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Médias - Culture

Cinéma : les (vrais) chiffres de MK2

Habituellement secret, l’exploitant de salles a dû se dévoiler un peu davantage à l’occasion d’une campagne de crowdfunding. On découvre un plan d’affaires ambitieux… et des finances un temps fragiles.

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ANDRE DURAND / AFP

Alors qu’UGC se vend à Canal+ et que Pathé ouvre son capital à la famille Saadé, MK2 a choisi une autre solution pour réunir des fonds tout en conservant son indépendance. Le groupe créé par Marin Karmitz a lancé une campagne de crowdfunding sur le site de Lita, où il a annoncé vouloir lever jusqu’à 5 millions d’euros pour financer une large refonte de son multiplexe de 20 salles du 13e arrondissement de Paris, le MK2 Bibliothèque. Les fonds doivent d’abord permettre la réfection des lieux, puis l’installation sur place d’un musée début 2027, avant l’ouverture d’un hôtel de 56 chambres l’été prochain – le second après le Paradiso inauguré à Nation en 2021. En pratique, le petit empire du 7e art propose aux internautes des actions sans droit de vote, avec un rendement garanti de 4 % à 8 % par an, et une promesse de rachat des titres dans cinq ans. Les petits porteurs deviendront ainsi actionnaires de MK2 Cinémas, l’entité qui réunit les 11 salles parisiennes du groupe. Il s’agit du septième réseau du pays, derrière Pathé, CGR, UGC, Megarama, Kinepolis et Cinéville, mais du troisième dans la capitale, avec 21,4 % des tickets vendus.

Cette opération permet d’en découvrir beaucoup sur les finances de MK2, un acteur pour le moins discret, qui ne dépose plus ses comptes depuis quinze ans. D’abord, les documents obtenus par l’Informé font état d’un plan d’affaires optimiste (cf. graphe ci-dessous). Entre 2025 et 2028, les entrées doivent passer de 3,2 à 4 millions, et le chiffre d’affaires de 34 à 44,8 millions d’euros. Quant au musée, il vise, en 2031, 237 285 entrées, 5 millions d’euros de produits d’exploitation, et une marge nette de 5 %. Ensuite, l’opération valorise MK2 Cinémas à 47,6 millions d’euros. Mais les salles parisiennes ne constituent qu’un tiers du groupe, également actif dans la production, la distribution et l’exploitation de salles en Espagne, pour un chiffre d’affaires total de 100 millions d’euros.

Talon d’Achille

Enfin, il s’avère que la volonté de la famille Karmitz de rester seul propriétaire de sa petite entreprise a un revers : un financement largement par emprunts. Résultat ? MK2 Cinéma supporte aujourd’hui une dette brute de 11,6 millions d’euros (hors créances vis-à-vis des autres filiales du groupe). À cela s’ajoute un endettement de 34,4 millions d’euros au niveau de sa maison mère MK2 Holding, essentiellement 30 millions d’euros d’obligations souscrites auprès de Zencap et Schelcher Prince en 2022. Difficile de connaître le montant de la dette totale du groupe, mutique sur le sujet. Le dernier chiffre publié remonte à 2011, et s’élevait à 147 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 49 millions d’euros seulement.

MK2 sortait alors d’une mauvaise passe financière, jamais ébruitée. Nous sommes en 2008, en pleine crise financière. À cette époque, l’entreprise s’appuie sur un pool bancaire (Neuflize OBC, Crédit lyonnais, Natixis, Caisses d’épargne, CIC, Finama) qui lui a prêté 22 millions d’euros. Seulement voilà : elle ne respecte plus les clauses des crédits et fait face à un découvert de 4,7 millions d’euros. Parallèlement, elle voit dangereusement se rapprocher l’échéance de remboursement, prévue en 2010, de 7.5 millions d’euros d’obligations convertibles souscrites auprès de la Caisse des dépôts. « La société a besoin d’obtenir un nouveau financement […] dans un contexte économique et financier rendant difficile l’obtention de financements », indique le rapport du conseil d’administration pour l’exercice 2008.

La famille Karmitz restructure alors sa dette, mais au prix de plusieurs sacrifices. Le crédit bancaire est renégocié, mais le catalogue est donné en garantie et la holding familiale MCNE avance 8,5 millions d’euros pour rembourser une partie de la créance.

Parallèlement, la Caisse des dépôts octroie 10 millions d’euros d’obligations, mais avec, comme l’admet MK2, un taux « très significatif » de 15 % par an, contre 4,5 % précédemment. Les obligations sont remboursables en actions, ce qui, en cas de conversion, donnerait à la CDC entre 32 % et 45 % du capital de MK2 SA, la holding de tête du groupe, valorisée seulement entre 25 et 45 millions d’euros (hors dette). La banque publique obtient aussi un droit d’opposition à « certaines décisions importantes », et le droit de désigner plusieurs membres du conseil de surveillance. Jean-Louis Girodolle (banquier chez Lazard), Philippe Citerne (banquier chez Perella) et Roger Martin (dirigeant de Vinci) rejoignent alors les trois membres de la famille Karmitz au sein de l’instance.

Heureusement pour le clan, MK2 réussit à sortir de cette emprise dans les deux années qui suivent. Le groupe rembourse à la fois le crédit bancaire et les obligations, grâce à des opérations de crédit-bail montées sur quatre multiplexes parisiens : Nation, Gambetta, Beaubourg, Bibliothèque (MK2 indique détenir aujourd’hui les murs de ces quatre salles). Les trois membres extérieurs quittent ensuite le conseil de surveillance.

Reste une coïncidence qui interroge : en janvier 2009, peu avant que la Caisse des dépôts accepte de sortir MK2 de sa mauvaise passe, Marin Karmitz accepte la proposition de Nicolas Sarkozy de diriger le Conseil de la création artistique, une nouvelle structure qualifiée alors de ‘ministère de la culture bis’. « Pour Sarkozy, c’est une belle prise de guerre », déclare alors le patron d’Arte Jérôme Clément. En effet, Marin Karmitz, qui fut communiste puis maoïste, s’était toujours revendiqué de gauche. Mais Nathanaël, le fils de Marin, assure à l’Informé qu’« il n’y a pas le debut d’un lien entre ces deux événements ». Quant au Conseil de la création artistique, il s’est autodissous deux ans plus tard, après avoir dépensé 4 millions d’euros dans différents projets culturels, dont certains ont perduré ensuite plusieurs années.