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Transports - Auto

Le petit fournisseur augmente ses prix ? Le géant Forvia lui envoie un huissier à 6 heures du matin

Pénalisé par un marché automobile en crise et par son endettement, l’équipementier automobile (ex-Faurecia) tente par tous les moyens de réduire ses coûts. Parfois de manière très musclée.

Une plateforme de batteries présenté sur le stand de l’équipementier automobile Forvia au salon international de Munich en septembre 2023.
Une plateforme de batteries présenté sur le stand de l’équipementier automobile Forvia au salon international de Munich en septembre 2023. TOBIAS SCHWARZ / AFP

C’est une scène surprenante à laquelle les salariés de Polysemble Vendée ont été confrontés le 26 novembre dernier. « Vers 6 heures du matin, un huissier de justice accompagné d’une dizaine de personnes, dépêché par Forvia, s’est introduit sur le site de l’entreprise pour emporter des machines, s’étonne encore, auprès de l’Informé, Emanuel Figueiredo, le dirigeant de ce sous-traitant automobile installé aux Herbiers en Vendée. Très surpris, le personnel présent à cette heure dans l’usine a immédiatement alerté la gendarmerie, qui est intervenue rapidement et les a escortés hors du périmètre de l’entreprise. Ils n’ont rien pu emporter mais cet épisode a bien sûr provoqué une très forte inquiétude dans nos équipes. » Derrière cette séquence pour le moins inhabituelle ? Un conflit musclé entre cette PME de 130 salariés, spécialiste des pièces plastiques de sécurité et des sièges automobiles, et son principal client, l’ex-Faurecia.

Le groupe coté à la Bourse de Paris - 27 milliards d’euros de revenus en 2024 - assure depuis 30 ans au fournisseur vendéen près de 50 % de son chiffre d’affaires. Mais les relations entre les deux entreprises se sont envenimées sur fond de crise de l’industrie automobile en Europe. Le différend s’est considérablement accru ces dernières années sur les prix et les volumes commandés à Polysemble alors que les résultats du prestataire ont commencé à s’effondrer : son chiffre d’affaires est passé de 23 millions d’euros en 2022 à 17 millions en 2024.

Se retrouvant en pertes début 2025, Polysemble, détenu par le fonds américain AIAC, a appliqué une hausse de tarif importante. L’entreprise a, en outre, exigé une compensation financière pour la baisse des commandes enregistrée l’année précédente, en indiquant qu’en cas de refus, il ne pourrait plus produire les pièces prévues au contrat. Forvia s’est alors braqué et a engagé une procédure judiciaire contre le fournisseur : le 21 juillet 2025, il a déposé une requête devant le tribunal des activités économiques de Paris en vue d’obtenir le remboursement des augmentations de tarif appliquées. Le groupe a ensuite rompu le contrat de sous-traitance qui le lie à la PME vendéenne, avec un préavis de trois mois seulement. Motif invoqué ? Une « convenance personnelle », une disposition effectivement présente dans l’accord noué entre les deux sociétés. Face à cette nouvelle chute à venir de son activité, Polysemble s’est retrouvé contrainte de se placer sous mandat ad hoc, une procédure visant à faire émerger une solution avec ses partenaires. Le tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon a rendu une ordonnance en ce sens le 4 novembre dernier.

Mais les discussions ayant achoppé le 26 novembre, Forvia a donc dépêché un huissier de justice sur le site de son fournisseur vendéen pour tenter de récupérer ses moules industriels. Sauf que le tribunal des activités économiques de Paris, saisi en référé, lui avait ordonné, le 5 novembre, d’attendre la fin de la mission de l’administrateur ad hoc. L’huissier est reparti finalement les mains vides.

Ce conflit survient alors que le groupe automobile, dont la famille Peugeot détient 3,1 % du capital, est engagé dans une course contre la montre pour redresser ses ventes (-1 % en 2024), sa marge opérationnelle (dégradée de 10 points de base en 2024, à 5,2 %) et son endettement. Ce dernier s’est creusé en 2021 quand Faurecia a mis sur la table 5,7 milliards d’euros pour racheter l’équipementier allemand Hella et former Forvia.

L’industriel a lancé en février 2024 un plan à cinq ans de réduction drastique des coûts, baptisé « EU Forward », prévoyant jusqu’à 10 000 suppressions de postes en Europe d’ici 2028. Tout y passe : des usines voient leur fermeture programmée comme celle de Messei dans l’Orne, qui fabrique des pots d’échappement, et les autres voient leurs équipes réduites, comme à Redon (Ille-et-Vilaine), Caligny (Orne), Brières-les-Scellés et Étampes (Essonne). Il vient d’achever le plan de suppression de 110 postes dans la recherche et développement de son site de Méru, dans l’Oise. Le groupe s’apprête aussi à lancer un plan de départs volontaires concernant 77 postes à son usine de plasturgie à Saint-Michel en Meurthe-et-Moselle, selon nos informations.

Pour alléger sa dette, le groupe dirigé par Martin Fischer depuis mars dernier met aussi en vente des bijoux de famille, comme sa division Interiors (panneaux de portes, tableaux de bord), selon Bloomberg. Cette entité, qui pèse 19 % des revenus du groupe, reste sur un niveau de croissance élevé (+5 % en 2024 pour atteindre 5,1 milliards d’euros).

Contacté, le groupe Forvia n’a pas souhaité commenter nos informations.