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Médias - Culture

La chute de Patrick Molle, l’ancien patron de l’EM Lyon

Après plusieurs échecs, l’ex-président de la prestigieuse école de commerce est condamné pour faillite personnelle. Il ne peut plus gérer d’entreprise pendant cinq ans.

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Patrick Molle est une figure, à la fois du gratin lyonnais et du monde de l’éducation. Spécialiste reconnu du marketing des biens de grande consommation, il a publié plusieurs ouvrages et gravi progressivement les échelons au sein de la prestigieuse EM Lyon. Enseignant à partir de 1985, il devient di...

C’est en 2011 que la dégringolade commence. Après 15 ans à la tête de l’EM Lyon, quatrième école de commerce et de management française, Patrick Molle est remercié à la suite d’une fronde des enseignants contre son management et ses choix stratégiques. Mais surtout parce qu’il apparaît qu’il a discrètement monté en parallèle un ambitieux projet : France Business School (FBS), fusion de l’ESCEM Tours-Poitiers et des ESC d’Amiens, Brest et Clermont-Ferrand. Il prend la direction de ce nouvel ensemble dans la foulée. L’objectif ? Peser à l’international, rationaliser les coûts et proposer un modèle innovant. Mais le rêve tourne vite court. En 2015, moins de trois ans après sa création, FBS est liquidée, entraînant la suppression de 181 emplois sur les campus d’Amiens et de l’ESCEM Tours-Poitiers. Un échec que la chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine impute, dans un rapport publié le 13 mars 2017, à une « gouvernance déficiente », « une ambition internationale démesurée » ainsi qu’à une « comptabilité totalement désorganisée » aboutissant à un surcoût de 36,6 millions d’euros à la charge du contribuable. Les quatre écoles reprennent leur indépendance. Premier échec.

Mais Patrick Molle a de la ressource. Il rebondit en rachetant l’école privée lyonnaise Cours Pascal pour un euro symbolique en février 2015. Puis fonde le réseau d’établissements d’enseignement supérieur New World Education en septembre 2016, associé à Rodolphe Léon. Inspiré par l’école 42 de Xavier Niel (actionnaire à titre individuel de l’Informé), Patrick Molle veut créer un « village numérique multifonction » ouvert sur l’international, « sorte de groupe Leclerc de l’éducation [...] dont les membres restent autonomes et où chacun [..] trouve son compte », comme il le détaille dans le média Lyon Entreprise. Pour faire grossir le « village », il acquiert encore plusieurs autres structures, comme le Cours Etienne Geoffroy Saint Hilaire – école privée hors contrat qu’il dirige encore actuellement – ou encore la société Art Communication Creation spécialisée dans la formation en « soft skills » tels que le développement des capacités de communication, le leadership, ou les réponses aux situations de stress ou de crise.

Mais encore une fois, le projet capote, trois ans après son lancement. En l’espace de six mois, sa holding TEIA puis le Cour Pascal sont liquidés. Constatant des problèmes de gestion au sein de l’entreprise ainsi qu’un manque de collaboration de Patrick Molle dans la procédure, le mandataire Jérôme Allais assigne même le dirigeant devant le tribunal de commerce de Lyon pour que soit prononcée à son encontre une mesure de faillite personnelle.

Il est notamment reproché à Patrick Molle de ne s’être pas présenté au rendez-vous fixé avec le commissaire priseur et de n’avoir pas transmis les pièces exigées à quatre reprises par le liquidateur (comptabilité, liste des créanciers, montant des dettes, principaux contrats et instances en cours). Le dirigeant est également accusé d’avoir dissimulé 30 000 euros dans le cadre de la cession de la marque Cours Pascal et de son nom de domaine, rachetés par New World Education. Il n’aurait rien fait pour procéder au recouvrement de cette somme, qui restait à régler par NWE et qui aurait pu bénéficier aux créanciers de l’entreprise. Le liquidateur judiciaire reproche aussi à Patrick Molle d’avoir continué à rembourser un prêt auprès de la Société Générale au détriment de fournisseurs. Il faut dire qu’il s’était porté personnellement caution dessus. En continuant à régler la banque, le dirigeant évitait ainsi qu’elle se retourne directement contre lui.

En 2021, l’entrepreneur ne se présente pas à l’audience du tribunal de commerce. « Il pensait qu’il recevrait un acte de justice le convoquant pour l’audience, mais il n’a jamais rien reçu », justifie son avocat, Me Christophe Neyret. Les juges constatent donc « la défaillance volontaire du dirigeant dans la gestion de son entreprise » et prononcent une faillite personnelle de 10 ans à son encontre. Patrick Molle fait appel, et transmet finalement de nouveaux documents dans le cadre de la procédure… moins de vingt minutes avant la clôture des débats, le 30 mars 2023. Le mandataire Jérôme Allais n’ayant pas eu le temps d’en prendre connaissance, la cour déclare les pièces irrecevables. Pour justifier le fait qu’il ne se soit pas présenté au rendez-vous du commissaire priseur, le dirigeant explique avoir oublié de transférer le siège social du Cours Pascal lorsqu’il a déménagé l’école : les convocations ne lui seraient donc pas parvenues. « C’est là qu’il a commis une erreur, reconnaît son avocat. Mais ce n’était pas une volonté de se soustraire à quoi que ce soit ou de détourner quelque actif que ce soit. Il n’y avait plus de meubles au Cours Pascal et le commissaire priseur n’avait rien à saisir. » Mais pour la cour d’appel, vingt mois d’« oubli » relèvent plus d’un « manquement volontaire » que d’une « simple négligence ».

La cour juge donc que le dirigeant a volontairement refusé de coopérer et fait obstacle au bon déroulement de la liquidation. Elle constate également que Patrick Molle a sciemment choisi de payer en priorité les sommes dues à la Société Générale, au détriment des autres créanciers, et qu’il n’a pas justifié avoir tenu de comptabilité pour les années 2016, 2017 et 2018. « La comptabilité papier était stockée dans les locaux de l’école qu’il exploite à Paris, qui a connu des infiltrations d’eau extrêmement importantes, explique Me Neyret. C’est pourquoi mon client a été dans l’incapacité de fournir ces documents, deux ou trois ans plus tard. » Le « village numérique » n’avait donc pas de sauvegardes informatiques.

La cour est cependant revenue sur la dissimulation d’actifs, les 30 000 euros ayant été payés par le Cours Saint Hilaire – propriété de Patrick Molle – directement auprès des créanciers du Cours Pascal. Le 7 septembre 2023, l’ancien directeur de l’EM Lyon est finalement condamné à une faillite personnelle de 5 ans : il lui est donc interdit de gérer, diriger, administrer ou contrôler une entreprise pendant cette période. « C’est deux fois moins que ce qui avait été décidé par le tribunal de commerce », rappelle son avocat. Qui regrette tout de même la fin de carrière « un peu triste » de son client : « Patrick Molle a été novateur à la tête de l’EM Lyon, il a fait beaucoup pour l’enseignement supérieur en France. Mais il s’est engagé dans une aventure entrepreneuriale dont il n’a pas mesuré toute la difficulté, et la sanction est tombée. » Contactée, la SELARL Jérôme Allais indique n’avoir « aucune déclaration à faire ».