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Médias - Culture

La sortie d’un livre sur les Cézanne dégénère en conflit familial

Alors qu’il devait sortir le 10 avril, le « récit sulfureux » de Tess Cézanne sur la dynastie du célèbre peintre n’est toujours pas publié. Deux autres descendants tentent d’empêcher sa parution.

Le livre de Tess Cézanne verra-t-il le jour ?
Le livre de Tess Cézanne verra-t-il le jour ?

Les amateurs d’art le savent sûrement : cette année est placée sous le signe de Paul Cézanne à Aix-en-Provence. Sa ville natale, qui lui doit une renommée internationale grâce à ses œuvres représentant notamment la toute proche montagne Sainte-Victoire, a lancé « Cézanne 2025 ». De nombreux événement...

Et, en premier lieu, les conflits sur la propriété des œuvres, qui auraient entraîné des « contentieux » et nourri une « vénalité sans bornes » chez les membres de cette dynastie. « Turpitude, perversion et appât du gain, les membres de la famille s’étouffent les uns les autres », est-il écrit dans le résumé, qui scelle dès le début le pacte de lecture : « une plongée sans fard » au cœur de la famille Cézanne, « de Megève à Paris, en passant évidemment par la Provence ». « Entre faits réels, chroniques de vie et événements relatifs à l’existence de Paul Cézanne, qui ont été consciencieusement respectés, Tess Cézanne livre avec cet ouvrage un récit sulfureux et terriblement humain », conclut le texte.

Un résumé qui a visiblement heurté deux descendants du célèbre peintre, Philippe et Clément Cézanne, quand ils ont découvert en ligne la publication imminente du bouquin. Selon nos informations, les deux hommes, dont l’un est le grand-père de Tess Cézanne, ont assigné l’autrice et son éditeur en justice. Leur objectif ? Tenter d’obtenir le manuscrit en amont de sa publication, au motif qu’il pourrait selon eux porter une grave atteinte au respect de leur vie privée. Après avoir sollicité l’éditeur, sans succès, ils ont donc porté l’affaire devant le tribunal judiciaire de Paris, dans le cadre d’une procédure en référé.

Les deux hommes arguent en effet que la quatrième de couverture fait référence à la maison familiale des Cézanne, aux descendants du peintre et aux lieux qu’ils fréquentent. Ce qui leur fait penser que des éléments privés y figurent. La présentation indique d’ailleurs sans détour : l’autrice a « côtoyé au plus près tous les protagonistes (réels) qui font vivre ce livre » et « s’est nourrie de leurs allégresses et de leurs névroses afin de les retranscrire au plus près de la vérité ».

Les deux hommes craignent donc que ce récit « sulfureux » n’entache leur réputation et ne provoque des « dommages irréversibles » compte tenu des expressions employées comme « turpitudes », « perversion et appât du gain » ou encore « vénalité sans borne ». De son côté, l’éditeur considère au contraire que les deux hommes échouent à démontrer que le livre leur causerait un dommage d’une telle gravité qu’il ne pourrait être éventuellement réparé par des dommages et intérêts après publication. Et que les quelques mots de la présentation, « à vocation commerciale et souvent rédigée avec emphase » pour attirer les lecteurs, ne peuvent constituer une preuve suffisante.

Une publication reportée

Ces arguments ont visiblement convaincu les juges des référés. Le tribunal considère que même si l’ouvrage s’inscrit dans la rubrique « Biographie, témoignage, mémoire » et que sa description lui confère une « dimension autobiographique », le mot « romanesque » est employé pour décrire la tonalité générale de l’ouvrage. Le texte est en outre rédigé « en des termes généraux », qui empêchent les juges de déterminer si les éléments auxquels l’autrice fait référence relèvent de l’intimité ou s’ils sont notoires, « ce qui n’est pas exclu s’agissant d’une famille bénéficiant d’une importante notoriété ». Qui plus est, ordonner la transmission du manuscrit en se basant uniquement sur son résumé « reviendrait à conférer un droit de regard systématique » à toute personne susceptible d’être citée dans un ouvrage « en raison de la notoriété de son patronyme ». Une « atteinte démesurée à la liberté d’expression », selon le tribunal judiciaire de Paris. Il a donc récemment rejeté la demande de communication du livre.

Nonobstant, malgré cette première victoire de l’éditeur, le livre n’est toujours pas sorti. Et sa date de publication, initialement prévue le 10 avril, est pour l’instant programmée sur le site « Lisez ! » au 31 décembre… 2099. Une pirouette courante pour indiquer qu’aucune nouvelle échéance n’est encore fixée. Et pour cause. Selon nos informations, l’ouvrage va être retravaillé, sans doute pour être expurgé de certains passages sensibles et éviter ainsi des risques de condamnations ultérieurs de la part de la famille. « Il n’est même pas sûr qu’il sorte un jour », estime une source au fait du dossier. Ni l’autrice Tess Cézanne, ni l’avocate des demandeurs, Clément et Philippe Cézanne, ni celui de la société d’édition n’ont donné suite aux sollicitations de l’Informé. Ce silence général ajoute encore au mystère de la « La malédiction des Cézanne » : un livre qui n’aura jamais aussi bien porté son titre.