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Continuer la lectureLe gros cadeau de Scor à Albin Michel pour le convaincre de reprendre Humensis (PUF, Belin…)
Pour céder sa branche édition, le réassureur a dû renoncer à des apports en compte courant. Le repreneur est aujourd’hui contraint à des licenciements.
L’aventure dans l’édition de Scor se termine par un gros chèque versé au repreneur Albin Michel. Depuis la mort en 2023 de son emblématique dirigeant Denis Kessler, le réassureur cherchait à se défaire d’Humensis, sa filiale d’édition et de médias en difficulté. Elle compte notamment 11 maisons dont les Presses universitaires de France (Puf), Belin, Que sais-je ? ou encore les Éditions de l’Observatoire. La cession s’est bouclée en début d’année sur un prix de vente négatif, a appris l’Informé. En effet, Scor a renoncé à 14,7 millions d’euros apportés en compte courant ce qui s’est traduit par une perte sèche dans ses comptes. C’est donc une bonne affaire pour la famille Esménard qui contrôle Albin Michel.
Cette transaction est justifiée par la situation financière délicate dans laquelle était tombée Humensis, créée en 2016. Ces dernières années ont été tendues pour l’éditeur. Il a été confronté, comme tous ses confrères, à la hausse du prix du papier et de l’énergie. Et d’un point de vue éditorial, le pôle éducation (Belin, Boscher, Boussole…) - fondamental pour sa rentabilité - n’a pas pu bénéficier de la réforme importante des programmes de l’éducation nationale qui lui aurait permis d’éditer de nouveaux manuels scolaires.
Ces éléments ont pesé sur les résultats du groupe qui a enchaîné quatre exercices successifs dans le rouge. Son chiffre d’affaires, supérieur à 51 millions d’euros en 2019 avant la crise du Covid, a lourdement chuté pour s’établir à 36 millions d’euros en 2024. Et s’il affichait encore un résultat net positif de 265 000 euros en 2019, Humensis a accusé une perte de 5 millions d’euros l’an dernier, selon La Lettre.
Désormais aux manettes, Albin Michel a dû enclencher une réorganisation. Une trentaine de licenciements sont attendus dans les prochains mois. « Nous sommes en phase de consultation du comité social et économique. C’est une procédure très précise, qui nous oblige à une confidentialité totale », indique-t-on à l’Informé.
Outre l’éducation, Albin Michel fonde aussi des espoirs sur les Éditions de l’Observatoire qui connaît néanmoins un début d’année délicat. Cette maison spécialisée dans les documents et les essais comptait Nicolas Sarkozy parmi ses auteurs - un gros vendeur - hélas parti à la concurrence chez Fayard (groupe Hachette). Certaines sorties récentes de ce début d’année ne sont pas des succès : pour l’heure, Un chien parmi les loups, de l’ancien premier ministre, Bernard Cazeneuve, s’est écoulé à seulement 1038 exemplaires selon l’institut Gfk, et Résister, le pari de l’espoir d’Anne Hidalgo, a enregistré 518 ventes. « Le premier est un recueil de chroniques et son score est honorable mais je m’attendais à beaucoup mieux pour le second, je suis déçue, reconnaît Muriel Beyer, fondatrice et dirigeante des Éditions de l’Observatoire. Quant au départ à la concurrence de Nicolas Sarkozy avec qui j’entretiens de très bonnes relations, je dirais que j’ai eu le meilleur de lui ». Une allusion aux ventes de son dernier livre Le temps des combats publié chez Fayard, bien inférieures à celles de ses précédents ouvrages parus chez l’Observatoire.
En revanche, la dirigeante se félicite du bon démarrage de La soif de honte de Nicolas Bedos : plus de 3 500 exemplaires en première semaine, malgré les réticences à l’égard de l’auteur de certains libraires selon elle. Ainsi que de la montée en puissance surprise de l’essai Pourquoi les intellectuels se trompent de Samuel Fitoussi (plus de 1 000 ventes en deux semaines). Albin Michel espère aussi que Ne rien céder contre l’islamisme, le dernier opus de Bruno Retailleau, sera porté par l’actualité avec son élection à la présidence de LR. Surtout, l’éditeur mise gros sur l’ouvrage de l’humoriste Stéphane de Groodt, attendu à la rentrée « C’est l’un des plus gros vendeurs de livres et il en écrit peu », conclut Muriel Beyer.