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Grande conso

Comment le Coq Sportif a échappé discrètement au dépôt de bilan

L’équipementier officiel des athlètes français aux JO risquait l’impasse de trésorerie. Une procédure de conciliation lui a permis d’arracher, entre autres, un PGE de 10 millions d’euros.

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FRANCK FIFE / AFP

À un an des Jeux Olympiques, le Coq Sportif a frôlé le pire. Choisi pour habiller la plupart des équipes tricolores et le personnel de Paris 2024, l’équipementier a bien failli ne pas pouvoir honorer son contrat. En cause ? Une situation financière des plus fragiles. Selon nos informations, le fabricant, également fournisseur du XV de France pour la Coupe du monde de Rugby 2023, risquait une impasse de 8 millions d’euros dans sa trésorerie fin juillet et même de 14 millions fin octobre. Pour se renflouer, il a un temps cherché un nouvel investisseur, mais c’est finalement l’État et les banques qui vont lui permettre de rester à flot. Dans le cadre d’une procédure de conciliation concernant trois sociétés du groupe (Le Coq Sportif Holding, LCS International et LCS 1882), la marque a obtenu 10 millions d’euros sous la forme d’un PGE Résilience, a appris l’Informé. Ce type de prêt garanti par l’Etat s’adressant aux entreprises frappées par les effets de la guerre en Ukraine. Cinq établissements apportent leur contribution : la Banque Populaire Alsace Lorraine, le Crédit Agricole Champagne Bourgogne, la Caisse d’Epargne Grand Est, LCL et Bpifrance. Le Coq Sportif avait déjà bénéficié d’un PGE en 2021 pour un montant de 20 millions d’euros.

Mais si le dossier est sorti de l’impasse, c’est aussi grâce à un coup de pouce des pouvoirs publics, qui scrutaient ce dossier politiquement (et médiatiquement) inflammable par l’intermédiaire du Ciri, la cellule de Bercy dédiée aux restructurations industrielles. L’Etat n’a pas limité son soutien à la garantie du PGE. Il a directement consenti une ligne de financement de 10 millions d’euros. Sans compter que l’accord de conciliation - bouclé en 5 semaines seulement - comporte aussi un moratoire de 7 millions d’euros sur des créances publiques. À noter qu’en parallèle, les actionnaires du Coq Sportif font aussi un effort en remettant au pot 5 millions d’euros. Ils sont menés par le suisse Airesis (77 % du capital), holding d’investissement cotée pilotée par Marc-Henri Beausire - qui est aussi le patron du Coq Sportif. Un réaménagement « significatif » des concours bancaires existants complète l’accord de conciliation.

Du Covid à la flambée inflationniste

Les difficultés du fabricant ne datent pas d’hier. Le Covid-19 ne l’avait pas épargné, avec une chute des ventes de 124 à 80 millions entre 2019 et 2020. Et même si le chiffre d’affaires s’est redressé pour atteindre les 131 millions en 2022, l’entreprise n’est pas revenue dans le vert (avec un Ebitda négatif de 3,4 millions et une perte nette de 6,7 millions). La marque a été frappée de plein fouet par les conséquences de la guerre en Ukraine, avec la hausse des coûts du fret maritime et des matières premières (principalement le coton). D’autres problèmes s’y sont ajoutés : un surstockage des marchandises, une flambée de ses coûts commerciaux et de marketing... « Face à ces difficultés, Airesis a réalisé plusieurs apports en compte courant en 2022 pour un montant total de 9,4 millions d’euros », est-il écrit dans le jugement d’homologation. Mais 2023 est venu avec son nouveau lot de difficultés, « à savoir une compensation opérée par un client entre des factures impayées et des remises de fin d’année, ainsi qu’une réduction de la ligne d’affacturage par une banque », poursuit le jugement. C’est dans ce contexte que les besoins de trésorerie liés aux contrats de la coupe du monde de Rugby et des JO 2024 sont devenus trop lourds à supporter comme l’avait raconté Le Monde en juillet.

Malgré ses difficultés, le groupe a toutefois réussi à investir dans le doublement de la surface de production de son usine historique de Romilly-sur-Seine (Aube). La couverture médiatique assez large qui a accompagné l’inauguration du bâtiment est parvenue à reléguer au deuxième plan les doutes sur la capacité du groupe à honorer son contrat des JO. Début juillet, l’Equipe s’était ainsi fait l’écho de l’inquiétude de plusieurs fédérations face au retard de l’équipementier dans la conception des tenues.

Contactés par l’Informé, Airesis et Le Coq Sportif n’ont pas répondu. La conciliatrice en charge du dossier, Joanna Rousselet (du cabinet Abitbol & Rousselet) n’a pas souhaité faire de commentaire.