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Continuer la lectureVie privée : Élisabeth Borne fait condamner plusieurs passages de sa biographie non officielle
La cour d’appel de Versailles a estimé que plusieurs extraits de « La secrète », de Bérengère Bonte, allaient trop loin, notamment sur l’orientation sexuelle et la santé de l’ex-première ministre. Ils seront retirés des éventuelles réimpressions.
« Il y a des tas de femmes et d’hommes politiques qui n’ont aucun problème pour dire qu’ils sont homosexuels […] si je l’avais été, je n’aurais pas eu de problèmes pour le dire. » En octobre 2024, Elisabeth Borne revenait sur France Inter sur les rumeurs concernant son homosexualité. Un peu plus d’un an auparavant, la parution d’une biographie non officielle écrite par la journaliste Bérengère Bonte avait relancé les bruits de couloir au sujet de l’orientation sexuelle de celle qui était alors première ministre. Dans La secrète, l’autrice dressait le portrait d’une « résiliente à qui Emmanuel Macron [avait] confié l’impossible bataille des retraites », dépeinte comme un « bourreau de travail à l’insondable vie privée »…
L’ancienne Première ministre Élisabeth Borne revient sur les rumeurs concernant son homosexualité : "Je n’ai pas compris. J’ai trouvé ça incroyable qu’on puisse imaginer qu’à l’heure où l’on est, j’aurais pu être homosexuelle et ne pas le dire."#Le710Inter pic.twitter.com/JqNla0FVak
— France Inter (@franceinter) October 23, 2024
Au sein de l’ouvrage écoulé à plus de 7 000 exemplaires, l’ex-journaliste d’Europe 1 évoquait également Clotilde Valter, « l’amie de vingt ans » de la cheffe du gouvernement, « dont les uns et les autres lâchent le nom comme étant ’la’ potentielle compagne », ce que la proche de la chef du gouvernement en personne niait dans l’ouvrage. Mais l’autrice indiquait tout de même que la rumeur passait « parfois au rang d’intime conviction au sein même de Matignon » , et que plusieurs sources au sein du Service d’Information du gouvernement (SIG) étaient « catégoriques ». Indignée par ces propos, ainsi que d’autres liés à sa santé et à sa vie familiale, la femme politique avait annoncé assigner l’éditeur du livre devant le tribunal judiciaire de Nanterre, quinze jours après sa publication.
Avec un succès partiel : en juin 2023, la juridiction a ordonné la suppression du passage litigieux en cas de réimpression de l’ouvrage, et condamné les éditions de l’Archipel à verser 1 euro de dommages et intérêts à Elisabeth Borne. Une décision dont l’éditeur a fait appel. La procédure est toutefois loin de lui avoir réussi : le 31 mars dernier, la cour d’appel de Versailles a non seulement confirmé la suppression des passages litigieux, mais a également étendu les coupes dans le texte du livre. Dans les faits, la juridiction a estimé que certains passages étaient « directement relatifs à l’état de santé (’état de forme’) de Mme Borne », et que « même si le terme d’’anorexie mentale’ [n’était] pas employé », ils suggéraient « néanmoins très fortement l’existence de troubles alimentaires » : ’elle avait maigri’, ’ne mange presque plus’, ’anorexique’, ’cadavérique’, ’picorer à l’heure du dîner’, ’épaisse comme son petit doigt’, ’Il voit bien qu’elle souffre’, ’Elle ne mange vraiment plus rien’, ’s’isole aux toilettes pour vomir’ »… Aussi, les juges ont estimé que l’éditeur ne démontrait pas en quoi ces éléments relevaient de l’information légitime du public et contribuaient à un débat d’intérêt général, et donc qu’il y avait « lieu de retenir […] la primauté du droit au respect de la vie privée sur la liberté d’expression ». Elisabeth Borne a en revanche été déboutée de sa demande concernant les passages sur sa vie familiale. La cour a en effet souscrit à l’avis du tribunal judiciaire, qui estimait que ces passages relevaient d’un « débat d’intérêt général sous-jacent dans tout l’ouvrage sur la difficulté, en particulier pour une femme, de concilier vie privée et familiale avec l’exercice de hautes fonctions ».
Questionnée, le conseil de la femme politique Me Emilie Sudre a salué la décision : « Ma cliente Elisabeth Borne se déclare satisfaite de l’arrêt rendu par la cour d’appel de Versailles en ce qu’il confirme l’atteinte à sa vie privée résultant de la révélation de sa prétendue homosexualité, mais également en ce qu’il sanctionne désormais certains passages de l’ouvrage relatifs à sa prétendue anorexie. » Le conseil des éditions de l’Archipel n’avait pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article. « C’est un livre pour lequel j’ai travaillé en transparence avec Elisabeth Borne, nous avons eu deux rendez-vous devant dictaphone, elle m’a mis en contact avec ses proches qui se sont exprimés en ’on’ … explique de son côté l’autrice à l’Informé. Je n’ai jamais compris sa volte-face. Mais surtout j’estime avoir fait une enquête sérieuse sur des sujets d’information légitimes. Aurais-je touché un point sensible ? C’est la question que je me pose… »