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Continuer la lectureLa famille Holder veut céder une part des Boulangeries Paul
Le patriarche Francis et son fils Maxime, à la tête du groupe, font un premier pas vers une ouverture minoritaire du capital.
Une petite révolution se prépare dans les fournils de Paul. L’enseigne de boulangeries implantée aux quatre coins du monde avec plus de 800 points de vente ne sera peut-être bientôt plus une entreprise à 100 % familiale. Selon nos informations, le patriarche Francis Holder, toujours président, et son fils Maxime, directeur général, ont fait un premier pas vers une ouverture du capital de leur groupe. Ils viennent de s’attacher les services d’une banque d’affaires pour préparer l’arrivée d’un actionnaire extérieur. Leur choix s’est porté sur Edmond de Rothschild Corporate Finance, a appris L’Informé.
Le clan envisagerait la mise en vente d’une participation minoritaire. Objectif ? Permettre à certains membres de la tribu nordiste de céder des parts du business familial. À commencer par les deux autres enfants de Francis Holder, à savoir David Holder, l’ex-patron de Ladurée (revendu par le groupe à Stéphane Courbit en 2021), et sa sœur Élizabeth. Le calendrier reste encore flou à ce stade. « Il y a fort à parier que rien ne se passe cette année, observe un investisseur que le dossier ne laisse pas insensible. Les Holder semblent vouloir prendre leur temps pour se présenter au marché au bon moment. »
Si la famille temporise un peu avant de rentrer dans le vif du sujet, c’est peut-être pour laisser le temps aux chantiers lancés par Maxime Holder ces dernières années de produire tous leurs effets. Le groupe a notamment décidé de décliner la marque Paul dans des coffee shops à la française, alors que le café s’est déjà imposé comme le produit phare du réseau à l’étranger devant les produits de boulangerie. Créée en 2021, l’enseigne Paul Le Café comptait mi-avril une quarantaine d’adresses en France, en Angleterre ou encore aux Émirats arabes unis, et table sur 70 en fin d’année.
Les emplacements font la part belle à des lieux dits de flux permanents, comme les gares (Montparnasse, Lyon Part-Dieu), les aéroports (Orly) les aires d’autoroutes (celle de Mornas, sur l’A7). Les centres-villes ne sont pas délaissés, que ce soit dans les grandes métropoles - sur les Champs-Élysées, le coffee shop a pris la place de la boulangerie Paul - ou dans des villes plus petites, comme Chartres. Mais cette nouvelle chaîne ne constitue pas la seule innovation lancée par Maxime Holder, puisque l’entreprise teste aussi une offre traiteur grand public (notamment pour des évènements comme des mariages). En dehors de ses boulangeries, le groupe dispose déjà d’une offre B-to-B à destination de la grande distribution mais aussi de l’hôtellerie-restauration, que fournit sa division industrielle Château Blanc.
L’empire Holder sort d’années difficiles. Le Covid-19 l’avait mis à rude épreuve alors que Paul a fermé une partie de ses magasins, dans les centres commerciaux, tout en maintenant l’emploi. « Nous avons perdu beaucoup d’argent pendant la crise, expliquait Maxime Holder dans une interview récente à La Voix du Nord. C’est l’explication du départ de Ladurée. Il a fallu recapitaliser le groupe. » En 2022, ce dernier a ensuite dû faire face à la crise inflationniste. Après avoir augmenté ses prix de 8 % cette année-là, il a tranché pour un statu quo en 2023 malgré une hausse des coûts venant comprimer ses marges. Les clients sont restés fidèles, mais leur panier d’achat a eu tendance à se réduire. Le groupe a toutefois retrouvé les volumes d’avant-Covid et le chiffre d’affaires sous enseigne a même progressé de plus de 10 % entre 2022 et 2023 pour atteindre les 954 millions d’euros, sachant que le groupe a beaucoup recours à la franchise : début 2024, seuls 80 de ses 400 points de vente en France étaient des succursales. Depuis quelques années, les ventes à l’étranger dépassent celles générées dans l’Hexagone. Paul est présent dans 54 pays, y compris en Amérique du Nord, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est - mais pas en Chine, où il a raté son entrée (mais compte retenter sa chance). Les viennoiseries qui y sont vendues viennent de France : elles sont produites dans les usines nordistes maison.
Le groupe Holder est loin d’être le seul, dans le secteur, à se lancer dans les grandes manœuvres capitalistiques, à l’heure où les enseignes cherchent à mailler au plus vite le territoire français. Les boulangeries Louise sont passées sous le contrôle de la coopérative In Vivo dès 2022 par l’intermédiaire de Teract. Stéphane Courbit a investi fin 2023 chez Ange. Une autre coopérative, Arterris, vient également de mettre la main sur deux réseaux omniprésents dans le Sud-Ouest, La Panetière et Secrets de Pain. Sans compter qu’une autre chaîne originaire des Hauts-de-France, Sophie Lebreuilly, est aussi à la recherche d’un nouvel actionnaire financier.
Contacté par l’Informé, le groupe Holder n’a pas donné suite à nos sollicitations. Edmond de Rothschild n’a pas voulu faire de commentaires.