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Continuer la lectureL’Arcom demande le blocage du site gore WatchPeopleDie.tv
Une plateforme américaine montrant des gens en train de mourir est dans le viseur de l’autorité administrative indépendante. Cette demande de blocage est une première dans l’histoire de l’Arcom.
Des exécutions de masse au Soudan, des suicides, des décapitations en Syrie, des actes de tortures à la machette, des attaques de pit-bulls, un homme brûlé vif dans une cage ou encore des centaines d’autres vidéos sanglantes répertoriées avec le mot-clef « France »... Voilà quelques-uns des contenus ...
« La ligne éditoriale de la plateforme est entièrement dédiée à publication de contenus illicites, violents et attentatoires à la dignité humaine », plaide l’Arcom dans ce document. Selon la même pièce, le site, qui revendique plus de 4,4 millions d’utilisateurs enregistrés, avait déjà reçu des demandes de retrait de trois vidéos représentant des actes de tortures et de barbaries, émises par l’Office Anti-Criminalité (OFAC) et validées par l’autorité. Toutes sont restées sans réponse. Les services de l’Arcom avaient également été saisis par e-Enfance en mars et septembre derniers. L’association de protection de l’enfance nous confirme avoir repéré cette plateforme dès février 2025 après des signalements émis par des mineurs sur son service en ligne « 3018 », un numéro d’urgence anti-cyberharcèlement. « Et avant de nous retourner vers l’Arcom, nous avons tenté de contacter directement l’éditeur de ce site, mais cela s’est révélé impossible. Accessible sur le territoire national, cette plateforme aurait pourtant dû avoir un représentant légal, conformément au règlement sur les services numériques », commente Véronique Bechu, la directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs d’e-Enfance.
Juridiquement, la mesure s’appuie sur l’article 6-3 de la loi sur la confiance dans l’économie numérique (LCEN), lequel permet à quiconque de saisir la justice pour « prescrire à toute personne susceptible d’y contribuer toutes les mesures propres à prévenir un dommage ou à faire cesser un dommage » en ligne. L’autorité estime ici que le blocage d’accès est la seule mesure envisageable, le seul retrait de certains contenus étant insuffisant. « En cas de retrait ciblé de contenus, le risque de résurgence serait particulièrement élevé, puisque les utilisateurs pourraient continuer à poster de telles images, eu égard à la ligne éditoriale du site et à l’absence de toute modération ». Elle rappelle que l’article 227-24 du Code pénal prohibe la diffusion des messages à caractère violent ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine lorsque ce contenu est susceptible d’être vu par un mineur, ce qui est le cas ici puisque le site ne dispose pas de contrôle d’âge. De plus, l’article 222-3-3 du même code interdit la diffusion d’images relatives à la commission d’infraction caractérisant des atteintes volontaires à l’intégrité des personnes. Toujours dans ses écritures, l’instance demande au tribunal de désigner les catégories de personnes (par exemple les fournisseurs d’accès ou les gestionnaires de noms de domaine, les réseaux privés virtuels, etc.) auxquelles l’OFAC pourra exiger là encore un blocage d’accès si l’on retrouve sur d’autres sites des contenus piochés sur WatchPeopleDie.tv.
Après le décès en direct de l’influenceur Jean Pormanove sur le réseau social Kick le 18 août 2025, l’Arcom avait été très critiquée, accusée de ne pas avoir agi suffisamment rapidement. Plusieurs mois plus tôt, en décembre 2024, un article de Médiapart avait dénoncé les violences subies par le streamer. La Ligue des droits de l’Homme avait même saisi l’autorité dès février 2025. Celle-ci avait finalement publié un billet le 26 août pour s’expliquer, relevant notamment qu’ « empêcher l’accès à un site internet est une atteinte forte à la liberté de communication » qui ne peut s’inscrire que dans un cadre précis, en particulier celui d’une décision de justice ordonnant une telle mesure de restriction. Interrogés, l’Arcom et l’Ofac n’ont pas encore répondu à nos questions au moment de la publication de notre article.