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Grande conso

Hôtellerie-restauration : Thierry Marx part en guerre contre Malakoff et Klesia

Le président de l’UMIH, organisation patronale majeure du secteur, vient d’assigner en justice les deux organismes au sujet des mutuelles santé et prévoyance de la branche. L’affaire concerne plus d’un million de salariés.

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EMMANUEL DUNAND / AFP

Le torchon brûle au sein de la branche des hôtels, cafés et restaurants. En cause : les contrats de couverture en matière de prévoyance et de frais de santé qui protègent les centaines de milliers de salariés du secteur. Les deux grandes organisations patronales de la filière - l’Union des métiers et...

Pour comprendre le problème, il faut rappeler comment fonctionne le secteur : les partenaires sociaux de la filière sélectionnent une institution de prévoyance avec laquelle ils négocient un contrat pour la branche, qu’ils recommandent ensuite à leurs adhérents. Chaque établissement est libre d’opter pour un autre prestataire (si tant est qu’il offre au minimum les mêmes garanties aux salariés), mais dans les faits, beaucoup se tournent vers le partenaire recommandé. Or le nouveau contrat négocié l’an dernier avec Malakoff Humanis et Klesia sème la discorde parmi les partenaires sociaux. L’UMIH et le GNC ont signifié dès août 2022 leur opposition à cet accord et aux offres qui en découlent. D’autres organisations patronales, minoritaires, y restent favorables, les syndicats de salariés aussi, mais les deux géants de l’hôtellerie-restauration (représentant plus de 60 % des employeurs) tiquent. Le problème ? L’explosion des tarifs. Jusqu’alors, ceux-ci s’élevaient à 28 euros par mois et par salarié, l’employé et l’employeur versant 14 euros chacun. Dans le nouveau deal, la facture grimperait à 47 euros (soit une hausse de 67 %) avec une part patronale qui bondirait à 31 euros (+121 %) quand celle des collaborateurs passerait à 16 euros (+14 %). Face à cette proposition jugée inacceptable « en l’état », l’UMIH et le GNC militent pour un nouvel appel d’offres « transparent », qui pourrait permettre d’identifier de meilleures offres, en termes de prix comme de couverture.

Mais ce n’est pas tout. Les deux contestataires reprochent aussi à Klesia et Malakoff Humanis dans leur plainte de ne pas suffisamment consulter les partenaires sociaux, contrairement à leur engagement, et d’avoir imposé « à marche forcée » les évolutions tarifaires et de garanties à leurs adhérents. Ce à quoi Malakoff Humanis répond ne même pas connaître l’affiliation des entreprises à l’une ou l’autre des organisations patronales. Autre point de tension : l’UMIH et le GNC regrettent que leurs partenaires aient résilié, sans leur avis, le contrat de délégation de gestion avec la société Colonna Facility, pour signer avec le groupe Diot-Siaci. Dans l’assignation, les plaignants réclament donc la suspension de ce transfert, jugé illégal au regard des accords collectifs. « Les organismes assureurs sont seuls responsables de leurs délégataires de gestion et sont donc libres de mettre fin aux relations avec leur gestionnaire », rétorque à ce sujet Malakoff Humanis.

Côté coulisses, l’UMIH et son chef de file étoilé Thierry Marx ont aussi engagé une bataille de lobbying. Dernière preuve en date ? Le 22 septembre dernier, le cuisinier au carnet d’adresses bien épais a fait parvenir, selon nos sources, une missive à ce sujet au ministre du Travail, Olivier Dussopt. Ce courrier interpelle la rue de Grenelle sur la situation de blocage à laquelle fait actuellement face la branche, malgré les nombreux appels au dialogue avec les institutions de prévoyance et les autres. L’UMIH et le GNC, déterminés à organiser un appel d’offres, y annoncent en outre avoir lancé un processus de référencement d’assureurs et d’un gestionnaire.

Au-delà des plaidoyers auprès de l’exécutif, l’équipe de Thierry Marx doit également gérer l’opposition des organisations syndicales. Le 17 juillet, dans un courrier commun, la CFDT, la CGT, FO et la CFE-CGC ont en effet conjointement renouvelé leur soutien à Klesia et Malakoff, ainsi qu’au départ du gestionnaire Colonna. Selon eux, l’imbroglio actuel ne serait dû qu’à des problèmes de gouvernance internes à l’UMIH depuis l’élection du chef il y a un an. Les nouvelles conditions proposées ne poseraient, elles, guère de problèmes : une plus forte contribution des employeurs aux cotisations ne serait « qu’un juste retour des efforts consentis en leur faveur » ces dernières années.

L’ensemble des organisations syndicales et les deux autres organisations patronales, le GNI et le SNRTC, dénoncent aussi un manque de dialogue avec l’UMIH. À l’offensive, elles se préparent à officialiser dans les prochains jours un nouvel accord « de référencement » : pour choisir ses prestataires, la branche ne voterait plus par collège (organisations patronales d’un côté, syndicats de l’autre) mais tout le monde réuni. Une manière de diluer le pouvoir de blocage des structures majoritaires.

Reste que, pour l’heure, quelle que soit l’issue de ces négociations épineuses, un sentiment d’urgence règne au sein de la branche. En effet, faute de ratification par l’UMIH et le GNC, l’accord de 2022 ne s’applique pas aux adhérents de ces deux groupements et seulement jusqu’en novembre 2023 (au titre d’une « période de survie ») aux établissements dépendant des organisations signataires GNI et SNRTC. « Si rien n’est fait, à la fin de l’année, il y aura un grand vide, et celui qui le paiera, ce sera le salarié qui ne sera plus couvert », s’inquiète Stéphane Leroux, représentant de la CGT. Quant à Audiens, le partenaire de Klesia et Malakoff Humanis pour les contrats de santé, celui-ci a annoncé à l’Informé avoir signifié aux coassureurs la résiliation de sa participation le 30 juin dernier, un départ effectif au 1er janvier 2024. Cette décision ne devrait cependant pas avoir de conséquences sur le contrat HCR de Klesia et Malakoff Humanis, compte tenu de la part très minoritaire du groupe, d’après son directeur général Frédéric Olivennes. « Audiens n’a pas réussi à trouver sa place dans ce projet : dans les faits, nous comptions moins de 1 % des régimes de cotisation santé de la branche HCR, commente-t-il. J’ai jugé qu’il valait mieux que nous nous retirions, car nous étions finalement un facteur de complexité supplémentaire. ».