU s’était en effet déjà réuni et avait décidé de nommer un expert pour qu’il étudie les contours du projet. L’ex patron a plaidé devant la cour d’appel que si même les administrateurs représentant l’État - le PMU est placé sous la tutelle des ministères de l’Agriculture et du Budget - se sont inquiétés au point de diligenter une expertise sur le bail, ses propres craintes étaient donc légitimes et sa révocation injustifiée. La cour a néanmoins refusé d’ordonner à l’entreprise la communication du rapport, considérant que l’ancien DG « n’a pas été révoqué pour avoir critiqué ce projet mais pour son comportement fautif à l’occasion de la discussion qui a porté sur ce projet au sein du GIE PMU ».

Le troisième volet judiciaire porte d’ailleurs sur ces accusations de faute, brandies lors de l’assemblée générale et reprises dans la presse pour annoncer le départ de l’ancien DG. Selon nos informations, il a porté plainte pour diffamation à l’encontre de Philippe Augier, le maire de Deauville. À l’époque président du GIE PMU, c’est ce dernier qui est monté au créneau pour lister les reproches à l’encontre de Cyril Linette - la convocation à l’assemblée générale est signée de sa main - puis commenter l’éviction du dirigeant. Notamment dans une interview donnée à Ouest-France, où Philippe Augier explique que « le Conseil d’administration a convoqué Cyril Linette pour le révoquer pour faute grave ».

Selon nos informations, Philippe Augier ainsi que le quotidien régional ont été mis en examen pour diffamation il y a quelques semaines pour ces quelques lignes. « Sur le fond, je suis impatient de pouvoir m’expliquer et démontrer, sans difficulté, que ces propos ne sont en rien diffamatoires », affirme l’ex-président du GIE PMU, sollicité par L’Informé. Le PMU, Le Trot et France Galop n’ont souhaité faire aucun commentaire et ce - selon leurs termes communs - « au regard des procédures en cours et des décisions rendues qui, à date, ont toutes intégralement débouté M. Linette de ses demandes ».