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Continuer la lectureAprès une annus horribilis, Fayard en passe de rebondir en 2023
Dirigée depuis plus d’un an par Isabelle Saporta, la maison d’édition a accusé une chute importante de son chiffre d’affaires l’an passé en raison, notamment, du départ de nombreux auteurs. Mais 2023 s’annonce comme un cru exceptionnel.
« Vous m’appelez pour me féliciter ? » A l’autre bout du fil, Isabelle Saporta aborde la conversation un brin provocante. Interrogée sur la chute des résultats de sa maison d’édition l’année dernière, au moment de son arrivée à la tête de l’éditeur Fayard, la PDG rétorque tout de go : « nous enregistrons en 2023 la plus forte croissance de tout notre groupe Hachette, avec plus de 19 millions d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre, soit bien mieux que l’ensemble de l’année dernière. C’est exceptionnel ! Je suis très contente ! ».
Et l’ancienne journaliste de détailler cette performance obtenue notamment grâce au succès des mémoires du prince Harry (Le Suppléant) et à celui de l’autobiographie du chanteur Florent Pagny (Pagny par Florent). La sortie en septembre de la biographie d’Elon Musk par Walter Isaacson - dont celle sur Steve Jobs fut un best-seller mondial - laisse entrevoir une fin d’année tout aussi bonne. Toutefois, ces trois contrats n’ont pas été signés par la nouvelle PDG mais par l’équipe précédente. Sans compter le très attendu livre de Nicolas Sarkozy : selon la Lettre A, l’ancien président de la République a quitté les Éditions de l’Observatoire pour rejoindre Fayard. Une information que refuse de confirmer Isabelle Saporta.
Ces bonnes nouvelles viennent atténuer une entrée en matière plus que difficile. Nommée en juin 2022, l’ancienne chroniqueuse d’Europe 1 a bouclé son premier exercice sur les pires résultats de l’histoire de la maison depuis 2014. Avec une activité en chute de près d’un quart à 14,5 millions d’euros, Fayard fait largement moins bien que l’ensemble de la littérature générale, à - 1,8% selon l’institut Gfk. Le résultat d’exploitation est tombé dans le rouge, passant de +1,8 million d’euros à - 908 000 euros, a constaté l’Informé, en raison de la hausse du coût du papier et de l’inflation. Le résultat net, lui, chute de 72%, mais reste légèrement positif à 533 000 euros. « Je ne suis pas magicienne. Quand on fracasse la maison avant de partir et qu’on l’ampute, à la dernière minute, de certains livres… » précise-t-elle.
Derrière ce « on », Isabelle Saporta vise sa prédécesseure Sophie de Closets partie rejoindre Flammarion. Quant aux « livres amputés », il s’agit d’une allusion à trois ouvrages qui devaient initialement être publiés chez Fayard, mais qui l’ont finalement été chez… Flammarion : Frédéric Lenoir (Le désir, une philosophie), Jacques Attali (Histoires et avenirs de l’éducation) et Michelle Obama (Cette lumière en nous). Un manque à gagner donc. « Je ne regrette pas d’avoir perdu Michelle Obama dont les ventes tournent autour de 50 000 exemplaires. Cela coûte 2 millions d’euros à Flammarion », moque la nouvelle patronne. Des informations dévoilées par le magazine Challenges mais non confirmées.
Plus ennuyeux, Sophie de Closets a convaincu des auteurs à succès de la suivre, dont deux en particulier à l’origine de best-sellers publiés en 2022 chez Fayard. Les fossoyeurs de Victor Castanet, enquête choc sur le scandale des Ehpad chez Orpea (Prix Albert Londres 2022), s’est écoulé à 170 000 exemplaires selon Gfk. Et Il nous restera ça de Virginie Grimaldi, l’une des plus grandes vendeuses de France, s’est vendu à 180 000 exemplaires.
Et ce n’est pas tout. Après le départ de Sophie de Closets, une bonne partie (« un quart » seulement selon Saporta) des 40 salariés a plié bagage, notamment dans l’encadrement, à l’exception du directeur général adjoint, Jérôme Laissus. Mais Isabelle Saporta fait contre mauvaise fortune bon cœur : « J’ai mis fin aux baronnies, promu de nombreuses personnes et rajeuni l’effectif. L’ambiance est aujourd’hui bien meilleure », se réjouit-elle. Ce rajeunissement des effectifs a logiquement permis de réduire la masse salariale « de plusieurs centaines de milliers d’euros, précise-t-elle. J’ai réduit les écarts de salaire, qui sont passés d’un à quinze à un à quatre ».
Enfin, la nouvelle PDG assure bénéficier - « à sa demande » - d’un salaire fixe moins élevé que sa prédécesseure. A cela s’ajoute un bonus variable indexé sur les résultats, bonus qui a donc été affecté par l’effondrement de la rentabilité en 2022. « Mon salaire est deux fois et demi-inférieur à celui de ma prédécesseure« , conclut donc Isabelle Saporta.
Désormais, elle parie sur le lancement de la collection Fayard Graphique dans laquelle le journaliste Hugo Clément ou encore l’économiste Thomas Porcher publieront des bandes dessinées tirées de leurs essais. « Une façon de parler aux plus jeunes », conclut-elle.
Mais l’événement le plus attendu est donc l’arrivée probable de Nicolas Sarkozy. Ironie du sort, la maison créée par Arthème Fayard en 1857 avait jusque-là publié de nombreux brûlots antisarkozystes, notamment La Haine, les années Sarko et Apocalypse, les années Fillon de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, deux journalistes d’investigation eux aussi partis l’an dernier chez Flammarion. Ces ouvrages se basaient notamment sur le témoignage de Jérôme Lavrilleux, ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé. Nicolas Sarkozy n’avait pas du tout apprécié les deux opus. Son sang n’a même fait qu’un tour lorsqu’il a appris que Fayard avait rémunéré Lavrilleux pour ses confidences. Selon Le Monde, il avait fait part de son courroux au téléphone à Sophie de Closets : « Comment osez-vous, Mme de Closette ? Vous savez que c’est Arnaud Lagardère, votre patron ? ». Or l’ancien président de la République est notoirement un proche du patron du groupe Lagardère, propriétaire de Hachette, et donc de Fayard. Arnaud Lagardère le considère comme un « frère » et l’a même nommé administrateur de son groupe.
Nicolas Sarkozy aurait donc poursuivi de sa vindicte Sophie de Closets, entraînant ainsi son départ. Dans ce conflit, Isabelle Saporta avait clairement pris la défense de l’ancien président. « Dans cette affaire, c’est Nicolas Sarkozy la victime. Ce n’est pas parce qu’on enquête sur lui qu’on peut l’enregistrer à son insu et rémunérer une source pour faire une enquête à charge contre lui», explique-t-elle dans le Monde.
Contactée, Sophie de Closets s’est refusée à tout commentaire.
Mise à jour du 23 juillet 2023 : un quart des salariés est parti affirme Isabelle Saporta. La baisse de sa rémunération n’est pas liée à la chute des résultats de Fayard en 2022.