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Continuer la lectureJordan Bardella et Philippe de Villiers n’ont pas sauvé l’éditeur Fayard
Malgré plusieurs gros succès dont le livre du président du Rassemblement national, l’éditeur dirigé par Lise Boëll a dégagé ses premières pertes depuis près de quinze ans. Il paye le départ de nombreux auteurs phares.
« Merci pour cette question à laquelle je m’attendais bien évidemment ». En cette fin avril au Casino de Paris, Arnaud Lagardère prend le micro pour répondre à Christopher Calmann-Lévy, actionnaire présent à l’assemblée générale de Lagardère. Ce dernier vient de dénoncer la politisation du groupe et ...
Dans le détail et selon l’institut Gfk, Mémoricide de Philippe de Villiers s’est écoulé à plus de 226 000 exemplaires et Ce que je cherche, de Jordan Bardella, à 202 000 copies. Post Mortem d’Olivier Tournut (Prix du Quai des Orfèvres) a également cartonné avec 150 000 ventes. Mais même en y ajoutant l’ouvrage de William Goldnadel, chroniqueur de la chaîne CNews (Journal de Guerre : c’est l’occident qu’on assassine, 54 600 exemplaires) et celui de la journaliste de CNews, Sonia Mabrouk (Et si demain tout s’inversait, 13 800), le compte n’y est pas.
Tous ces auteurs ont été signés par la nouvelle directrice, Lise Boëll, parachutée en juin 2024 en remplacement d’Isabelle Saporta poussée vers la sortie deux ans après son arrivée. Surnommée « l’éditrice des réacs », elle a bâti sa réputation grâce à des auteurs politiques très à droite, tel Éric Zemmour qu’elle avait fait venir chez Albin Michel. Son arrivée a été perçue comme une décision de Vincent Bolloré, devenu l’actionnaire de contrôle d’Hachette au travers de son groupe Vivendi en juin 2023. Ce changement de direction a provoqué la fuite de nombreuses plumes, notamment la romancière Aurélie Valogne (aujourd’hui chez JC Lattès), le politologue et chercheur François Gemenne, l’économiste de gauche Thomas Porcher ou encore le journaliste écologiste, Hugo Clément. « J’ai quitté Fayard et mon prochain ouvrage, une BD, sortira début octobre chez Dargaud », nous indique-t-il. Déjà en 2022, l’éditeur avait perdu de nombreux gros auteurs dans la foulée de l’éviction de l’éditrice Sophie de Closets par Arnaud Lagardère : Frédéric Lenoir, Jacques Attali, Gérard Davet, Fabrice Lhomme, Victor Castanet et surtout Virginie Grimaldi. « C’était une véritable machine à cash pour eux », analyse une spécialiste du secteur. De fait, la romancière vend en moyenne plus de 800 000 livres à chaque nouveauté.
Le changement de ligne éditoriale chez Fayard a même poussé des salariés à quitter le navire et à dénoncer cette dérive idéologique dans une tribune publiée dans le Nouvel Obs. « Il semblerait que la terre de cette maison d’édition soit de plus en plus brune (...). Il faut du mérite pour se battre en interne. Pour elles et eux aussi, nous ne pouvons nous taire. Nous n’irons pas sur les chemins de terre brune. »
Au bout du compte, le bilan économique s’avère donc négatif. « L’année a été marquée par une forte baisse du chiffre d’affaires de janvier à septembre et un quatrième trimestre historique », reconnaît Fayard dans ses comptes, faisant référence aux ouvrages de Jordan Bardella et de Philippe de Villiers. D’ailleurs, pour cette année, l’entreprise parie sur de nouveaux livres de ces deux personnalités et a pris des mesures d’économies comme la « diminution du nombre de nouveautés », « l’intensification du marketing éditorial en assurant la maîtrise des coûts » et l’optimisation « des charges d’exploitation ».
Mais pas sûr que cela soit suffisant. « Le nouveau tropisme politique, toute vapeur à droite de la droite, de la maison Fayard ne suffit pas actuellement à compenser les nombreux départs d’auteurs, dont celui de Virginie Grimaldi, juge auprès de l’Informé Éliane Calmann-Lévy, actionnaire du groupe. La mise en avant et la présence de personnalités très politiques ainsi que la récente parution du livre de Xenia Fedorova, pro russe, ne participent pas, pour des auteurs littéraires, à l’attractivité de cette grande maison. Tout ceci est assurément regrettable. »
D’autant que cette droitisation ne fonctionne pas à tous les coups. Malgré une grande campagne promotionnelle dans le JDNews et sur CNews, Bannie, l’ouvrage de l’ancienne dirigeante de la chaîne russe RT France, franchit à peine les 2 000 exemplaires tandis que Je ne regrette rien d’Éric Ciotti plafonne autour de 4 000 ventes. Enfin, le Rousseau d’Alain de Benoist, idéologue de l’extrême droite, n’a pas bien marché non plus. Petite consolation : le petit-fils de Villiers, Jacques, a écoulé près de 16 200 copies de son Bâtard du Roussillon. Interrogé sur ces chiffres, le nouveau directeur de la communication, Yenad Mlaraha, venu du cabinet de la ministre Marlène Schiappa, n’a pas répondu à nos sollicitations.