L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLCI, films d’entreprise… les bonnes affaires de David Pujadas
Le talk-show quotidien du journaliste est produit en externe par sa société personnelle, qui a aussi réalisé des émissions institutionnelles. Entre les activités, la frontière est parfois floue.
Depuis 2017, David Pujadas anime chaque soir en access prime time sur LCI 24 heures Pujadas. Réunissant en moyenne 300 000 téléspectateurs, son talk-show d’actualité est un incontestable succès. C’est l’émission la plus regardée de la filiale de TF1 qui, à cette heure-là, devance régulièrement BFM TV...
Une formule fort lucrative pour David Pujadas. En effet, selon notre enquête, sa boîte de prod lui verse un salaire de 335 300 euros bruts par an. Auxquels s’ajoutent de copieux dividendes : pas moins de 2,5 millions d’euros depuis sa création. L’affaire va même devenir encore plus juteuse. En effet, Mathilde Pasinetti qui a été recrutée mi-2024 par TF1 comme directrice des magazines d’information a revendu sa participation de 49 % à son associé. Désormais seul maître à bord, David Pujadas empochera donc la totalité des profits distribués : une cagnotte d’environ un million d’euros par an, d’après nos calculs, si l’on se réfère aux deux derniers exercices.
Un nom en hommage à Houellebecq
David Pujadas a baptisé sa petite entreprise Particules Productions, en hommage aux Particules élémentaires de Michel Houellebecq, qu’il « considère comme le plus grand écrivain aujourd’hui ». Le romancier lui a renvoyé l’ascenseur en l’invitant à son mariage, et surtout en le citant dans ses romans Anéantir et Soumission, où il écrit : « David Pujadas depuis quelques années était devenu une icône […] il avait surclassé tous ses prédécesseurs par sa fermeté courtoise, son calme, son aptitude surtout à ignorer les insultes, à recentrer les affrontements qui partaient en vrille. »
Le journaliste précise à l’Informé n’avoir « aucun contrat de travail salarié avec TF1, pas plus qu’avec tout autre diffuseur ». Toutefois, la filiale du groupe Bouygues est son principal client, avec la quotidienne qu’il anime sur LCI et des reportages qu’il réalise pour TF1. Mais, précise-t-il, Particules Productions « a beaucoup de clients : France Télévisions, Arte, LCP… » Elle est, par exemple, à l’origine du Complément d’enquête sur l’affaire Bygmalion, ou du documentaire Zelensky d’Yves Jeuland et Ariane Chemin récemment diffusé sur Arte. Pour produire ces documentaires, Particules a fait appel à Guilaine Chenu, l’ancienne présentatrice d’Envoyé spécial.
Mais la petite entreprise de Pujadas ne se limite pas au journalisme. Elle produit aussi des films institutionnels pour Michelin, Hyundai ou encore les Clubs régionaux d’entreprises partenaires de l’insertion (Crepi). Pour Natixis, sa société a même réalisé un journal d’entreprise qui lui a valu le prix de la meilleure communication interne en 2022 décerné par Stratégies, la bible du secteur de la com’.
Le présentateur vedette souligne avoir pris plusieurs mesures pour « séparer rigoureusement » les activités journalistiques et publicitaires. La communication pour les entreprises a été logée dans une « filiale dédiée » baptisée Particules B, avec « une séparation étanche des personnes affectées aux deux domaines ». Chapeautée par Mathilde Pasinetti avant qu’elle ne rejoigne TF1, cette diversification a été dirigée de 2021 à 2024 par Pauline Gandaubert, une publicitaire qui avait passé neuf ans chez Havas. Sur son site web, Particules présente cette activité comme « une agence de conseil stratégique et éditorial, de production de contenus audiovisuels pour les marques ». Elle se propose de « mêler les expertises du journalisme et du conseil en communication ». Elle rappelle avoir été « créée par deux journalistes », une profession qui « maîtrise l’art de rendre concernant, d’intéresser et de parler aux gens. Cet œil et cette écriture, nous voulons les mettre au service des entreprises ».
Malgré toutes ses casquettes, David Pujadas estime ne jamais s’être retrouvé en conflit d’intérêts. Deux clients de Particule B posent toutefois question. D’abord Michelin. En janvier dernier, il a débattu dans son émission des déclarations de son patron. Et il a présenté la société et son PDG de manière élogieuse : « Michelin, c’est une entreprise à l’ancienne, où on essaye de prendre soin de ses salariés, de leur trouver un logement, et des salaires décents. [...] Florent Menegaux est un patron social et éthique. Sa démonstration éclaire tout le décrochage économique français. Il dévoile le pot aux roses, il nous fait toucher le problème du doigt ». Interrogé par l’Informé, le présentateur assure qu’« il n’a pas été question de Michelin en soi, mais des propos tenus par Florent Menegaux sur la compétitivité française devant une commission d’enquête parlementaire. Propos qui font suite à ceux de plusieurs autres grands patrons (Patrick Pouyanné, Luc Rémont…) largement évoqués également auparavant. Les propos de M. Menegaux s’inscrivent donc dans une thématique économique générale. Ils ont par ailleurs ‘fait’ l’actualité, et ont été largement repris partout. Notre traitement n’avait donc rien d’original ou de spécifique. Nous avons d’ailleurs cherché à avoir M. Menegaux en interview, mais sans succès ». Et de préciser que sa société avait effectivement travaillé pour Michelin, mais à une seule reprise trois ans plus tôt. Il n’a toutefois pas jugé nécessaire de le mentionner à l’antenne.
Le cas de Natixis, qui était le principal client corporate de Particules B, est aussi problématique. En effet, 24 heures Pujadas a régulièrement reçu Patrick Artus, employé par la banque jusqu’à mi-2024, comme chef économiste et membre du comité exécutif. « J’apprends après coup que Patrick Artus est chez Natixis, mais ce n’est pas cela qui le caractérise, explique David Pujadas à l’Informé. Patrick Artus est excellent, on se bat pour l’avoir. Il publie régulièrement des essais. Il fait partie des économistes régulièrement interviewés chez nous comme ailleurs, avec Christian Saint-Etienne, Thomas Piketty, Nicolas Baverez, Mathieu Plane, Anne-Sophie Alsif, Daniel Cohen… il y en a plein. Natixis n’a bien sûr jamais été évoquée à l’antenne, ni même les questions bancaires, de près ou de loin ». À l’époque Particules B travaillait en effet pour « une branche des ressources humaines chargée du recrutement et de la RSE chez Natixis », donc sur des sujets très éloignés.
Le départ de son associée historique a changé la donne pour Particules B. « C’était l’activité de Mathilde Pasinetti et d’elle seule (hors administration) avec des prestataires, explique David Pujadas à l’Informé. Le départ de Mathilde se traduit par la mise en sommeil de fait de Particules B. Je ne renonce pas complètement à la relancer un jour, mais ce n’est pas dans les priorités ».
Enfin, sur le plan déontologique, David Pujadas affirme avoir toujours refusé de faire des « ménages ». Lorsque TF1 l’avait fait figurer dans son catalogue de stars maison disponibles pour des animations rémunérées, le journaliste avait alors répondu à Capital n’avoir jamais donné son accord. Il ajoutait : « On m’a proposé de boire un café ou de déjeuner de temps en temps avec des grands patrons ou des annonceurs, ce que j’accepte de faire. En aucun cas, il n’a été question ni de promotion externe ni de rémunération. »
Les salaires de quelques stars de l’info
Patrick Poivre d’Arvor (sur TF1 en 2008) : salaire de 96 666 euros par mois, plus 150 000 euros bruts par an au titre d’une clause d’exclusivité (depuis 2000) (source : jugements dans son litige avec TF1)
Jean-Jacques Bourdin (sur RMC et BFM en 2018) : son salaire était versé à sa société personnelle Herschel, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 813 286 euros (source : comptes sociaux)
Laurent Delahousse (sur France Télévisions en 2015) : salaire de plus de 230 000 euros bruts par an, plus contrats de pigiste passés avec France Télévisions (21 en 2014) , plus rétribution par une société de production privée, Magnéto Presse qui produit Un jour un destin (source : rapport de la Cour des comptes sur France Télévisions)
Elise Lucet (sur France Télévisions en 2015) : salaire de plus de 205 000 euros bruts par an, plus rétribution par une société de production privée, Premières lignes, qui produit Cash Investigation (six émissions pour 66 000 euros en 2015) (Source : rapport de la Cour des comptes sur France Télévisions)