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Grande conso

Le domaine Tariquet a la gueule de bois

L’enchaînement de mauvaises récoltes fragilise le célèbre château du Gers. Qui serre les coûts en attendant des jours meilleurs.

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SPANI ARNAUD / HEMIS.FR / Hemis via AFP

Avec leur prix abordable et leur goût légèrement fruité, les bouteilles de Premières Grives du Domaine Tariquet trouvent bonne place sur les tables françaises ou étrangères. Vendu chez les cavistes, dans les épiceries fines comme en restauration, ce Côtes de Gascogne créé par la famille Grassa au milieu des années 1990 participe à la belle réussite du domaine. Mais, sur ces terres du sud-ouest comme ailleurs, le temps se gâte. À l’instar de nombreux châteaux et marques de vin, le climat économique - et surtout le climat tout court - pèsent sur l’activité de l’entreprise du Gers dont les revenus reculent régulièrement depuis quelques années selon nos informations. L’activité, qui avait connu un pic en 2016 avec une très bonne récolte et un chiffre d’affaires de 33,1 millions, a diminué saison après saison, pour atteindre 25,7 millions en 2023. « Les trois dernières récoltes sont historiquement basses, en plus de celle qui est en cours. Ce n’est jamais arrivé, de mémoire de vigneron, explique à l’Informé Rémy Grassa, le directeur général du Domaine Tariquet. Au total, nous avons perdu l’équivalent d’une récolte entière en trois ans. » Ce qui représente une année de dépenses - soit 15 millions d’euros - pour rien.

L’inflation de tous les intrants et matières premières (verre, énergie, transport) n’a rien arrangé. « Bien que nous ayons augmenté nos prix en 2022 et 2023, nous n’avons pas pu compenser tout cela, et nous avons enregistré des pertes », reprend le patron. Alors que la PME affichait régulièrement des bénéfices, la courbe s’est inversée depuis 2021, année des premiers déficits. Ils atteignaient près de 2,5 millions en 2023. Et plus de 5 millions en 3 ans.

Mais le dirigeant relativise ce coup de mou. « Avec moins de vin produit, nos coûts de production à l’hectare augmentent, mais nous ne sommes pas non plus en grandes difficultés, et nous sommes soutenus par nos banques », assure le patron de ce domaine de près de 1 200 hectares (dont une petite cinquantaine a été achetée récemment). Solidaire, Crédit Mutuel Equity, seul actionnaire extérieur à la famille et détenteur d’environ un quart du capital depuis 2007, a décidé de ne pas toucher les dividendes auxquels il a droit jusqu’en 2026, pour améliorer la trésorerie du domaine et lui permettre de traverser la période plus sereinement.

Selon un document interne dont l’Informé a pris connaissance, l’exploitation - qui gère tout, du conditionnement à la préparation de commande - a tout de même prévu de serrer les boulons et poursuivre la mutation de l’entreprise. Le domaine Tariquet vise ainsi un objectif de « performance et (de) réduction des coûts », avec une baisse drastique des investissements et des dépenses, annulés ou reportés. Il prévoit en parallèle la mise en place de nouvelles activités d’accueil et d’œnotourisme, et compte muscler ses efforts sur le volet commercial. « Un travail de fond a été relancé cet été, en restant stable en tarif pour reconquérir nos partenaires, et en accentuant notre présence sur le terrain » ajoute Rémy Grassa, qui avec son frère Armin, représente la cinquième génération aux commandes.

Depuis la rentrée de septembre, l’activité est qualifiée de « bonne », notamment en France où le domaine écoule 70 % de ses volumes, dont la moitié chez les cavistes : sur près de 4 000 clients actifs, 500 sont des nouveaux entrants. À l’étranger, le château commercialise ses bouteilles, via des agents, surtout en Amérique du Nord - un marché qui a chuté depuis 2019- et en Europe du Nord. Mais le facteur déterminant sera, pour les prochaines années, d’ordre météorologique.

Des grives qui font des envieux

Le succès des cuvées du domaine Tariquet, notamment ses « premières grives », a donné des idées à d’autres acteurs du vin qui flirtent avec la ligne jaune… voire la dépassent. En février dernier, Laur, un domaine du Lot, s’est vu condamné, en appel, à verser 790 000 euros pour concurrence déloyale et contrefaçon. Il avait lancé en 2017 un vin blanc moelleux IGP Côte de Gascogne baptisé « faute de grives, je bois du merle » qui ressemblait énormément, dans son graphisme, sa présentation et son cépage, aux « Premières grives » et « Dernières grives » du château Tariquet… en deux fois moins cher. Depuis cette décision, Laur s’est pourvu en cassation comme l’indiquait la presse régionale. Et continue de commercialiser un vin baptisé « faute de merles, je ne bois que ça », pas vraiment de nature à calmer les choses.

En juin, le tribunal judiciaire de Bordeaux a vu passer une affaire du même ordre. Cette fois, ce sont les agissements du négociant Raymond Vins Fins Internationaux qui ont été sanctionnés. Ce dernier a commercialisé des bouteilles de vin blanc d’IGP Côtes de Gascogne sous la marque « premier givre ». Pour le domaine Tariquet, qui a porté plainte, il s’agissait d’une contrefaçon évidente de ses « premières grives », de concurrence déloyale et de parasitisme. Le négociant a été condamné à verser l’essentiel d’une amende de 50 000 euros et plusieurs sociétés d’approvisionnement régionales de l’enseigne Leclerc, qui ont distribué ces vins, ont également été sanctionnées dans une moindre mesure.
Enfin, un concurrent a bien tenté de déposer la marque « les vignes de l’Imprévu ». Une référence limpide à la marque de vin blanc l’Imprévu de Tariquet (qui titre à 9,5 degrés) déjà existante. Mais l’INPI a refusé en septembre le dépôt de la marque contestée, en raison d’un risque de confusion manifeste.