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Médias - Culture

Les fauteuils rouges de Complément d’enquête au cœur d’une étonnante bagarre

Le producteur de l’interview finale de l’émission a attaqué en justice France Télévisions qui a rompu leur relation commerciale après 18 ans de contrat.

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Les fauteuils rouges sont à Complément d’enquête ce que la banquette était au Divan jaune d’Henry Chapier : l’emblème de l’émission. Selon une mécanique bien rodée, Benoît Duquesne, Nicolas Poincaré, Thomas Sotto, Jacques Cardoze puis Tristan Waleckx - son présentateur actuel - s’y sont succédé depuis près de vingt ans pour passer au grill grands patrons ou personnalités politiques, au terme d’un documentaire d’une soixantaine de minutes. Cette interview, réalisée en plateau ou en extérieur, est à ce point importante dans le concept qu’elle a été confiée à un producteur exécutif dès le lancement du programme en 2001. C’est justement contre ce dernier que France Télévisions vient d’enregistrer une cinglante défaite en justice.

L’affaire remonte à mai 2018 lorsque la direction de France 2 décide de se séparer du prestataire historique du « fauteuil rouge » : la société Pendant ce temps-là de Philippe Lallemant. Par courrier, la chaîne publique informe l’homme de télé de la fin de leur relation au terme de la saison à venir, 2018-2019, en lui proposant un ultime contrat de 1,47 million d’euros. Une décision prise par la direction, et non par le présentateur de l’émission, qui a changé à la même époque, Thomas Sotto étant remplacé par Jacques Cardoze. Bien que de 14 mois, ce préavis est jugé insuffisant par la société de production, dont le chiffre d’affaires dépend à plus de 78 % de son client historique. Elle réclame donc une échéance deux fois plus lointaine, le temps de se retourner et de trouver de nouveaux contrats. Devant le refus de France Télévisions estimant le délai « déjà largement suffisant », Pendant ce temps-là décide de saisir le tribunal de commerce de Paris pour « rupture brutale des relations commerciales », ainsi que préjudice d’image personnel pour Philippe Lallemant, et pour « parasitisme ». En effet, elle estime être l’auteur de « la scénographie des fauteuils rouges, signature de Complément d’Enquête pour les plateaux ».

Au total, la société et son dirigeant réclament 1,14 million d’euros au groupe public. Pour sa défense, ce dernier estime qu’un nouveau contrat était négocié chaque saison, et pouvait donc s’arrêter à la fin de chacune d’elles. Il souligne que l’atteinte à l’image n’est pas prouvée, et que l’utilisation de deux fauteuils rouges « n’est qu’une simple idée, banale sur un plateau télé ».

Dans un premier temps, en 2021, Pendant ce temps-là est débouté de toutes ses demandes, mais fait appel de cette décision. Deux ans plus tard, il obtient gain de cause sur la rupture brutale, mais pas sur ses deux autres demandes. Le juge observe que le chiffre d’affaires de la société a lourdement chuté en raison de la fin de cette association. Supérieur à deux millions d’euros certaines années, il est tombé à 44 000 euros en 2020. Le magistrat a donc estimé que la dépendance économique était bien réelle, et que le préavis aurait dû être quatre mois plus long, soit 18 mois au lieu de 14. Le manque à gagner pour Pendant ce temps-là s’établit donc à 240 000 euros, et France Télévisions a accepté de payer sans se pourvoir en cassation.

Depuis cette affaire, France Télévisions a confié à plusieurs producteurs le soin de gérer l’interview finale. Et, visiblement pas trop fâchée, a accepté que Philippe Lallemant travaille pour sa filiale France.tv Studio. La société a aussi pour client Premières Lignes, producteur de… Cash Investigation sur France 2. Bientôt un fauteuil rouge pour Élise Lucet ?

Contactés, Philippe Lallemant et France Télévisions n’ont pas souhaité faire de commentaires.