Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Les mésaventures de Julien Lepers au pays des films d’auteur

L’ancien présentateur de « Questions pour un champion » vient de revendre le catalogue d’une centaine d’oeuvres des années 70-80 (Arrabal, Brialy…) qu’il avait acheté en 2011. Mais il bataille aujourd’hui pour récupérer son argent.

Photo
JOEL SAGET / AFP

Julien Lepers a un dada inattendu : le cinéma d’auteur français. En 2011, l’animateur télé s’est offert les droits de 121 œuvres datant essentiellement des années 70-80, dont une cinquantaine de longs métrages, mais aussi des courts métrages, des documentaires, etc. (cf. liste ci-dessous). On y trouve des réalisations de Jean-Claude Brialy, Fernando Arrabal, Werner Herzog, Marcel L’Herbier, Joël Seria, Gérard Frot-Coutaz, Jean-Claude Guiguet, Marie-Claude Treilhou… et surtout de Paul Vecchiali, propriétaire de ce catalogue à l’origine. L’ancien présentateur de Questions pour un champion s’est-il lassé de ces films exigeants ou confidentiels ? Ou à 76 ans, veut-il mettre de l’ordre dans ses affaires ? Quoi qu’il en soit, en 2020, il a décidé de revendre ses droits… et depuis, l’affaire tourne au mauvais scénario : voilà trois ans, qu’il bataille devant les tribunaux pour se faire payer son dû.

Au départ de toute cette histoire, il y a donc un catalogue détenu par la société de production Diagonale du réalisateur Paul Vecchiali. Le cinéaste le cède en 1996 pour 230 000 euros HT à Jacques Le Glou. Ce producteur revend ensuite tous ses films entre 2005 et 2008 pour 350 000 euros HT à une mystérieuse société monégasque baptisée VIP Entertainment (cf. encadré). Avant qu’en 2011, Julien Lepers s’en empare pour 300 000 euros HT, et le rétrocède en 2016 pour 290 000 euros à sa holding personnelle, RLGP SAS. En 2020, à son tour, il s’en sépare : après deux ans d’audit, le producteur Dominique Vignet se porte acquéreur, avec sa société Ciné Mag Bodard Le contrat de vente prévoit que RLGP touche 195 000 euros, puis durant 10 ans 10 % des bénéfices générés par l’exploitation du catalogue. Il stipule aussi que l’acheteur paie les frais de restauration des copies, notamment de Mais ne nous délivrez pas du mal, de Joël Seria.

Malheureusement, Dominique Vignet rencontre des difficultés financières. Ciné Mag Bodard est lâchée par sa banque, le Crédit coopératif, qui indique « ne plus être disposé à maintenir les concours court terme jusqu’alors consentis ». La banque nantit une partie du capital de l’entreprise en garantie d’un prêt de 200 000 euros, et inscrit cette créance au registre des privilèges en septembre 2025.

L’animateur, n’arrivant pas à se faire payer et ne recevant aucune information sur l’exploitation des films, saisit donc à trois reprises le tribunal de commerce de Paris, deux fois en référé et une fois au fond. Il vient de gagner ce dernier procès. Les juges consulaires ont ordonné à Ciné Mag Bodard de lui payer 72 000 euros de frais de restauration de Mais ne nous délivrez pas du mal, 10 000 euros de frais de procédure, et de fournir le décompte des bénéfices générés par le catalogue. La société a demandé un sursis de paiement de deux ans, mais en vain.

Contactés, Julien Lepers, ses avocats Fabien Honorat et Élise Ortolland, Dominique Vignet, son avocat Richard Arbib et Hervé Lehman, et les avocats de Jean-Jacques Negroni n’ont pas répondu.

Les acrobaties monégasques de Julien Lepers

Avant d’être racheté personnellement par Julien Lepers, le catalogue appartenait à une société monégasque baptisée VIP Entertainment. Elle a été créée et dirigée par un Italien résidant dans la principauté, Vincenzo Ballarini, qui en détenait 10 %. Les autres actionnaires sont inconnus, et Julien Lepers, questionné par le fisc français sur sa possible implication, a assuré « ne pas contrôler » la structure. VIP Entertainment a pourtant servi de réceptacle à plusieurs rémunérations dues à l’animateur. Précisément, entre 2003 et 2004, elle a encaissé les cachets de plusieurs prestations, ainsi que des royalties de son émission Question pour un champion. Lors d’un redressement, le fisc a réintégré ces sommes dans les revenus imposables de Julien Lepers. Une douloureuse confirmée ensuite en 2014 par le tribunal administratif de Nice, qui a jugé que « M. Lepers n’apporte aucun élément permettant d’établir que la facturation de ces prestations ou des royalties par VIP Entertainment aurait trouvé une contrepartie réelle dans une intervention [de VIP Entertainment] qui lui aurait été propre, et de regarder le service ainsi rendu comme l’ayant été pour son compte ».

Gontran Back de Surany, un encombrant ami

En 2009, Julien Lepers s’est retrouvé mêlé à un mic mac autour d’un autre catalogue de films. Un de ses amis proches, Gontran Back de Surany, a soutiré 656 296 euros à divers investisseurs en leur faisant miroiter des parts d’un portefeuille de films des années 70-80 (Arrête ton char… bidasse, Prends ta Rolls et va pointer, le Facteur de Saint-Tropez, Y’a pas le feu, Accroche ton père au vestiaire) prétendument détenus par une société baptisée « VIP Films ». Pour ces faits, Gontran Back de Surany a été renvoyé devant le tribunal correctionnel, l’ordonnance de renvoi indiquant : « Surany est parvenu à donner l’illusion d’un ancrage fort dans le monde du spectacle, en apparaissant publiquement aux côtés de Julien Lepers, en suggérant le fait d’être en affaires avec ce dernier. » « M. Surany gagnait la confiance des investisseurs en leur présentant notamment Julien Lepers », ajoutait un arrêt de la cour d’appel de Paris. Finalement, l’escroc a été condamné en 2020 à trois ans de prison ferme pour « escroquerie en récidive, complicité d’abus de biens sociaux, recel et interdiction de gérer à vie », comme l’a révélé Capital. Pour sa part, Julien Lepers n’a pas été inquiété, vu qu’il n’avait pas touché d’argent dans cette affaire. Il n’a pas été entendu lors de l’enquête, même comme témoin. Via son avocat, l’animateur a assuré être aussi une victime de Gontran Back de Surany, et avoir finalement porté plainte contre lui.

Les difficultés financières de Dominique Vignet

Dominique Vignet possédait une structure au Luxembourg baptisée Dynamics Films Library. Celle-ci a été condamnée en 2018 à payer 400 000 euros à un homme d’affaires marseillais, Jean-Jacques Negroni, ce qui l’a conduite à se déclarer en faillite en 2020, suivie en 2022 de sa maison mère, Phoenix Participations, elle aussi immatriculée dans le Grand-duché. Le producteur avait entre-temps transféré les actifs de Dynamics Films Library vers ses deux sociétés françaises, les Éditions Montparnasse et Ciné Mag Bodard. Jean-Jacques Negroni a donc tenté de saisir les actifs de ces structures françaises, pour l’instant en vain. Parallèlement, Dominique Vignet a déposé le bilan des Éditions Montparnasse fin 2023, n’arrivant plus à faire face à leurs dettes. En octobre dernier, la société a fait valider un plan de redressement, qui étale le paiement de 1,8 million d’euros de passif sur dix ans. Le tribunal de commerce de Paris a adopté ce plan, malgré un avis « totalement défavorable » du procureur de la République, qui le jugeait « irréaliste ».

Les longs métrages du catalogue

  • WONDERBOY (De sueur et de sang), ZONE FRANCHE, C’EST LA VIE !, LE CAFE DES JULES, CHANGE PAS DE MAIN, CORPS À CŒUR, EN HAUT DES MARCHE, L’ÉTRANGLEUR, FEMMES FEMMES, LA MACHINE, ONCE MORE, ROSA-LA-ROSE FILLE PUBLIQUE, LES RUSES DU DIABLE et TROUS DE MÉMOIRE de Paul Vecchiali.
  • LE BAL DES PASSANTS, CHEMINS SANS LOIS et LE LOUP DES MALVENEUR de Guillaume Radot
  • CASABLANCA et LA GRANDE VOLIÈRE de Georges Péclet
  • LA KERMESSE ROUGE de Paul Mesnier
  • LA NUIT FANTASTIQUE de Marcel l’Herbier
  • PORTRAIT D’UN ASSASSIN de Bernard Roland
  • ARCHIPEL DES AMOURS - neuf courts-métrages :
  • BEAU TEMPS… MAIS ORAGEUX EN FIN DE JOURNÉE de Gérard Frot-Coutaz
  • LES BELLES MANIÈRES de Jean-Claude Guiguet
  • CAUCHEMAR de Noël Simsolo
  • LA FILLE DU MAGICIEN de Claudine Bories
  • SIMONE BARBES OU LA VERTU de Marie-Claude Treilhou
  • ÉGLANTINE, L’OISEAU RARE et LES VOLETS CLOS de Jean-Claude Brialy
  • PARIS MINUIT de Frédéric Andréi
  • AGOSTO (Août) de Jorge Silva Melo
  • AMELIA LOPEZ O’NEILL de Valeria Sarmiento
  • LES ANNÉES-LUMIÈRE de Jean Chapot
  • BADJAO de François Floquet
    COUPABLE D’INNOCENCE de Marcin Ziebinski
  • DREYFUS OU L’INTOLÉRABLE VÉRITÉ de Jean Chérasse
  • LES EAUX DORMANTES de Jacques Tréfouël
  • ELLE de Valeria Sarmiento
  • LE FUTUR AUX TROUSSES de Dolores Grassian
  • GALAXIE de Mathias R. Meregny
  • HARRY NOUS A QUITTES de Ranguel Valtchanov
  • J’IRAI COMME UN CHEVAL FOU d’Arrabal
  • KANTUS de Francisco Norden
  • MAIS NE NOUS DÉLIVREZ PAS DU MAL de Joël Seria
  • LES NAUFRAGÉS de Miguel Littin
  • QUELQUE CHOSE DANS L’AIR de Peter Popzlatyev
  • REGARD D’UN AMATEUR et ROME ROMEO d’Alain Fleischer
  • ROBERT’S MOVIE de Canan Gerred
  • SIROCCO de Miklos Jancso
  • SIGNE DE FEU de Nino Bizzari
  • TERRE SACRÉE d’Emilio Pacull
  • TOUBAB BI de Moussa Touré
  • LA VIE EST DURE, NOUS AUSSI de Charles Castella
  • WOODABEE de Werner Herzog
  • CABOOSE de Richard Roy
  • LA MÉCANIQUE DES FEMMES de Jérôme de Missolz