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Industrie

100 000 euros par an… les notes de frais astronomiques d’élus du CSE de Randstad Inhouse

Certains représentants du personnel se sont fait rembourser des trajets étonnants et des produits high-tech dernier cri. La direction de la société d’intérim a saisi l’inspection du travail.

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Alamy Stock Photo / Abaca

Cette fois, la police a dû être appelée au siège de Randstad Inhouse, à Saint-Denis. Le 12 octobre dernier, chez le pro de l’intérim, une réunion du comité social et économique (CSE) a, pour la énième fois, tourné à la foire d’empoigne. À tel point que, ce jour-là, les forces de l’ordre ont dû interv...

Décidément, rien ne va plus chez Randstad Inhouse. Nous le révélions en juillet, les élus du CSE de 27 000 salariés et intérimaires se déchirent sur les comptes de l’instance, grevés par d’étonnants défraiements pour des nuits d’hôtel (25 276 euros en 2022), des repas (24 376 euros) et surtout des frais kilométriques (527 922 euros !). Depuis, la situation ne fait qu’empirer. Selon nos informations, la direction a saisi l’inspection du travail sur le sujet. Appuyée par le tribunal judiciaire de Bobigny, elle a aussi obtenu le détail des dépenses par élu et vient d’en diffuser la synthèse au comité. Un document qui ne manque pas de surprises.

Trois iPad, un MacBook, un iPhone dernier cri… En 2022, des membres du CSE ont multiplié les achats d’outils informatiques pour près de 30 000 euros, sans trop s’encombrer du règlement intérieur ni détailler l’utilisation réelle de ces téléphones et ordinateurs. Mais ce sont surtout les frais de déplacement qui ont laissé pantois l’expert-comptable mandaté par la direction. En un an, trois élus ont touché plus de 100 000 euros de remboursements chacun. L’équivalent de 8 500 euros par mois. Et la situation ne semble guère s’arranger en 2023 puisque le CSE a déjà dépensé plus de 425 000 euros en déplacements au premier semestre.

Problème ? Ces sommes considérables couvrent des trajets parfois suspects. Ici, un représentant du personnel s’est rendu à Quimper, où Randstad n’a pas la moindre implantation. Là, un élu a multiplié les allées et venues les dimanches et jours fériés. Un autre encore s’est officiellement déplacé plusieurs fois sur le site de l’entreprise à Mont-Saint-Aignan… fermé il y a plusieurs années maintenant. Dans son rapport, la direction pointe « des montants de remboursements de frais de déplacement astronomiques (...)  intervenus sur des bases déclaratives d’indemnités kilométriques, sans production de justificatifs associés, et affectées de multiples irrégularités ». Quant au syndicat Force Ouvrière, présent au sein du CSE, il « exprime sa vive désapprobation face aux montants exorbitants des frais d’indemnité kilométrique engagés par certains élus, notamment entre 21 500 € et 23 000 € par élu pour le seul mois de septembre 2022. »

Autre motif de mécontentement pour la chefferie : des membres du CSE sembleraient plus prompts à se déplacer qu’à travailler. Selon la direction, certains auraient refusé des missions de travail temporaire au point de mettre en danger les contrats passés avec les clients. Un représentant du personnel aurait ainsi perçu 33 000 euros de remboursement de frais entre janvier et juin 2023 sans pour autant répondre à aucune des 9 sollicitations qui lui ont été faites sur la période. Un autre aurait même touché plus de 70 000 euros de frais de déplacement et ignoré 14 propositions de missions. La direction souhaite maintenant ne plus confier de missions intérimaires aux élus mis en cause.

Une fois n’est pas coutume, les salariés se plaignent aussi : une pétition à l’encontre des membres du CSE a même été signée. Le président du comité (représentant de la direction) explique dans le rapport avoir reçu des plaintes de collaborateurs concernant des Activités Sociales et Culturelles qui ne sont pas distribuées. Il relève le 13 juillet 2023 « une vague de mécontentement inégalée » et le « risque de perdre chaque jour des intérimaires, des clients et des permanents de par leur insatisfaction ». La direction, elle, explique que « sur le 2e trimestre de l’année 2023, c’est plus d’une centaine de réclamations qui ont été soumises à la Direction par des salariés permanents et intérimaires. »

Suite à l’intervention de la police le 12 octobre, le directeur général de Randstad Inhouse, Gaëtan Deffrennes, a même annoncé, une nouvelle fois, que les comités se tiendraient en distanciel jusqu’à la fin de l’année. Sollicité, ce dernier explique à l’Informé « avoir saisi l’inspection du travail pour se renseigner sur la marche à suivre pour les suites judiciaires que la direction souhaite engager. Je ne peux faire plus de commentaires pour le moment compte tenu de ma fonction. »

La saga est loin d’être terminée. À la demande des élus CGT, FO et CFE-CGC constitués en majorité, une réunion extraordinaire aura lieu le 20 novembre pour destituer le bureau et élire un nouveau secrétaire du CSE et un trésorier.