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Continuer la lectureLe plan de Buffalo Grill pour se remettre à flot
Contrairement à son concurrent Courtepaille, la chaîne de steak houses a trouvé un accord de sauvetage avec ses créanciers. Sauf surprise, elle est à l’abri jusqu’en 2028.
Deux enseignes emblématiques, deux destins. Alors que Courtepaille a dû déposer le bilan au printemps, Buffalo Grill, également détenue par le fonds britannique TDR, va sauver ses cornes. Selon nos informations, le réseau de steak house a réussi à s’entendre avec ses créanciers pour renégocier sa dette et obtenir de nouveaux financements. En proie à une augmentation des coûts venant dégrader la rentabilité, la chaîne et sa maison mère, la holding Napaqaro, avaient entamé, en mars dernier,des discussions dans le cadre d’une procédure de conciliation. Les administrateurs judiciaires Frédéric Abitbol et Jonathan El Baze avaient été désignés comme conciliateurs pour superviser les échanges. Un accord a finalement été trouvé et homologué par le tribunal à la toute fin juillet. Il permet à Buffalo Grill de financer ses besoins jusqu’en 2028, selon des prévisions de trésorerie réalisées par le cabinet de conseil Eight Advisory.
Concrètement, la conciliation a permis à Buffalo Grill de négocier un nouveau prêt garanti par l’Etat (PGE) d’un montant de 42 millions d’euros : il s’agit en l’occurrence d’un PGE Résilience, un dispositif s’adressant aux entreprises fragilisées par les conséquences de la guerre en Ukraine (lire encadré ci-dessous). Le restaurateur a obtenu cette rallonge auprès de l’un de ses créanciers, Barclays. Au plus dur de la crise sanitaire, la banque britannique avait déjà débloqué un PGE de 65 millions aux côtés de la Société Générale et d’Arkéa.
Buffalo Grill a en parallèle bénéficié d’un allègement de sa dette existante. TDR Capital a en effet choisi de convertir en capital une grande partie de ses créances d’actionnaires… Une décision cruciale alors que le fonds est devenu en 2020 le principal prêteur de la société, avec environ 200 millions d’euros de dettes. Enfin, l’Etat a lui aussi accepté de soulager Buffalo Grill : il a consenti à abandonner certains passifs fiscaux et à en rééchelonner d’autres sur les cinq prochaines années. Les discussions étaient d’ailleurs suivies de très près par Bercy, et plus particulièrement par le Ciri (Comité interministériel de restructuration industrielle), cette task force rattachée à la direction du Trésor dont la mission est d’épauler les entreprises en difficulté dans ce genre de situation. Car les enjeux sociaux sont loin d’être négligeables. Rien que dans ses 235 restaurants en propre, Buffalo Grill emploie 5 600 salariés.
Se développer via la franchise
Malgré la crise des gilets jaunes puis la pandémie, Buffalo Grill a su limiter la casse. Ses comptes sociaux font état d’un chiffre d’affaires de 377 millions d’euros pour 2022, légèrement en dessous des 390 millions de 2019 (et bien au-dessus des 237 millions de 2020). Mais l’enseigne n’a pas pu éviter 24 millions de pertes d’exploitation l’an passé. Dans le plan d’affaires qu’elle a établi pour les cinq prochaines années, la chaîne célèbre pour ses steaks de bison prévoit de miser davantage sur la franchise pour développer son réseau, elle qui compte seulement 95 restaurants sur ce modèle aujourd’hui (et 1 800 salariés). Un modèle populaire dans le secteur, puisque le géant français de la restauration, Groupe Bertrand (Hippopotamus, Léon de Bruxelles, Au Bureau…) poursuit lui aussi cette stratégie depuis 2020.
PGE Résilience, mode d’emploi
On connaissait les “PGE Covid-19”, ces prêts bancaires garantis par l’Etat massivement accordés aux entreprises éprouvant des difficultés à faire face à leurs échéances à cause de la crise sanitaire. S’il n’est plus possible d’en souscrire depuis juin 2022, les sociétés peuvent en revanche décrocher jusqu’au 31 décembre 2023 des “PGE Résilience” comme vient de le faire Buffalo Grill. Ces prêts s’adressent aux entreprises dont la trésorerie a été mise sous tension en raison des conséquences économiques de la guerre en Ukraine. Ils permettent principalement les effets de l’inflation de certaines matières premières (notamment alimentaires) ou de la rupture de chaînes d’approvisionnement. Ils peuvent aussi s’adresser à des entreprises qui commercent de manière importante avec la Russie et l’Ukraine. Le PGE Résilience permet de couvrir jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires annuel moyen des trois dernières années. Il est entièrement cumulable avec des PGE Covid à condition que le total ne représente pas 40 % des ventes. La durée d'amortissement du prêt est de six ans, et l'entreprise commence à rembourser au-delà d’un an.