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Continuer la lectureMK2 et Amazon se disputent les films de François Truffaut
S’appuyant sur un vieil accord, le groupe de la famille Karmitz estime pouvoir récupérer les droits de sept longs-métrages du réalisateur, tombés dans l’escarcelle du géant américain.
À l’occasion des 40 ans de la mort de François Truffaut, les hommages se multiplient. Le 25 octobre, France Télévisions va ainsi consacrer une soirée spéciale au réalisateur, et proposer sur son site Internet cinq de ses films. Tous achetés à MK2. Le groupe de Marin Karmitz détient en effet la majorité du catalogue du cinéaste suite au rachat en 1999 de sa société de production, les Films du carrosse, pour 41 millions de francs (6,25 millions d’euros). Il propose ces classiques sur son service de vidéo à la demande MK2 Curiosity, et parfois ailleurs, comme sur Netflix en 2020.
Il lui manque toutefois sept* longs métrages qui, selon nos informations, lui valent une bataille féroce avec le géant Amazon. La Mariée était en noir, l’Homme qui aimait les femmes ou encore l’Histoire d’Adèle H… Durant la Nouvelle vague, ces œuvres ont été coproduites par les Films du carrosse et les Artistes associés, filiale française de l’américain United Artists, ensuite rachetées par la MGM. Le fameux studio, plus connu pour son lion Leo rugissant et ses sagas James Bond ou Rocky, possède donc aujourd’hui tous les droits sur ces opus, sauf pour l’exploitation en salles de cinéma qui est gérée par MK2.
Mais, comme la major hollywoodienne a été rachetée à son tour par Amazon (pour 8,5 milliards de dollars) en 2022, MK2 tente de récupérer ces films. En effet, une clause d’un ancien contrat prévoyait que ces droits lui seraient proposés en cas de « changement de contrôle » du studio californien. Le producteur français a donc activé ce dispositif, mais s’est vu opposer une fin de non-recevoir de la part du géant de Seattle.
MK2 a alors saisi le tribunal judiciaire, qui a renvoyé l’affaire vers le tribunal de commerce, saisi en juin 2023. Pour sa défense, Amazon a d’abord argué que le litige relevait de la justice américaine, mais le juge a relevé que tout désaccord devait bien être tranché par « les tribunaux français », selon les termes du contrat. Ensuite, le géant du e-commerce a contesté tout « changement de contrôle ». Le magistrat a admis que les contrats ne disaient pas clairement si ce « changement de contrôle » concernait les Artistes associés, United artists, MGM, ou bien les trois. Il a aussi constaté que la définition de ces termes pouvait différer entre la loi française et celle du Delaware où est immatriculée MGM. « Cette notion (...) n’a pas une signification unique et communément comprise dans la loi de l’État du Delaware. Ainsi, déterminer ce que signifie changement de contrôle (...) nécessite une interprétation », indique la décision. Et d’ajouter « il n’est d’ailleurs même pas démontré que seule la loi de l’État du Delaware devrait être appliquée, étant donné la structure capitalistique du groupe. »
Un joli imbroglio juridique qui demande une instruction plus poussée qu’une procédure en référé, a estimé le tribunal. MK2 a donc été débouté et condamné à payer les 10 000 euros de frais d’avocats à ses adversaires américains.
Deux options sont désormais possibles. Soit les négociations en cours aboutissent à un accord amiable. Soit MK2 pourrait saisir à nouveau la justice, cette fois au fond. En attendant, on peut voir les sept films diffusés sur Prime Video, la plateforme d’Amazon…
Interrogés sur la suite des événements, MK2, n’a pas souhaité faire de commentaire tout comme Amazon.
* La Mariée était en noir, la Chambre verte, l’Homme qui aimait les femmes, l’Enfant sauvage, la Sirene Du Mississippi, l’Argent de poche et l’Histoire d’Adèle H.