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Finance - Conseil

Affaire Aristophil : surprise, Gérard Lhéritier plaide coupable pour éviter la prison

Condamnée à 5 ans de prison ferme en décembre, la tête pensante de cette vaste arnaque adossée à des manuscrits anciens devrait finalement purger sa peine dans sa luxueuse villa niçoise.

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MARTIN BUREAU / AFP

Le revirement est inattendu. En septembre dernier, mis en cause pour avoir vendu des investissements dans des manuscrits pour des montants énormes, soit au total un milliard d’euros, Gérard Lhéritier, fondateur d’Aristophil avait défendu son innocence durant tout son procès devant le tribunal judicia...

Mais après avoir fait appel, Gérard Lhéritier vient subitement de reconnaître sa culpabilité dans le cadre d’un plaider-coupable homologué le 14 avril dernier par la cour d’appel de Paris. Il s’agit plus précisément d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) : une négociation qui lui permet d’échapper à la case prison. Plutôt qu’à la maison d’arrêt, il résidera dans une de ses villas niçoises que la justice a aussi décidé de lui rendre : la CRPC réduit sa peine de cinq à trois ans d’emprisonnement, dont deux sous bracelet électronique et un an de sursis probatoire comportant obligation d’indemniser les parties civiles.

Ces dernières n’ont pas été tenues au courant de ces négociations, qui ont la particularité de ne concerner que la partie pénale de l’affaire : dans une CRPC en appel, les deux seules parties sont le parquet général et le condamné. Et l’appel se poursuit sur le volet civil car Gérard Lhéritier ne s’en est pas désisté. Il conteste toujours le montant des indemnisations à accorder aux victimes, soit 325 millions d’euros.

Accusé d’escroquerie en première instance, Gérard Lhéritier reconnaît dans sa CRPC des « pratiques commerciales trompeuses », mais aussi avoir « trompé en employant des manœuvres frauduleuses les souscripteurs de la société Aristophil », et avoir « fait de mauvaise foi un usage des biens et des crédits d’Aristophil qu’il savait contraire à l’intérêt de la société ».

En échange de cette reconnaissance de culpabilité, celui que certains ont baptisé le « Madoff à la française » réussit à récupérer près de la moitié des 80 millions d’euros d’actifs que la justice lui avait saisis. Gérard Lhéritier retrouvera ainsi la libre disposition de 10 millions d’euros de patrimoine immobilier, principalement des villas situées dans le sud de la France, dont la luxueuse villa avec piscine sur les hauteurs de Nice qu’il a déclarée comme domicile. Il conserve également 26 millions d’assurances-vie inscrites aux noms de ses enfants. Les quelque 8 000 victimes recensées devront se satisfaire de moins de 40 millions restants selon l’accord négocié avec le procureur général.

Gérard Lhéritier ne cessera décidément jamais d’étonner. Très introduit dans le monde du show-business comme celui des lettres, il était parvenu à convaincre près de 32 000 investisseurs à miser sur des manuscrits et des lettres rares, entre 2004 et 2018, dans le cadre d’un mécanisme que les enquêteurs de la brigade financière avaient qualifié de schéma de Ponzi : l’apport des nouvelles recrues permettait de payer les intérêts promis aux plus anciennes… Aujourd’hui âgé de 77 ans, il se présente comme historien et écrivain si l’on en croit son papier à en-tête.

Les parties civiles ne sont évidemment guère emballées par l’accord noué entre Lhéritier et le parquet. L’association de défense des investisseurs en lettres et manuscrits (Adilema) a d’ores et déjà choisi de se pourvoir en cassation à titre conservatoire. « Il nous a semblé nécessaire d’agir sur un dossier qui demande réflexion » observe son avocat Philippe Julien. On constate dans cette CRPC qu’une partie des actifs a été sortie, ce qui ne semble pas aller dans le sens des intérêts des victimes

Paradoxalement, ce pourvoi suspend l’exécution de la peine négociée. Si bien que Gérard Lheritier est aujourd’hui libre et sans bracelet électronique...

Avocat de plusieurs victimes d’Aristophil, Dimitri Pincent s’offusque également de cette CRPC. « Avec un tel remède judiciaire concocté hors la vue des milliers de parties civiles, les pyramides de Ponzi au milliard d’euros ont de l’avenir. Gérard Lhéritier montre, qu’en France, on peut escroquer des milliers de particuliers et continuer à leur faire offense en vivant comme un nabab sur bénédiction des autorités pénales. »

Contacté par l’Informé, Benoît Verger avocat de Gérard Lhéritier a transmis le commentaire suivant : « Cet accord conclu avec le Parquet général est la conclusion d’un parcours, celui d’une reconnaissance progressive des faits, objet des poursuites qui ont visé Gérard Lhéritier, associée à une acceptation certes difficile mais désormais assumée de ses responsabilités. Le temps du procès et la lecture du jugement ont en effet fini de battre en brèche les dernières digues sans doute psychologiques, étant en outre rappelé que l’état de santé de Monsieur Lhéritier s’est très fortement dégradé ces derniers mois. La démarche de mon client depuis le mois de janvier est de proposer à l’ensemble des parties civiles, sans distinction, de leur répartir spontanément l’intégralité de son patrimoine, selon un pourcentage individualisé. Il s’agit désormais de mettre collectivement en œuvre cet accord afin de ne favoriser aucune victime au détriment d’une autre. »