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Continuer la lectureLe climat se tend chez Mediawan Prod (C à vous, C dans l’air, Ça commence aujourd’hui…)
De nombreux salariés du géant de la production télé se plaignent de sa réorganisation récente et dénoncent la brutalité du management.
« Il n’y a pas de sujet : l’ambiance est vraiment excellente. » En mars dernier, à l’occasion d’un entretien accordé au Parisien, Pierre-Antoine Capton balayait toutes les rumeurs d’un quelconque climat délétère au sein de son groupe Mediawan (partiellement propriété de Xavier Niel, actionnaire de l’Informé, ndlr). Le patron du premier studio indépendant européen de production (il compte quelque 80 maisons de prod’) estimait alors avoir « sans doute » été victime des propos de trois anciens salariés « dont les départs ces dernières années ne se sont pas bien passés ». Plusieurs articles, dont un de l’Informé, relataient pourtant des situations de malaise au sein de l’équipe de Troisième Oeil, un des labels de Mediawan.
Et la tentative du big boss d’éteindre la polémique n’a pas plu au sein de l’entreprise. « Quand on a lu ce démenti de Pierre-Antoine Capton, on s’est dit : il faut qu’on parle, souffle une salariée de Mediawan. L’ambiance n’est pas excellente, il y a en réalité un gros malaise, de la maltraitance, un manque de considération et de la souffrance au travail. » L’Informé a pu échanger avec une dizaine de salariés et ex-salariés - tous ont requis l’anonymat par peur des représailles - de Mediawan Prod. Cette entité regroupant les différentes sociétés de production de flux comme Troisième Œil Productions (C à vous, C l’hebdo), Réservoir Prod (Ça commence aujourd’hui, Recherche appartement ou maison), Maximal (C dans l’air), 909 ou encore Électron libre productions a fusionné fin 2024 avec Mediawan Studio France spécialisé dans les documentaires et les fictions (HPI, Le flambeau, Dix pour cent…). Une fusion grand format aboutissant à la naissance de Mediawan France.
Nos témoins nous ont fait part d’une ambiance compliquée au sein des très chics locaux de la société, avenue de Breteuil à Paris, d’un épuisement au travail, pour certains, et d’une incompréhension quant aux orientations globales de la société. « Tout ce qu’on lit dans les articles, tout est vrai », souffle l’employé d’une filiale. « C’est une belle boîte, mais les gens sont malheureux, abonde de son côté une ancienne salariée. Il y a une sale ambiance, et ça se sait dans les entreprises concurrentes. C’est chaotique. » Un dispositif en particulier concentre une grande partie des critiques émises par certains salariés : la mise en place, à la rentrée 2024, d’une cellule de développement commune aux labels de Mediawan Prod. Plutôt que de laisser à chaque maison de production la charge de son développement, la direction de Mediawan a créé un département dédié dirigé par Fanchon Giorda, auparavant directrice du développement et des programmes de flux chez Newen (TF1). « On nous a dit que ça simplifierait les choses, se souvient une employée. Ça nous interrogeait : on a tous des ADN différents, on trouvait ça étrange. » « La direction nous a assuré qu’il n’y aurait aucun changement, que les responsables de développement de chaque filiale travailleraient toujours sur les mêmes dossiers. Et que cette cellule permettrait de mieux communiquer, explique une autre employée. Mais on s’est rendu compte que c’était faux. »
La mise en place de la nouvelle entité a, en soi, également agacé certains membres de l’équipe qui y ont été affectés : « Tout a été fait dans un fouillis total, nous n’avons même pas été reçus par les RH », regrette une salariée. Aussi, une fois arrivés dans la cellule, « tout le monde a été mis au même niveau », indique une autre. « On nous a dit que chacun d’entre nous devait travailler sur les dossiers de tous les labels, et pas seulement sur les sujets qui relevaient de notre expertise », se souvient l’une des membres de la cellule. « On n’a pas de directives claires, l’organisation est très compliquée », confesse une autre. Aussi, l’ambition affichée de « mieux communiquer » sur les projets est rapidement devenue lettre morte. Les salariés ont par exemple découvert que plusieurs personnes avaient planché en secret sur un projet concernant Amazon et Lena Situations. Ce projet n’a pas abouti, mais il a révélé un manque de transparence qui n’a pas manqué de frustrer les équipes.
L’efficacité de la nouvelle organisation n’est donc pas au rendez-vous, à en croire certains salariés. « Ça ne marche pas, rien n’a été vendu à part des projets lancés avant sa mise en place, croit savoir une source interne. Les membres du staff dédié n’ont jamais le temps. C’est complètement désorganisé. » « L’existence même de cette cellule, en sus d’être un non-sens d’un point de vue éditorial, rajoute une couche de pression supplémentaire sur les équipes », estime une observatrice. « Mettre tout le monde ensemble et les pressuriser, n’est pas ce qu’il y a de plus créatif », dénonce un employé. Plusieurs sources relatent même un mal-être des salariés affectés au sein de la cellule. « Certains sortaient des réunions en pleurant, l’ambiance était affreuse », se souvient une employée passée par là. Au-delà de ces considérations, la création même de cette cellule symboliserait un reproche récurrent adressé à la direction de Mediawan : la volonté d’uniformisation des entités du groupe. En contradiction avec leur mantra : « Collectifs mais pas uniformes »…
Selon un salarié, « cette cellule laisse de moins en moins de liberté aux labels et permet de tout centraliser autour de Justine Planchon ». Cette figure historique du groupe a été nommée présidente de Mediawan Prod en mars 2022. « On devient tous estampillés Mediawan Prod », regrette la même source. « On a l’impression que Pierre Antoine Capton veut gommer les spécificités de chaque filiale », ajoute une autre. Nombreux sont ceux à dénoncer l’omniprésence de la direction dans les affaires de chaque label : « Il y a un vrai décalage entre les discours et les faits, on parle d’une ‘liberté des producteurs’ alors qu’en réalité l’ingérence est totale », dénonce une salariée. « Des émissions ont été mises en péril du fait de cette mainmise, accuse même une autre. Normalement c’est la ‘tambouille des filiales’, mais ils s’immiscent dedans. » Cette situation a, selon certains témoins, déjà provoqué des malentendus jusque chez les diffuseurs qui achètent les programmes de Mediawan Prod. « Aujourd’hui le groupe a une mauvaise image auprès des diffuseurs et des animateurs, qui ne comprennent pas notre mode de fonctionnement, explique une salariée. Un diffuseur m’a même dit ‘je ne veux plus venir chez Mediawan tant je sens la mauvaise ambiance.’ »
Beaucoup des critiques émises par les salariés se concentrent sur Justine Planchon. « Elle est en congé (maternité depuis le 8 mars comme elle l’a elle-même annoncé sur LinkedIn , ndlr) mais les gens appréhendent son retour », glisse un salarié. Et pour cause : « On a toujours le sentiment d’être mauvais à l’issue d’une réunion avec elle, confie une membre de l’entreprise. Tout le monde est fébrile en sortant, sonné… elle déprécie les gens, il n’y a pas de dialogue. Quand je dois aller à un rendez-vous, j’ai la boule au ventre, je me demande à quels reproches je vais encore avoir droit. » Plusieurs pointent le décalage entre le discours original et les actes de cette manager : « Quand on la rencontre, Justine a des discours forts, elle se présente comme une experte… mais c’est un écran de fumée », juge sévèrement l’une de ses subordonnées. « C’est quelqu’un qui maîtrise très bien sa com’. Elle évoque toujours les ‘nouveaux talents’... Mais on a l’impression qu’elle est tout le temps en représentation. C’est du storytelling », glisse un autre. Justine Planchon a, de fait, bénéficié d’une forte couverture médiatique ces dernières années : portrait dithyrambique dans Elle, présence dans le top 50 des personnalités les plus influentes du cinéma de Vanity Fair, décorée de l’Ordre national du Mérite… La patronne est partout, à tel point que la rumeur de sa candidature à la présidence de France Télévisions a même couru pendant un temps. « Elle fait tout pour garder une apparence parfaite, mais en réalité elle est redoutable », estime une employée.
Selon nos informations, un épisode concernant l’une des historiques de la maison, directrice générale d’une des filiales de Mediawan Prod a particulièrement remué les équipes. Pendant plusieurs mois, cette cheffe aurait subi une forte pression. « Elle faisait pare-feu, gérait des situations violentes », se souvient une membre de son équipe. Après une réunion tendue avec la direction, en plein lancement de la production d’un nouveau programme, elle aurait finalement été convoquée à un entretien préalable à une sanction disciplinaire. « La façon dont la direction l’a traitée a été un vrai choc pour ses équipes », souffle l’une de ses subordonnées. Si elle a finalement échappé à cette sanction, ce processus relève d’une menace, et d’une tentative d’intimidation selon certains.
Mais quid de Pierre-Antoine Capton, patron du groupe ? « Son mot d’ordre, c’est ‘pas de vague’, résume une ancienne de Mediawan Prod. Il dit toujours que sa porte est ouverte, mais ce n’est pas vrai. » Un avis partagé par de nombreux autres salariés, qui tiennent aussi le patron pour responsable de la situation. « Il y a un vrai « système Capton », avec la mise en concurrence des gens sous couvert d’émulation, estime l’une d’entre elles. On a le sentiment d’un énorme gâchis avec Mediawan Prod. » Pour certains, l’organigramme même de l’entreprise pose question : « Le problème chez Mediawan, c’est que tout le monde a des postes de direction mais on ne sait pas qui fait quoi », souffle un employé, évoquant l’exemple de Troisième Œil, dirigé par trois directeurs depuis octobre dernier. De son côté, le label Maximal notamment en charge de C dans l’air, l’émission incarnée par Caroline Roux, n’a toujours pas de directeur général depuis le départ de Bruno Gaston en janvier 2025. « C’est insensé. Certes, Maximal tourne, mais pour le développement de la boîte, on a besoin d’un DG », râle un salarié. Le label Georgia, lui, monté en grande pompe au sein de Mediawan Prod en 2022 par deux ex-employées de Coyote pour produire des « contenus feel good », a mis la clé sous la porte, et sa cofondatrice Laëtitia Lamic a été remerciée.
Interrogé sur l’ensemble des éléments présentés dans cet article, le groupe Mediawan nous a fait parvenir cette réponse : « Nous nous étonnons des témoignages anonymes que vous décrivez qui ne reflètent en rien la réalité de notre entreprise, ni de son quotidien ni de ses valeurs. Nous sommes profondément attachés au bien-être de nos collaborateurs et à l’harmonie du collectif. Dans un secteur en perpétuelle évolution, comme toute entreprise, il est normal que notre groupe et son organisation évoluent pour s’y adapter. Par ailleurs, nous soutenons le grand professionnalisme de Justine Planchon qui depuis sa nomination, avec le travail de toutes ses équipes passionnées et investies, a permis de développer de nombreux formats devenus des succès. » Et d’ajouter que « Par ailleurs, Justine Planchon réfute fermement les allégations portées sur son management. »