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Immobilier

Le procureur de la République saisi sur une opération immobilière de la maire de Saint-Tropez

Un opposant à la maire de Saint-Tropez a adressé un signalement au tribunal de Draguignan. Il dénonce une prise illégale d’intérêts dans un projet immobilier impliquant Sylvie Siri et son mari.

Sylvie Siri, maire de Saint-Tropez
Sylvie Siri, maire de Saint-Tropez Reynaud Julien/APS-Medias/ABACA

Nuages en vue pour la maire de Saint-Tropez à moins de deux mois des municipales. Selon nos informations, l’édile, qui dirige la ville depuis 2020, fait l’objet depuis ce vendredi d’un signalement auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire de Draguignan, pour une possible prise illég...

Fin décembre 2024, Sylvie et François Siri jettent leur dévolu sur une maison de ville, de 56 mètres carrés dans le quartier très prisé de la Ponche. Un très bel emplacement situé juste à côté de l’hôtel Yaca, établissement de luxe de la cité tropézienne récemment racheté par le milliardaire Rodolphe Saadé. La maison, nécessitant de gros travaux, a été acquise 450 000 euros (voir encadré), par l’intermédiaire de la « SCI des 5 vents », détenue à hauteur de 5 % par François Siri et de 95 % par Romain Courio, une connaissance de la famille.

Le 17 janvier 2025, une demande de déclaration préalable a été déposée auprès des services de la ville par la SCI en vue d’en rénover les façades et la toiture en mauvais état. Celle-ci a été signée le 3 mars par l’adjoint à l’urbanisme Georges Giraud, sur délégation de la maire. Sauf que selon le code de l’urbanisme, les demandes d’autorisations d’urbanisme (permis de construire et déclarations préalables) dans lesquelles le maire « est intéressé » nécessitent de passer par une procédure spécifique. Afin de garantir toute impartialité et d’éviter des conflits d’intérêts, l’édile est tenu de se déporter. Les déclarations préalables doivent alors être examinées par un membre dûment désigné à sa place, par le conseil municipal. Ce qui, en l’espèce, n’a pas été le cas. De quoi inciter Jean-Baptiste Giordana, ancien officier de l’armée de l’air et candidat au prochain scrutin municipal, à se tourner vers la justice.

Travaux en famille

L’absence de déport de la maire passe d’autant plus mal que le projet immobilier semble avoir profité à toute sa famille : FS Bâtiment, l’entreprise de son mari, a été chargée des travaux - comme en atteste un panonceau accroché sur la façade - tandis que la fille du couple, Olivia Siri, a été missionnée comme architecte pour piloter le chantier.

Autre étrangeté de ce dossier : l’identité finale du propriétaire de la maison n’est finalement pas celle initialement prévue ! Le 17 décembre 2024, le conseil municipal, chargé de se prononcer sur la préemption de la maison, avait décidé d’autoriser la cession à Sylvie Siri et son mari. De fait, il est d’usage à Saint-Tropez que la municipalité n’exerce pas son droit de préemption quand un Tropézien (ici François Siri) est acheteur. Le couple « [souhaitait] l’acquérir à titre personnel », précisait même le PV du conseil. Une intention confirmée quelques jours plus tard par Sylvie Siri dans l’édition du 20 décembre Var Matin. Or surprise, le 16 juin 2025, soit seulement six mois après les avoir acquis, François Siri a cédé pour 50 euros les 5 % qu’il détenait dans la SCI des 5 vents à Romain Courio, faisant de ce dernier l’unique propriétaire du bien.

Le signalement adressé par Jean-Baptiste Giordana au procureur de Draguignan - complété par un courrier auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) - pourrait, lui, se révéler potentiellement explosif pour Sylvie Siri. Ces derniers mois, la justice locale s’est montrée particulièrement vigilante sur les questions de probité des élus en matière immobilière. En janvier, Cécile Chaix, ancienne adjointe de à la mairie tropézienne entre 2008 et 2020, a été condamnée en appel à six mois d’emprisonnement avec sursis, 50 000 euros d’amende et la confiscation d’un immeuble à Saint-Tropez pour prise illégale d’intérêts dans un dossier immobilier. Elle s’est depuis pourvue en cassation. En décembre, Nice-Matin révélait que la maire de Puget-Ville était poursuivie pour une suspicion de prise illégale d’intérêts. Enfin Catherine Altare a été convoquée fin janvier devant le tribunal correctionnel de Toulon, pour répondre des conditions d’attribution d’un permis de construire pour l’extension d’un hangar agricole détenu par une société gérée par son fils.

Contactée, la municipalité de Saint-Tropez nous a répondu : « la commune n’a pas vocation à confirmer ou infirmer des informations présentées comme issues de démarches ou signalements dont elle ne serait pas destinataire. Dans ces conditions, elle n’entend pas faire de commentaire sur des allégations dont elle n’a pas été saisie officiellement, ni sur des éléments tenant à des situations personnelles. La commune rappelle être attachée à la rigueur et à l’exactitude des informations portées au public et indique qu’elle sera particulièrement vigilante quant à la diffusion d’informations non vérifiées ou non fondées, en particulier en période préélectorale, dès lors qu’elles seraient susceptibles de revêtir un caractère diffamatoire au sens de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et/ou de nature à altérer le scrutin à venir. »

Romain Courio ne nous avait pas répondu à l’heure de la publication de cet article. Jean-Baptiste Giordana nous précise ne « pas faire de commentaire », expliquant que « les éléments sont désormais entre les mains de la justice » et qu’il a « pleine confiance dans les institutions ».

« Ça ne vaut pas 400 000 euros, tout le monde le sait »

Lors du conseil municipal tropézien du 17 décembre 2024, qui s’est majoritairement prononcé sur la non-préemption de la maison convoitée par la maire, plusieurs élus de l’opposition se sont étonnés de son prix très attractif. Ce bien de 56 mètres carrés - qui nécessitait certes de gros travaux - a en effet été acheté 450 000 euros, à une voisine du couple Siri, soit un peu plus de 8 000 euros le mètre carré. Le sujet a fait l’objet d’un vif débat au sein du conseil municipal. « Le prix de vente annoncé apparaît avantageux, pour ne pas dire très avantageux par rapport aux transactions de ventes récentes réalisées à proximité immédiate », s’indignait la conseillère municipale Christine Blanc. « Ça ne vaut pas 400 000 euros, tout le monde le sait », renchérissait Laurence Azzena Gougeon, opposante à la maire. Selon les agents immobiliers interrogés, les prix de ce quartier, particulièrement convoité, avoisineraient les 15 000 à 16 000 euros le mètre carré avec travaux, et pourrait atteindre 25 000 à 30 000 euros pour des biens ne nécessitant pas de grosses rénovations.

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