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Continuer la lectureCyberattaque : Lise Charmel fait plier son assureur
Victime d’une attaque informatique en 2019, la marque de lingerie vient de remporter une importante victoire judiciaire face à FM Insurance, qui refuse d’indemniser ses pertes d’exploitation. La décision pourrait faire jurisprudence.
Voilà qui pourrait inspirer bien des entreprises. Victime d’une grave attaque informatique en novembre 2019, la société de lingerie Lise Charmel s’écharpe, depuis, avec son assureur sur le montant des indemnités qui lui reviennent. Eh bien, l’industriel vient de remporter une manche importante. Depui...
C’est un revers de taille pour le groupe mutualiste américain. Il n’a pas souhaité commenter mais cette affaire pourrait être lourde de conséquences, bien au-delà du cas Lise Charmel, puisque sa police type est pratiquement identique d’un client à l’autre. « Si le fabricant se fait indemniser en totalité, d’autres victimes seraient en droit de réclamer le même traitement auprès de FM Insurance », explique un spécialiste.
Des pertes supérieures à 10 millions d’euros
La PME a déjà fait ses comptes. Selon son expert, nommé par un juge en fin d’année dernière, ses pertes liées à la cyberattaque atteignent 10,44 millions d’euros, il pourrait donc en espérer autant de la part de son assureur. « Nous avons été victime d’un rançongiciel et nos systèmes informatiques ont été paralysés », précise Olivier Piquet, président du directoire de la marque. Après avoir infiltré les réseaux de l’entreprise, les pirates ont réclamé le versement d’une rançon contre la remise d’une clef de déchiffrement, seule solution pour débloquer la situation. La société a refusé de payer, mettant alors plus de six mois à se remettre. La paralysie a non seulement affecté le lancement de la collection printemps-été mais celle de ses maillots de bain. « Nous avons été contraints de nous placer en redressement judiciaire en 2020, reprend le patron. Nous avons pu être épaulés par les spécialistes du tribunal de commerce de Lyon, le ministère des finances et nos banquiers. Tout le monde a joué son rôle… sauf notre assureur. »
En plein conflit, FM Insurance a, en plus, décidé de résilier le contrat avec Lise Charmel contraignant l’industriel à trouver une nouvelle compagnie, tâche ardue en période de redressement judiciaire. « Il est convenu avec nos banques qu’une partie de l’indemnité servira à rembourser nos dettes auprès d’elles », ajoute-t-il. Le plan de continuation prévoit d’étaler le règlement sur une durée maximale de dix ans. Car, même si le business a redémarré, l’entreprise n’a pas encore retrouvé son niveau d’activité connu avant le covid et la cyberattaque : elle devrait enregistrer un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros cette année contre 60 en 2018. Sept boutiques ont été fermées en 2020 en France et une dizaine continue de fonctionner.
Lise Charmel n’est pas le seul à avoir subi les assauts récents de cybercriminels. Selon le dernier rapport de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae), cinquante-sept incidents entraînant des sinistres de forte intensité ont été déclarés en 2021, par des PME comme des grands groupes - précisons que des victimes préfèrent taire les attaques - et quatre cas ont même occasionné plus de 15,5 millions d’euros de dégâts en moyenne. La même année, le cyberpompier de l’Etat, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a suivi une quarantaine de rançongiciels différents. Ces criminels visent souvent des sociétés ou des structures publiques (hôpital, mairie…) disposant de moyens financiers bien plus importants que les particuliers. Une chasse au gros gibier (big game hunting) plus lucrative, certaines entités préférant payer plutôt que mettre en péril leur activité.
Pour le secteur de l’assurance, le développement de ces cyberattaques s’impose comme une problématique nouvelle. L’an dernier, les compagnies ont dû verser 88,6 millions d’euros d’indemnités.