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Luxe

Des fonds américains lorgnent Verescence, le flaconnier de Dior, Chanel et Hermès

L’actionnaire britannique du groupe verrier de 2 500 salariés s’apprête à remettre en jeu sa participation.

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MIGUEL MEDINA / AFP

Hermès, Guerlain, Dior, Chanel… Toutes ces marques font appel aux services de Verescence pour fabriquer les flacons de leurs parfums. Né dans le giron de Saint-Gobain, le groupe verrier de 2 500 salariés évolue sous le contrôle d’un fonds de private equity britannique depuis 2019, Stirling Square Capital… Mais la situation ne durera peut-être plus très longtemps puisque le financier a confié un mandat de vente à Rothschild & Co, comme l’avait révélé Reorg fin 2023. Après une préparation de plusieurs mois, les discussions devraient bientôt démarrer et, selon nos informations, les débats feront la part belle à des fonds américains habitués aux secteurs industriels réclamant beaucoup d’investissement.

Parmi les candidats pressentis, figurent des financiers qui se sont récemment intéressés à un autre verrier français, Saverglass, sorte d’alter ego de Verescence sur le marché des vins et spiritueux finalement vendu à l’australien Orora pour 1,3 milliard d’euros en 2023. On liste ainsi le fonds new-yorkais OneRock et le texan LoneStar. HIG serait lui aussi sur les rangs, voire le britannique ICG. Le nom d’un autre fonds new-yorkais, Stellex, qui n’a pour l’instant jamais pris de participation en France, circule également. Stirling Square Capital et Rothschild & Co - avec Laurent Baril, banquier-star des LBO, à la manœuvre - s’efforcent aussi d’attirer des acquéreurs industriels pour stimuler la concurrence. Des contacts auraient ainsi été établis avec l’italien Zignano, le mexicain Vitro ou l’indien PGP Glass.

Les négociations vont s’engager alors que Verescence peut se targuer d’une croissance flatteuse. Le fabricant semble avoir eu la main sur les prix, alors que la demande des parfumeurs reste vive et que le carnet de commandes est bien garni. La hausse des coûts des dernières années, à commencer par l’énergie, aurait été largement compensée. La société a totalisé un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros en 2023, pour un Ebitda de 85 millions d’euros. Si le résultat n’était encore que d’une soixantaine de millions en 2022, le budget 2024 prévoirait un atterrissage à plus de 100 millions d’euros… Mais le verrier doit composer avec de gourmands programmes d’investissements, ce qui ponctionne d’autant la génération de « cash ». En 2023, Verescence aurait ainsi dépensé 37 millions d’euros en « capex », essentiellement pour entretenir son appareil de production, mais aussi pour électrifier ses fours, qui fonctionnent historiquement au gaz. Pas moins de 44 millions d’euros seraient à nouveau prévus pour 2024. Le groupe compte aujourd’hui quatre usines principales et cinq sites secondaires entre la France, les Etats-Unis, l’Espagne et la Corée du Sud, un pays où il est implanté depuis l’acquisition du verrier Pacificglas en 2021.

Si le siège de Verescence est basé à Paris, ses racines se situent en Picardie, à Mers-Les-Bains, avec une usine qui emploie à elle seule environ 800 personnes. Longtemps propriété de Saint-Gobain, elle était devenue l’un des principaux sites de sa filiale Saint-Gobain Desjonquères (SGD), qui rassemblait toute l’activité de flaconnage pour la cosmétique et la pharmacie du groupe tricentenaire. En 2007, SGD avait été revendue aux fonds Sagard et Cognetas (aujourd’hui Motion Equity Partners) par le biais d’une opération de LBO. Mais, avec le retournement du marché provoqué par la crise des subprimes, l’entreprise et ses actionnaires s’étaient avérés incapables de faire face à la dette d’acquisition. Une restructuration financière avait précipité la prise de contrôle par un autre fonds américain, Oaktree. Celui-ci avait jugé opportun de scinder SGD en deux parties, pour maximiser son retour sur investissement : d’un côté, SGD Pharma, pour tous les emballages pharmaceutiques en verre, de l’autre Verescence, pour la parfumerie et la cosmétique. La première a été revendue en 2016 au conglomérat public chinois China Jianyin Investment. Verescence a suivi avec Stirling Square Capital trois ans plus tard.