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Grande conso

Quick - Big Fernand : les dessous d’un mariage raté

Le concurrent de McDonald’s et de Burger King n’a pas réussi à s’offrir l’enseigne française de burger premium, dont les résultats inquiètent.

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Apaydin Alain / Apaydin Alain/ABACA

L’opération aurait agité le petit monde du burger. Selon nos informations, Quick, bien décidé à grappiller des parts de marché aux deux géants du marché, McDonald’s et Burger King, a tenté de mettre la main sur l’enseigne française « premium » Big Fernand. Une offre de rachat comprise entre 25 et 30 millions d’euros a été faite au fonds britannique Bluegem Capital Partners, propriétaire du réseau, qui l’a toutefois considérée insuffisante et n’a pas donné suite. Elle aurait pourtant permis à Quick de reprendre des emplacements stratégiques situés en plein centre-ville (56 restaurants dont 19 détenus en propre), pour continuer l’expansion de son réseau. Et ainsi revitaliser son propre processus de vente, révélé par l’Informé en décembre.

Depuis plusieurs mois, Big Fernand et son actionnaire avaient confié un mandat de vente à la boutique de fusions-acquisitions Oaklins. Ont ainsi été contactés de multiples fonds, dont le spécialiste de l’agroalimentaire Cerea Partners (notamment connu pour avoir été l’actionnaire de Léon de Bruxelles et de Buffalo Grill) ou bien encore Lov Group, la structure d’investissement de Stéphane Courbit, déjà à la tête d’une vingtaine de restaurants et de l’enseigne de pâtisserie Ladurée. Mais aucun d’entre eux n’aurait réellement émis d’intérêt pour le dossier, en raison de perspectives de croissance trop modestes et de la fragilité financière de Big Fernand.

La chaîne créée en 2012 par Steve Burgraff, Guillaume Pagliano et Alexandre Auriac n’a jamais été un modèle de rentabilité. « Les fondateurs étaient avant tout convaincus par la qualité des produits et la satisfaction client. Mais depuis plusieurs années, la marque est critiquée par les consommateurs », estime Bernard Boutboul, président du cabinet de conseil Gira. En juin 2019, les commandes de l’enseigne ont été reprises par Maurizio Biondi, un ex-directeur marketing de McDonald’s. Lui-même remplacé en 2023 par Eric de Saint Louvent, un ancien franchisé de Big Fernand qui était jusqu’alors directeur du développement et du réseau de franchisés.

« Nous n’avons jamais touché à la qualité et à la quantité dans nos burgers, qui n’ont d’ailleurs jamais vu leur recette changer, se défend Eric de Saint Louvent. Nous sommes d’ailleurs les seuls à proposer des produits quasi-intégralement composés d’ingrédients français et nous continuons à couper nos frites chaque matin. » Des exigences qui, cumulées à la forte inflation de ces deux dernières années, ont pesé sur les comptes de l’entreprise. Selon nos informations, le coût des burgers et boissons vendus a bondi de près de 15 %, à plus de 6,5 millions d’euros en 2022 et 2023. Depuis 2021, l’enseigne a ainsi vu son Ebitda fondre de près de 80 % : il a plafonné à 276 000 euros en 2022, malgré des ventes historiquement élevées en restaurant et un chiffre d’affaires total de 28 millions d’euros.

Pour redresser la barre et affronter l’inflation, Big Fernand a augmenté les prix tout en élargissant son offre en créant le Little Fernand à 12 euros et le Smash Fernand à 10 €. L’an dernier, il a aussi fermé deux dark kitchens (ouvertes pour tirer profit du boom des livraisons lors des périodes de confinement liées au Covid-19) et son restaurant historique situé à Paris, rue du Faubourg Poissonnière. « Ce restaurant de 28 mètres carrés ne répondait plus aux normes et nous ne pouvions plus y accueillir de clients », explique son dirigeant. Un coup dur pour cette adresse, qui générait historiquement plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires en dépit de sa petite taille. Selon nos informations, des économies estimées à 1 million d’euros ont aussi été faites sur les coûts centraux et les frais des restaurants. Ces mesures permettraient donc à l’Ebitda 2023 d’avoisiner 1,2 million d’euros en les appliquant sur une année pleine.

Et demain ? Le dirigeant de Big Fernand l’assure, Bluegem a décidé de rester au capital pour au moins deux ans, faute d’avoir trouvé un repreneur au « juste prix ». Selon eux, les multiples mesures prises et les ouvertures à venir (objectif de 84 restaurants dont 62 en franchise en 2026) devraient permettre d’atteindre près de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires et 4,7 millions d’euros d’Ebitda d’ici deux ans. Voire plus de 8 millions d’excédent brut en faisant abstraction des frais de siège (un chiffre pouvant avoir son intérêt pour les concurrents disposant déjà d’un siège). De quoi enfin faire le bonheur de Bluegem.