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Continuer la lectureDes chambres de son hôtel sont trop bruyantes, Arthur en guerre avec ses artisans
Certaines chambres de l’établissement cinq étoiles Paris Bastille Boutet souffrent d’une mauvaise isolation phonique. Le problème donne lieu à un contentieux judiciaire à rebondissements entre la société de l’animateur-producteur et les différents responsables des travaux.
Sur son site internet, l’Hôtel Paris Bastille Boutet promet « une ambiance trépidante » à tous ceux qui craqueraient pour l’une de ses 80 chambres louées 260 à 700 euros la nuit. Un engagement parfois un peu trop bien respecté, si l’on en croit certains avis laissés sur Tripadvisor, Booking ou Google Maps. « Nous avons eu l’impression de dormir dans la rue », « On entend tout le bruit de la circulation », peut-on lire ici ou là à propos de ce cinq étoiles, franchisé du groupe Accor sous la marque McGallery. Il faut dire que sa splendide façade Art déco aux céramiques ocre et bleu donne sur la rue Faidherbe, une artère très animée du 11ème arrondissement de Paris.
Si les notes moyennes de l’établissement restent excellentes (environ 4,5/5), gageons que ces quelques commentaires négatifs en agacent au moins un : Arthur, le propriétaire des lieux. Féru d’hôtellerie, l’animateur producteur a financé une première adresse parisienne, le Sofitel Paris Arc de Triomphe, avant d’investir 25 millions d’euros dans ce nouveau projet. En 2014, Jacques Essebag (le vrai nom de la vedette télé) crée la société Five Faidherbe avec un pro du secteur, Victor Tiboul, et sa holding Tuna. Ensemble, ils rachètent l’immeuble du 22 rue Faidherbe. Il s’agit d’une ancienne manufacture, bâtie en 1926 pour la maison Boutet, alors qu’elle fournissait du bois aux artisans du faubourg Saint-Antoine. Elle a ensuite accueilli une chocolaterie et même des bureaux de la RATP. Mais jamais d’hébergement. Les deux associés se lancent alors à grands frais dans sa rénovation et son aménagement pour transformer le bâtiment en un bel hôtel de luxe. Les travaux sont achevés au mois de décembre 2015.
Mais voilà, dès le printemps suivant, le Paris Bastille Boutet s’aperçoit que l’isolation phonique des chambres n’est pas au niveau demandé. L’hôtel finit par assigner en référé l’artisan AJG Menuiserie, en charge des travaux, l’architecte Vincent Bastié, le maître d’œuvre, mais aussi la Mutuelle des architectes français et les assureurs MAAF et SMA Courtage. Il réclame une provision sur le préjudice résultant du désordre acoustique. Le rapport de l’expert judiciaire constate effectivement « la non-conformité contractuelle de la performance acoustique des chambres sur rue ». La réduction phonique serait bien en-deçà des 40 dB requis dans les environnements très bruyants. L’expert considère encore que cela est dû, d’une part, à l’artisan qui n’aurait pas respecté les clauses techniques et, d’autre part, à l’architecte dont les préconisations n’auraient de toutes façons pas été suffisantes.
Arthur et Victor Tiboul réclament un million d’euros d’indemnisation
Le justice oblige en 2020 AJG Menuiserie et la Mutuelle des architectes français à verser une provision de 344.767 euros à la société Five Faidherbe. C’était le minimum qu’elle pouvait obtenir. On vous passe les différentes péripéties procédurales mais cette avance sur les futures indemnités est ensuite annulée par la Cour d’appel de Paris l’année suivante, décision confirmée par la Cour de cassation au mois d’octobre dernier. Bref, l’hôtel se retrouve bredouille et obligé de payer avec des intérêts les travaux réalisés par l’artisan..
Le fond même du litige, lui, ne sera jugé que début 2023. D’après nos informations, Arthur et Victor Tiboul réclameraient désormais un million d’euros d’indemnisation. C’est plus du double de la somme établie par l’expertise pour mettre en conformité les 34 chambres problématiques. Mais l’hôtel Paris Bastille Boutet considère que l’enjeu a été sous-évalué et que la totalité des menuiseries concernées n’auraient pas été prises en compte, comme en attesteraient plusieurs déclarations de sinistre effectuées depuis. La somme ne serait en tous cas pas anodine pour cet établissement de luxe qui a généré un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros en 2021 mais a essuyé dans le même temps un déficit de 838 000 euros. Il faut dire que la pandémie a durement touché l’hôtellerie parisienne ces deux dernières années.
Les avocats des sociétés Five Faidherbe et AJG Menuiserie n’ont pas souhaité commenter publiquement l’affaire.