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Continuer la lectureCédric O va lancer son fonds d’investissement
L’ancien secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques a créé sa propre structure cet été. Les risques de conflit d’intérêt compliquent la donne.
L’attrait des anciens membres de l’exécutif pour le très lucratif secteur du private equity s’illustre une fois de plus. Alors qu’Elisabeth Moreno travaille au lancement d’un fonds dans le domaine de l’éducation et de la formation, comme l’a révélé La Lettre A, Cedric O, l’ancien secrétaire d’Etat à la Transition numérique et aux Communications électroniques, cherche à lui emboiter le pas.
Selon nos informations, il se prépare discrètement la création d’un fonds d’investissement destiné à soutenir les start-up en forte croissance. La taille du véhicule serait comprise entre 500 millions et un milliard d’euros. A ce stade, tout reste à faire. D’abord, « l’environnement actuel des levées auprès des investisseurs institutionnels souffre de vents contraires, tempère un agent de placement. C’est d’autant plus difficile quand les opérations sont réalisées par de nouvelles sociétés de gestion qui n’ont pas encore fait leurs preuves. » Ensuite, si Cédric O a déjà déposé les statuts de sa structure, Nopeunteo, ils ne mentionnent pas d’associé pour l’instant, élément pourtant clé pour mener à bien un tel lancement. Contacté, l’intéressé évoque un projet de long terme mais ne souhaite pas communiquer davantage.
Le parcours de Cédric O dans le public pourrait poser quelques problèmes. De 2017 à 2019, il fut conseiller conjoint du président de la République Emmanuel Macron et du Premier ministre Edouard Philippe, chargé des participations publiques et de l’économie numérique. Il est ensuite passé secrétaire d’Etat chargé du Numérique puis secrétaire d’Etat à la Transition numérique et aux Communications électroniques jusqu’en mai 2022. A ce titre, il a saisi la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui a publié, en juin (soit un mois avant la création de sa structure), un délibéré relatif à ce projet de reconversion professionnelle. Cédric O ne mentionnait alors que des activités de conseil, mais l’avertissement était déjà sans détour. « Le risque de prise illégale d’intérêts ne saurait être exclu à l’égard des entreprises privées, au sens de l’articles 432-13 du code pénal, que Monsieur O pourrait prendre pour clientes ou au sein desquelles il prendrait une participation par capitaux », peut-on lire dans le document. L’institution présidée par Didier Migaud précisait qu’une prudence toute particulière serait à observer par l’ancien secrétaire d’Etat en cas d’investissement dans le secteur du numérique.
En 2018, l’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin avait été épinglée par la HATVP pour des soupçons de conflit d’intérêt lors de sa reconversion dans le private equity. Il lui était reproché ses liens avec le géant du Web sud-coréen Naver, avec lequel elle avait évoqué un projet de partenariat culturel. Un groupe qui, par la suite, avait abondé l’intégralité des 200 millions de son premier fonds d’investissement, Korelya Capital. L’an dernier, le parquet anticorruption a cependant classé sans suite le dossier, l’enquête n’ayant pu caractériser l’infraction.
Les ministres et le private equity
Nombreux sont les anciens membres de l’exécutif à avoir franchi le Rubicon du private equity. En 2011, l’ex-ministre de l’Economie Alain Madelin avait inauguré le bal, en participant à la création de Latour Capital. Mais c’est six ans plus tard qu’un afflux significatif a été constaté, avec l’arrivée de l’ancien ministre des PME, de l’Artisanat, des Professions libérales et du Commerce, Renaud Dutreil, chez Mirabaud Private Equity, puis celles de Luc Chatel (ministre de l’Education nationale) chez Ekkio Capital et de François Fillon chez Tikehau Capital. L’ancien Premier ministre a toutefois quitté la structure d’Antoine Flamarion et de Mathieu Chabran après sa condamnation en 2020 à cinq ans de prison dont deux fermes dans l’affaire des emplois fictifs de sa femme. Plus récemment, Nathalie Kosciusko-Morizet (ministre de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement) a traversé l’Atlantique pour rejoindre le bureau new-yorkais d’Antin Infrastructure Partners, tandis que l’ancien ministre de l’Agriculture et de l’innovation Julien Denormandie a accepté un poste de senior advisor chez Raise, la société d’investissement créée par Clara Gaymard (ex-P-dg de General Electric France) et Gonzague de Blignières.
Article modifié le 10 novembre avec la suppression de la référence à la notion de pantouflage.