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Continuer la lectureArnaud Montebourg veut lever 500 millions d’euros pour un nouveau fonds d’investissement
L’ancien Ministre de l’Economie travaille sur le lancement d’un fonds avec l’homme d’affaires Pierre-Edouard Stérin, notamment connu comme le cofondateur de Smartbox
On l’a connu fabricant de miel, producteur d’amandes… Arnaud Montebourg se lance maintenant en artisan du private equity. Selon plusieurs sources, l’ancien ministre socialiste de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique travaille à la constitution d’un fonds d’investissement. Il s’est associé à Otium Capital, la société de gestion de Pierre-Edouard Stérin, classé 113ème fortune française par le magazine Challenges, avec un patrimoine d’un milliard d’euros. Leur projet ? Lever un véhicule doté d’une force de frappe d’un demi-milliard d’euros pour prendre des participations dans des entreprises, à commencer par des sociétés industrielles. Rien d’étonnant pour celui qui s’est construit une image de chantre du « made in France ».
Arnaud Montebourg s’est lié à un homme d’affaires qui a bâti sa richesse à coup d’investissements fructueux. Pierre-Edouard Stérin s’est d’abord fait connaître comme le propriétaire des coffrets Smartbox, dont il a cédé le contrôle au concurrent Wonderbox l’an passé. Avec Otium et ses différentes ramifications, il est aussi l’un des premiers à avoir parié sur la plateforme de réservation de restaurants Lafourchette (rachetée par TripAdvisor en 2014) ou sur les matelas Tediber. Au total, sa structure aurait injecté 400 millions d’euros dans une centaine d’entreprises, souvent des start-up.
Industrie du futur
Mais Pierre-Edouard Stérin s’intéresse aussi à l’industrie. Ces dernières années, Otium s’est mis au « venture industriel », pariant sur des innovations de rupture capables d’engendrer de futurs champions industriels. Le financier a ainsi discrètement créé un fonds, Otium Industrie, pour investir sur ce créneau. Il a été enregistré en septembre dernier en Belgique… où a choisi de se domicilier Pierre-Edouard Stérin en 2012, dans la foulée de l’élection de François Hollande comme président de la République. Moins pour son amour du plat pays que pour éviter la fiscalité tricolore. « J’en comprends la logique, mais j’ai un vrai problème avec l’emploi qui en est fait et avec l’efficacité de la dépense publique. Ils devraient se limiter à encadrer quelques opérations dans le domaine du régalien », avait-il expliqué au Point dans un portrait qui lui était consacré en 2021. Son alliance avec Arnaud Montebourg ne manque donc pas de sel. D’autant qu’il lui est plutôt prêté des sympathies à droite de l’échiquier politique.
Contacté par L’Informé, l’ancien ministre ne dément pas travailler sur le projet… Mais hors de question, toutefois, d’en parler à ce stade, pas avant d’en avoir référé à celui qu’il appelle « mon associé ». Du côté d’Otium, on reste évasif. On y reconnaît bel et bien la volonté de commercialiser « un fonds de venture industriel dont la capacité irait bien au-delà de ce que nous pourrions investir seuls ». Mais la structure de Pierre-Edouard Stérin juge aussi qu’il est trop tôt pour communiquer. Son entourage ne commente pas les liens établis avec Arnaud Montebourg, se bornant à reconnaître l’existence de discussions avec « différentes personnalités ».
Face à ce projet, la concurrence ne sourcille pas. « Il est toujours bon de voir un nouvel acteur émerger dans un marché aussi jeune que celui de l’industrie de demain. Cela contribue à son évangélisation », estime un gérant. Mais d’autres estiment le projet périlleux pour deux raisons. Le profil d’Arnaud Montebourg est considéré, à tort ou à raison, comme clivant dans la profession. « Se lancer dans un fonds de private equity demande un engagement d’une dizaine d’années. Or qui peut prédire s’il ne sera pas à nouveau tenté par un retour en politique ? », ajoute ironiquement l’un d’entre eux. Enfin, le timing de la levée interroge. Au cours des derniers mois, les conditions de marché se sont dégradées et les investisseurs institutionnels se montrent particulièrement frileux. « Des sociétés de gestion bien établies sont actuellement en pleine levée de fonds et éprouvent elle-même des difficultés à convaincre les souscripteurs, surtout ceux en dehors de leurs connexions historiques, glisse un financier. Les institutionnels, sont très hésitants et ne sont pas très ouverts actuellement à l’idée de financer de nouvelles équipes sur des thématiques d’investissements qu’ils appréhendent mal. Sans compter que l’industrie française ne fait pas rêver à l’étranger. »
Cédric O, Fleur Pellerin, NKM…
Quoi qu’il en soit, avec ce nouveau départ, Arnaud Montebourg vient s’ajouter à la liste de plus en plus longue des personnalités politiques reconverties dans le private equity. En 2011, l’ex-ministre de l’Economie Alain Madelin avait inauguré le bal, en participant à la création de Latour Capital, une structure prospère qui lève aujourd’hui des fonds de LBO de plus de 1 milliard d’euros. Mais c’est six ans plus tard qu’un afflux significatif a été constaté, avec l’arrivée de l’ancien ministre des PME, de l’Artisanat, des Professions libérales et du Commerce, Renaud Dutreil, chez Mirabaud Private Equity. Par la suite, l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin a lancé Korelya Capital, tandis que l’ex-ministre de l’Education Luc Chatel a rejoint Ekkio Capital. De son côté, François Fillon avait été recruté en tant qu’associé chez Tikehau Capital, avant de démissionner après sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de sa femme Penelope, en juillet 2020. Plus récemment, Nathalie Kosciusko-Morizet (ministre de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement) a traversé l’Atlantique pour rejoindre le bureau new-yorkais d’Antin Infrastructure Partners, tandis que l’ancien ministre de l’Agriculture et de l’innovation Julien Denormandie a accepté un poste de senior advisor chez Raise, la société d’investissement créée par Clara Gaymard (ex-P-dg de General Electric France) et Gonzague de Blignières. Enfin, comme l’a révélé L’Informé en novembre, Cédric O, ex secrétaire d’Etat à la Transition numérique et aux Communications électroniques, travaille au lancement d’un fonds destiné à soutenir les start-up en forte croissance.