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Grande conso

Les dessous de la reprise des crèches La Maison Bleue par ses créanciers

Fragilisé par les difficultés du secteur et épinglé par l’IGAS, le réseau a dû accepter l’entrée de Capza, BNP Paribas AM et Axa IM à son capital.

MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP

L’année 2025 aura été bien chargée pour La Maison Bleue, l’un des principaux groupes de crèches privées en France, avec Babilou et Grandir. En juin, cet opérateur à la tête de 543 établissements et de 6 000 salariés (dont les trois quarts sont dans l’Hexagone) était très officiellement mis en cause par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui, au terme d’une enquête de plusieurs mois, a mis en lumière toute une série de manquements. Cette mauvaise publicité est tombée au moment où le groupe était au milieu d’un autre chantier : la renégociation d’une dette devenue trop importante. Sous l’étroite surveillance du Ciri, la cellule de Bercy en charge des restructurations, les discussions ont débuté en mars dans le cadre d’un mandat ad hoc, avant de basculer dans une procédure de conciliation mi-novembre. Un accord a fini par être trouvé sur une prise de contrôle par ses créanciers, comme l’avait révélé Mergermarket. Le tribunal des affaires économiques de Nanterre a entériné cette solution par un jugement d’homologation de la conciliation juste avant Noël, a appris l’Informé.

Selon nos informations, ses trois créanciers obligataires, Capza (le principal), BNP Paribas AM et Axa IM, vont hériter de 60 % de la nouvelle holding de tête de La Maison Bleue. Conseillé par la banque d’affaires Messier & Associés et le cabinet d’avocats Willkie Farr & Gallagher, ce trio va convertir en capital la moitié des 230 millions d’euros d’obligations dites « unitranche » qui les liaient à la société (et dont l’échéance de remboursement sera reportée de 2026 à 2030). Cette dette obligataire constituait l’écrasante majorité des 300 millions d’euros de créances que l’entreprise avait dans son bilan fin octobre. Le reste correspondant à 30 millions d’euros de crédit bancaire renouvelable, 10 millions de prêts bilatéraux et 30 millions d’avances d’associés (qui, elles aussi, vont être converties en capital).

Pour sa part assistée par Ondra Partners sur le plan financier et par Linklaters pour les aspects juridiques, La Maison Bleue va par ailleurs recevoir 50 millions d’euros d’argent frais - auxquels pourraient s’ajouter 20 millions d’euros pour rembourser un prêt de Bpifrance Financement. Si les trois futurs actionnaires seront mis à contribution, ce sera aussi le cas du fonds britannique TowerBrook et de Bpifrance, tous deux présents au capital depuis 2016 - et qui conserveront chacun quelque 20 % de la nouvelle holding. Le patron-fondateur Sylvain Forestier, l’actuel actionnaire de contrôle, ne participera pas à la recapitalisation. Celui qui a lâché fin novembre la présidence à sa directrice générale, Claire Laot, restera néanmoins un petit actionnaire et continuera de siéger au conseil d’administration.

À noter qu’un scénario alternatif à une montée au capital des créanciers, en l’occurrence un adossement à un autre opérateur, a aussi été exploré au cours des négociations. À en croire plusieurs sources proches du dossier, La Maison Bleue a effectivement été approchée par un groupe de crèches étranger. Mais cette piste n’a pas pu aboutir.

Le réseau va boucler cette restructuration financière alors qu’il devait solder son exercice 2025 sur un chiffre d’affaires proche de 350 millions, en hausse malgré un contexte de marché compliqué. La bonne santé de ses crèches au Royaume-Uni et le gain de nouvelles délégations de service public en France ont tiré son activité vers le haut. Mais comme ses concurrents, La Maison Bleue fait les frais de tensions dans le recrutement de professionnels de la petite enfance, ce qui a conduit à des fermetures de berceaux début 2025, faute d’équipes suffisantes sur certains sites. Dans le jugement d’homologation de la conciliation, que l’Informé s’est procuré, le groupe met aussi en cause l’attitude des pouvoirs publics avec d’ « importants retards de paiements des subventions » versées à ses établissements et « une hausse significative des contrôles réalisés par les CAF ». Or, « ces retards ont notamment perturbé la gestion de trésorerie du groupe LMB, compromettant le respect des conditions afférentes aux banques RCF (les crédits renouvelables dont bénéficie le groupe) et aux obligataires », est-il écrit dans le jugement.

Ces désagréments sont directement liés, selon l’entreprise, à un contexte médiatique défavorable qui a commencé par la mort d’un enfant dans une crèche People & Baby en 2022. La Maison Bleue évoque les différents livres qui sont venus pointer les pratiques du métier, notamment la version augmentée de l’enquête Les Ogres sortie en septembre et dans laquelle le journaliste Victor Castanet s’intéresse plus particulièrement à La Maison Bleue. Le groupe insiste par ailleurs sur le fait d’avoir été le premier dans le secteur à être ciblé par l’IGAS. Dans son rapport, cette dernière mettait en cause l’opérateur pour certaines pratiques de gestion, telles que la transmission d’informations erronées à l’administration en vue de maximiser le versement de subventions publiques. Elle relevait également un certain nombre de manquements en termes d’encadrement des enfants dans les crèches de La Maison Bleue.