Transports - Auto

SNCF : Jean Castex recrute un haut cadre… à la RATP

Offre professionnelle

L’ex-premier ministre s’apprête à créer un poste de secrétaire général au sein du groupe ferroviaire, qu’il vient de rejoindre. Et va le confier à une dirigeante de son ancienne maison malgré les nombreux sujets de concurrence entre les deux sociétés.

Jean Castex a pris le 3 novembre les fonctions de PDG du groupe SNCF.
Jean Castex a pris le 3 novembre les fonctions de PDG du groupe SNCF. OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

La nouvelle va en crisper quelques-uns. Depuis son transfert de la RATP vers la SNCF début novembre, Jean Castex pioche allégrement dans les équipes de la Régie parisienne pour s’entourer dans ses nouvelles fonctions. Dès les premiers jours de son mandat, il est déjà arrivé avec Arthur Lepel Cointet,...

Selon un cadre de la Régie parisienne, « Emmanuelle Cortot-Boucher est appréciée pour ses grandes qualités humaines et professionnelles, elle fait l’unanimité autour d’elle. Son transfert à la SNCF dit tout de la confiance que le PDG place en elle. » Jean Castex l’a déjà croisée plus tôt dans sa carrière : de 2007 à 2009, elle était conseillère technique chargée des affaires juridiques et diplomatiques de Xavier Bertrand, ministre du travail et de la solidarité, dont lui était le dircab. Cette conseillère d’État, passée par Polytechnique et l’Ena, avait été recrutée en 2022 par l’ancienne patronne du groupe, Catherine Guillouard à la toute fin de son mandat à la RATP, où l’ex-premier ministre l’a donc retrouvée. En tant que secrétaire générale, elle pilote depuis la sûreté des voyageurs et des agents (le GPSR, Groupe de protection et de sécurité des réseaux), la préparation des crises, les relations avec les élus, le juridique et la politique immobilière de l’entreprise.

Dans ses prochaines fonctions à la SNCF, Emmanuelle Cortot-Boucher pourrait avoir un périmètre aussi large : sûreté, juridique, immobilier, responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE), conformité… La fonction n’existe pas encore au sein du comex et Jean Castex a déjà commencé à lui faire de la place. Il devrait finir en début d’année prochaine, une étape nécessaire avant de formaliser le recrutement. « Cela pourrait permettre au PDG de mettre en œuvre une autre gouvernance, plus resserrée, indique une source au fait du dossier. Le comex compte 21 membres et Jean Castex ne tient pas à gérer en direct toutes ses relations, comme aimait le faire Jean-Pierre Farandou », son prédécesseur.

Le transfert soulève toutefois une difficulté majeure. « Une nouvelle recrue venue de la RATP, qui plus est à un poste aussi essentiel qu’un secrétariat général étendu, ne peut que se retrouver en conflit d’intérêts en arrivant à la SNCF », juge un expert du secteur. Le patron a déjà reconnu, pour sa propre personne, une telle situation lors de ses auditions devant les commissions du développement durable du Parlement pour la validation de sa nomination à la tête de l’entreprise publique. « Pour les appels d’offres en cours auxquels le groupe RATP et le groupe SNCF concourent l’un contre l’autre, qu’il s’agisse de Keolis sur les segments urbains ou de SNCF Voyageurs sur les trains express régionaux (TER), je me déporterai systématiquement », a-t-il promis, alors que cinq marchés seraient actuellement en compétition. Jean Castex s’est aussi engagé à se déporter de ces dossiers « pendant une période de trois ans à compter de [sa] nomination ».

Selon nos informations, le nouveau PDG du groupe SNCF s’est bien astreint à cette règle. Lors d’un de ses premiers conseils d’administration, le 3 décembre dernier, il s’est effectivement retiré le temps que l’organe valide la participation de la filiale Keolis à un appel d’offres en Australie auquel la Régie est aussi candidate. « C’était nécessaire, car Castex a bien sûr eu accès au dossier de préparation quand il était en fonctions à la RATP, indique un expert du secteur. L’exemple de l’Étoile de Caen [remporté par RATP Dev à la barbe de SNCF Voyageurs] en septembre dernier montre que ce sera aussi très souvent le cas pendant les trois premières années de son mandat, qui durera quatre ans. »

À l’inverse, certains proches jugent qu’Emmanuelle Cortot-Boucher ne suit pas, comme secrétaire générale, les procédures d’appels d’offres de la RATP. Et se retrouverait donc moins exposée. « Comme Jean Castex, elle sera soumise aux règles du comité d’éthique du groupe SNCF et elle se déportera si c’est jugé nécessaire », tranche une source proche du dossier. L’éventualité d’un déport devra être fixée ces prochaines semaines.

Contactées, la SNCF n’a pas souhaité faire de commentaires et Emmanuelle Cortot-Boucher n’a pas répondu.

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