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Continuer la lectureLe roi de la pâte à cuire Cérélia veut remixer son capital
Actionnaire majoritaire du champion français des pâtes à pizza et à tarte, Ardian a laissé au PDG Guillaume Réveilhac le soin de trouver des investisseurs prêts à mettre le prix.
Plus de 2 000 salariés, 15 usines, quelque 900 millions d’euros de chiffre d’affaires… Largement méconnu des Français, Cérélia n’est pourtant rien de moins que l’un des plus gros fabricants de pâtes à cuire du continent européen sous marques de distributeurs. Une métamorphose pour un industriel nordiste né en 2012 de la fusion d’Alsacienne de Pâtes Ménagères et d’Eurodough, dont les revenus étaient initialement quatre fois moins importants. Contrôlé depuis six ans par Ardian, qui l’avait valorisé 810 millions d’euros à son entrée, le groupe se prépare à une importante remise à plat de son actionnariat. Une nouvelle opération de LBO sur laquelle il planche discrètement depuis quelques mois, en compagnie de Rothschild & Co (et de son associé-gérant Charles Mussat), a appris l’Informé.
Originalité du dossier : ici, le fonds majoritaire n’est pas en première ligne dans les tractations. Selon nos informations, Ardian a en effet choisi de laisser les mains libres au dirigeant-fondateur, Guillaume Réveilhac. Celui-ci s’est donné l’objectif de réunir un consortium de fonds en capacité d’investir individuellement des tickets compris entre 100 et 200 millions d’euros. Car le prix à payer pour mettre la main sur le champion des pâtes à tarte et des pâtes à pizza s’élèvera bien au-dessus de la barre du milliard d’euros. Dans le cadre de cette future recomposition du capital, Ardian a en effet pré-agréé un multiple d’acquisition correspondant à 11,5 fois l’Ebitda du groupe… lequel pourrait atteindre 150 à 160 millions d’euros en 2026. Il s’agit des projections établies par l’agence de notation S&P Global, dans une note publiée en mai, quand Cerelia a levé 690 millions de dette « term-loan B » sur les marchés. « Rapporté au résultat, le niveau de valorisation peut paraître élevé pour l’agroalimentaire, un secteur gourmand en « capex », mais il peut se justifier par le fait que sur le segment des pâtes à cuire, Cerelia domine le marché avec Herta, avec aussi une présence qui compte en Amérique du nord », juge une source financière.
À ce stade, la liste des fonds tournant autour du dossier est relativement longue et hétéroclite. Elle inclut notamment Tikehau, les holdings d’investissement belges Cobepa et Sofina, Towerbrook, Bain Capital ou bien encore 65 Equity Partners, un acteur lié au fonds souverain singapourien Temasek. « Les investisseurs qui entreront au capital devront composer avec le dirigeant, dont le poids dans la gouvernance est central, explique un proche du dossier. L’idée est de répliquer le modèle Ceva Santé Animale, où le dirigeant Marc Prikazsky a conservé la majorité des droits de vote et fait régulièrement tourner son pool d’investisseurs à chaque nouvelle recomposition du capital. » Un tel schéma ne plaît pas à tout le monde. « Être relativement passif dans la gouvernance, composer avec d’autres investisseurs et se ranger derrière le dirigeant avec peu de mains sur la liquidité… peu d’acteurs habitués aux dossiers où ils interviennent en actionnaire de contrôle se laisseront séduire, d’autant plus que la valorisation exigée est un vrai frein », souffle-t-on dans un fonds. Des connaisseurs du dossier croient néanmoins savoir que si le patron de Cerelia échoue à trouver la bonne recette, Ardian reprendra la main pour un scénario plus classique de cession de sa participation majoritaire.
Omniprésent parmi les marques de distributeur, Cérélia dispose aussi de propres marques, à l’instar de Croustipâte, le concurrent d’Herta. Il a aussi enrichi son portefeuille de produits en commercialisant des pancakes, des crêpes, des viennoiseries ou des cookies frais (il est d’ailleurs le fournisseur exclusif de cookies de Starbucks aux Etats-Unis). En 2023, il a inauguré la plus grande usine européenne de pâte à cuire dans le Pas-de-Calais. Une activité par définition fortement consommatrice en Capex, qui ne plaira pas à tous les fonds. Avec de lourds investissements et une charge de la dette plus importante depuis son refinancement, Cérélia devrait afficher un free cash flow très modeste cette année, avant de croître très sensiblement en 2027, selon S&P.