Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Grande conso

Le Roi du matelas : licenciée pour avoir fait l’amour sur un lit d’exposition

Accusée par un amant éconduit, la vendeuse de l’enseigne de literie nie les faits et conteste son renvoi. Un cas d’entreprise surprenant.

Image d’illustration
Image d’illustration Google Maps

C’est l’histoire d’une liaison qui tourne mal et donne lieu à un étonnant fait divers d’entreprise. Une capsule de vie de bureau qui pourrait prêter à sourire mais n’a finalement pas grand-chose de drôle. Le 18 janvier 2017, une bombinette érotico- commerciale éclate chez le Roi du Matelas, enseigne ...

C’est le début d’une improbable procédure. Devant le conseil des prud’hommes de Tourcoing, en mars 2019, Céline D. nie les faits qui lui sont reprochés (après les avoir un temps reconnus selon son employeur) et conteste son licenciement : elle demande environ 43 000 euros d’indemnités de rupture et de dommages et intérêts. Pour la SARL OKI, société détentrice du magasin de Boulogne-sur-Mer, aucun doute, le renvoi pour faute grave est pourtant bel et bien justifié : sa salariée a eu des relations sexuelles sur son lieu de travail en utilisant le matériel d’exposition, elle a fait entrer un tiers sans autorisation et a, au passage, émis des accusations mensongères à l’encontre de la responsable des ressources humaines. Et ce n’est pas le seul problème. David M. ne se serait pas contenté d’un mail, il aurait également voulu poster des commentaires tapageurs sur une plate-forme de gestion des avis client, menaçant la réputation du point de vente. « N’hésitez pas à acheter le matelas Darwin. Je l’ai testé une bonne dizaine de fois avec la vendeuse du magasin de Boulogne-sur-Mer, il est top mais n’achetez pas l’expo on l’a foutu en l’air »  ; « Si vous allez au Roi du matelas à Boulogne-sur-Mer n’achetez pas le Darwin, je l’ai testé une bonne dizaine de fois avec la vendeuse (avec l’accord de son mari, couple libre) mais le matelas en question a morflé. » Des posts qui ne sont toutefois pas restés en ligne.

En face, Céline D l’assure, la société lui reproche des faits infondés, s’appuyant uniquement sur les propos de David M. Ce personnage n’a pourtant pas laissé que des bons souvenirs dans l’entreprise : cet ancien vendeur a été licencié pour faute grave mi 2013 pour avoir « échangé des propos diffamatoires, injurieux et mensongers publiquement envers la société et [sa] hiérarchie ». Par la suite, il se serait comporté de manière « très néfaste » selon le commerçant, « ne cessant de poster des commentaires négatifs sur l’enseigne sur internet » et « se présentant dans certains magasins pour proférer des menaces ». Avec Céline aussi, la relation s’est envenimée : cette dernière affirme avoir été victime, avec sa famille, de harcèlement, jusqu’aux menaces de mort de la part de son ancien amant, et a déposé plainte contre lui dès le début de l’affaire. Étonnamment, pour aider son ex-maîtresse dans sa défense, l’homme lui fournit tout de même une attestation dans laquelle il revient sur l’ensemble de ses déclarations. Il y constate même que « la salariée a été licenciée injustement et uniquement sur la base de mensonges qu’il avait fournis ». Avant de se dédire dans un énième revirement ! Dans un mail envoyé à la société, David M. expliquera que cette déclaration est fausse et résulte d’un marchandage : « J’ai interdit à son avocat de se servir de mon attestation qui l’excusait quasiment de tous les faits que vous lui reprochiez. J’ai fait cette attestation en échange de 2000 euros en cas de victoire aux prud’hommes. »

Le 20 mars 2019, le conseil des prud’hommes donne finalement gain de cause à l’enseigne, considérant que « la lettre de licenciement, par son contenu, démontre que les griefs reprochés à la salariée sont de nature suffisamment grave et ne permettent pas la continuité de la relation contractuelle ». Mais Céline D. fait appel et l’emporte cette fois en juin 2021 : la cour d’appel de Douai juge le licenciement « dépourvu de cause réelle et sérieuse » et condamne la société à lui verser plus de 30 000 euros d’indemnités de rupture et de dommages et intérêts.

Fin de l’histoire ? Pas du tout. Car les magistrats nordistes ont voulu faire preuve d’un peu trop d’humour semble-t-il : la cour de cassation vient de casser l’arrêt d’appel pour l’emploi de termes incompatibles avec l’exigence d’impartialité. Exemple de leur grivoiserie : « la salariée, répondant certainement aux appels impérieux d’une conscience professionnelle sans faille, allait bientôt être animée du désir irrépressible d’apprécier à leur juste mesure […] les qualités du matelas Darwin dont par ailleurs elle devait vanter les mérites en raison de ses fonctions de vendeuse, s’assurant par la même occasion que le titre ''Roi du matelas'' dont se parait son employeur n’était point usurpé ». L’affaire sera donc renvoyée en appel, pour être jugée à nouveau. Contactés, les avocats de Céline D., de la société OKI, ainsi que l’enseigne Le roi du matelas n’ont pas répondu à nos sollicitations.