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Continuer la lectureQuestions pour un champion : le licenciement de Julien Lepers était bien justifié
Évincé en 2016 de Questions pour un champion, Julien Lepers réclamait 3,5 millions d’euros à FremantleMedia France, son ancien employeur.
Top. Je suis un homme. Je suis un animateur de télévision. Je suis connu pour avoir incarné Questions pour un champion pendant vingt-huit ans. Je suis, je suis… Je suis Julien Lepers, le présentateur aux 900 000 questions du jeu de France 3, licencié le 5 janvier 2016. Écarté d’une antenne qu’il occu...
Pour son avocat Pierre-Olivier Lambert, le caractère discriminatoire du renvoi ne faisait pourtant aucun doute compte tenu des propos de Delphine Ernotte, nommée à la tête de France Télévisions mi-2015. « A son arrivée, elle déclare : “il y a trop d’hommes blancs de plus de 50 ans à la télévision française, il va falloir que cela change”. Le premier de la liste des victimes de cette discrimination sera Julien Lepers », avait indiqué le conseil, lors de l’audience prud’homale tenue le 8 mars 2018. Sur ce chef discriminatoire, il demandait une indemnité de 1 396 756 euros. En complément, il exigeait notamment 478 887 euros de dommages et intérêts pour rupture dans des conditions vexatoires et 500 000 euros pour le préjudice d’image que son client a subi.
Face à lui, Eric Manca, avocat de FremantleMedia avait pointé l’audimat déclinant de Julien Lepers. Selon lui, Question pour un champion, longtemps classée comme la première émission en audience sur sa case, était passée deuxième en 2008. « En 2012 et 2013, on passe à la troisième place et on ne redresse pas ensuite. En 2014, la question de son maintien est donc déjà posée ». En outre, maître Manca décrivait un animateur « antipathique, froid et prétentieux », payé 39 907,32 euros par mois, « pour six jours de travail environ ». De quoi révolter l’intéressé : « J’étais entre 1,5 et 2,2 millions de téléspectateurs. C’est unique en France, unique. Vous avez donné des documents qui sont faux, pour que le conseil juge sur des mensonges », s’était-il insurgé. Les chiffres officiels de Mediametrie sont pourtant têtus : de 13,5% en 2013, la part de marché de l’émission est tombée à 12,4% puis 11,4% en 2015. Perplexes, les conseillers prud’homaux avaient renvoyé l’affaire à un juge départiteur. En pleine crise sanitaire, ce dernier avait finalement ordonné à FremantleMedia de verser 798 146,40 euros correspondant à une indemnité contractuelle de vingt mois prévue entre l’animateur et son employeur, et 2 000 euros d’article 700, c’est-à-dire les frais de justice.
Cité par l’AFP, l’arrêt d’appel évoque deux rapports réalisés par la société Think Out. Déjà présentés et discutés en première instance (l’un d’octobre 2014, l’autre de décembre 2015), ils montrent que « l’audience de l’émission s’est sérieusement infléchie dans l’année qui a précédé la rupture du contrat de travail et que la désaffection des téléspectateurs n’avait pas de lien avec la formule même de l’émission ». Ces études mettent aussi « en évidence la lassitude, voire l’exaspération des habitués de l’émission en raison de la personnalité de l’animateur, qui ne s’est pas renouvelé, malgré les alertes, et n’a pas modifié son attitude notamment à l’égard des candidats ».
Contacté, Pierre-Olivier Lambert n’a pas répondu à nos sollicitations. FreemantleMedia et Julien Lepers n’ont pas souhaité faire de commentaires.
NB : l’article a été mis à jour le 18 mai avec des précisions apportées par l’AFP.
Quand le fisc saisit le salaire de Julien Lepers
Le litige entre Julien Lepers et son ancien employeur révèle une autre affaire: l’animateur a (encore) des ennuis avec le fisc. En effet, dans le jugement des prud’hommes, on découvre que, lors de la rupture, Fremantle a ponctionné 278.396 euros sur les indemnités de départ de l'animateur, pour les reverser au fisc. Le producteur a justifié avoir reçu de Bercy un “avis à tiers détenteur” datant de 2016 indiquant que le vedette du PAF devait au total 552.389 euros à l’administration fiscale. Cette ponction a été contestée par l’intéressé en première instance, puis en appel, mais en vain : les prud’hommes ont jugé que l’employeur n’avait “fait que son devoir en retenant les sommes dûes”.
Ce n’est pas le premier souci du genre pour l’ex-présentateur de Questions pour un champion. En 1994, il avait été condamné pour “fraude fiscale” par le tribunal de grande instance de Nanterre à 150.000 francs d’amende et un an de prison avec sursis. Explication: il n’avait pas déclaré la moitié de ses revenus sur les années 1987 et 1988, soit 1,3 million de francs, essentiellement des salaires et des droits d’auteur comme compositeur de chansons. Il avait écopé en parallèle d’un redressement de 795.670 francs, qu’il a contesté devant la justice administrative, en vain.
A partir de 2003, le fisc a contesté ses déclarations pour les années 2000 à 2004, rehaussant ses revenus de plus d’un million d’euros. Il a estimé que l’animateur avait déduit à tort toute une série de frais prétendument professionnels : chocolats, champagne, places de théâtre, annonce immobilière, lunettes, fleurs, parfums, vêtements de femme, blanchisserie, bandes dessinées, livres pour enfants, voyages au Maroc et à Dubaï... Il a aussi réintégré 307.930 euros investis à perte dans une société d'organisation de concerts à Nice. Il a aussi considéré que Julien Lepers était le réel bénéficiaire d’une série de cachets rémunérant des animations de jeux et d’événements, cachets qui avaient été versés non à l’animateur, mais à des sociétés monégasques. L’administration a aussi imposé 112.000 euros de revenus d’origine inconnue. Julien Lepers a argué -sans convaincre- qu’il s’agissait “d’économies conservées à son domicile”, qui avaient ensuite été “perdues lors d’une escroquerie dont il avait été victime lors de la vente de son appartement"… Pour couronner le tout, des pénalités de 40% pour non déclaration et mauvaise foi ont été infligées sur une partie des redressements. Là encore, les douloureuses ont été contestées devant la justice administrative, mais sans grand succès. Le redressement de 197 746 euros sur les années 2003 et 2004 a été validé. Pour les années 2000 à 2002, une partie des pénalités pour “mauvaise foi” a été annulée, mais le reste a été confirmé.
Contactés, Julien Lepers et ses avocats Laurent Mosser et Moad Nefati n’ont pas répondu.