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L’OM traîné en justice aux États-Unis pour son label de rap

Sous la houlette de son ancien président Jacques-Henri Eyraud, l’Olympique de Marseille avait créé la maison de production OM Records. Problème : un label du même nom existait déjà en Californie.

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CHRISTOPHE SIMON / AFP

En février 2017, l’ancien boss de l’OM (2016-2021) Jacques-Henri Eyraud avait surpris tout le monde en chantant quelques passages du titre « Bad Boys de Marseille » du groupe IAM au détour d’une interview. En septembre 2020, il avait même poussé le bouchon encore plus loin en annonçant la création par l’OM de son propre label de rap, « OM records », en partenariat avec la maison de disques BMG. De cette collaboration est née la compilation « Vendredi 13 », réunissant plusieurs rappeurs de la ville (Soprano, Jul, L’Algerino, le Rat Luciano). Mais comme le mandat de Jacques-Henri Eyraud, cette aventure musicale a tourné court. Et le label créé par l’Olympique de Marseille lui vaut aujourd’hui de se retrouver sur les bancs de la justice californienne, façon West Coast.

Au cœur du problème ? Le nom du label justement, OM Records. Car il se trouve qu’un label américain de musique électronique, house et hip-hop créé en 1995 et toujours actif se nomme Om Records lui aussi, à la lettre près. Ce qui a entraîné une bataille juridique à plusieurs niveaux. L’entreprise qui l’exploite (Om records LLC), basée à San Francisco, a finalement porté plainte en août 2023 contre le club de football, s’estimant lésée compte tenu de son antériorité sur un créneau similaire (création et diffusion de musique) et de sa présence attestée dans les festivals ainsi que sur les ondes dans l’Union Européenne. Devant la cour de Californie, Om Records LLC a demandé réparation pour quatre griefs, dont contrefaçon de marque et concurrence déloyale. Malgré leurs tentatives pour contester le bien-fondé des poursuites ou demander la délocalisation de l’affaire, les avocats de l’OM n’ont pas obtenu gain de cause. Les magistrats de la cour de justice du district de Californie ont récemment repoussé leur demande. Ce qui laisse entrevoir une procédure encore longue. À moins qu’un accord ne soit trouvé.

Dans le litige, le label de San Francisco met en avant la confusion qui s’était répandue lors du lancement orchestré par l’Olympique de Marseille. Des fans ne savaient plus vraiment qui était qui. Américain ? Français ? Y avait-il un lien entre les deux ? L’un rachetait-il l’autre ? Pas très clair. D’autant que le champion d’Europe 1993 a lancé des comptes Instagram et Twitter dont le nom ressemblait à s’y méprendre à leurs homologues américains. Au point que certains médias français ont relayé sans s’en rendre compte les mauvais comptes sur les réseaux sociaux.

S’il est difficile d’estimer le degré réel de déstabilisation rencontré, le déroulé des faits vaut en tout cas le détour. Le 24 septembre 2020, l’officialisation en grande pompe du label marseillais arrive aux oreilles des équipes américaines. Stupeur. D’autant que les deux « concurrents » travaillent, ou ont travaillé récemment avec la même major, BMG. Qui n’a pas vu arriver le risque de se marcher sur les pieds, un élément pas complètement illogique toutefois compte tenu du gigantisme de l’entreprise et de l’éloignement des filiales, membres du groupe Bertelsmann.

Dès le lendemain, le 25 septembre, Chris Smith, fondateur du label OM Records joint par mail David Hirshland de BMG US. Il lui demande un contact chez BMG France, l’arrivée du label marseillais causant, selon les mots employés, un sérieux « mal de tête » en interne. Sylvain Gazaignes, directeur général de BMG France est alors mis au courant du problème le même jour, et répond du tac au tac à son homologue américain que des démarches ont été effectuées par l’OM pour enregistrer la marque dans le monde entier. Une ancienne marque avec logo existait bien aux États-Unis, mais elle était expirée depuis des années. Compte tenu de cette situation et « comme le logo français est totalement différent, (l’OM) a décidé de continuer le processus, et pris la décision de l’utiliser et de l’enregistrer » expliquait alors le patron de BMG France dans un mail à son homologue. Il ajoute « désolé si ça vous met dans une situation délicate. Mais l’OM a fait son travail juridique et a agi en toute légalité en l’espèce ».

Le jour où cet échange a lieu, la marque française n’a pourtant pas été formellement déposée. Sentant peut-être les problèmes arriver, les équipes marseillaises le font auprès de l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) le lendemain, soit le samedi 26 septembre, pour le logo comme pour la marque. Ce qui coupe l’herbe sous le pied aux Américains, qui en font de même quelques jours plus tard au niveau européen devant l’EUIPO, donnant par la même occasion le coup d’envoi d’une série d’échanges pas franchement amicaux. La demande de marque des Yankees fait logiquement l’objet d’une mesure dite d’opposition - validée -, pour éviter toute confusion avec celle déposée par les Français préalablement. Pour le logo, ce sont cette fois les Californiens qui obtiennent la nullité de celui déposé par l’OM. Car, selon le document justifiant cette décision, « l’ensemble des éléments démontre que l’OM avait connaissance des activités du label de musique indépendant et à ce titre n’avait pas à déposer une marque reprenant son label puis à utiliser cette marque pour l’évincer du marché de la musique dans l’Union européenne en particulier », alors que l’entreprise américaine « y était présente depuis de nombreuses années ».

Courroucé, l’Om Records californien avait de toute façon déjà mis en demeure l’OM le 12 octobre 2020, lui demandant de cesser immédiatement d’utiliser la marque. Quelques mois plus tard, il réclame cette fois à Spotify et Apple Music de retirer « toute musique litigieuse faisant référence à OM Records qui ne provient pas de nous ». Ces problèmes de droit ont certainement contribué à saper l’initiative musicale de l’OM, qui « symbolisait la volonté du club de promouvoir dans le monde entier l’énergie unique qui se dégage de Marseille et de ses habitants », et entendait donner de nouvelles opportunités aux artistes et talents de la ville, du sud de la France et d’Afrique, selon les déclarations enthousiastes faites lors du démarrage de l’aventure. Contactés, OM records LLC et BMG n’avaient pas répondu au moment de la publication, alors que l’OM n’était pas encore revenu vers nous.