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Grande conso

Le compte à rebours a débuté pour Alinea, dans une situation alarmante

Pertes abyssales, dettes colossales : l’Informé dévoile les chiffres encore inédits qui ont poussé le tribunal des activités économiques de Marseille à placer l’enseigne d’ameublement des Mulliez en redressement judiciaire. Et menacent sa survie.

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NICOLAS TUCAT / AFP

Après s’être relevé d’un premier redressement judiciaire en 2020 dans des conditions rocambolesques (lire plus bas), le spécialiste de l'ameublement Alinea pensait repartir en avant. En 2023, il absorbait Zôdio - autre chaîne de déco de l’écosystème Mulliez - pour former une seule enseigne. De quoi «...

Le 20 novembre, Alinea a de nouveau été placé en redressement par le tribunal des activités économiques de Marseille, ce qui n’a pas étonné plusieurs fournisseurs importants, déjà prévenus que la situation devenait critique. Et selon nos informations, l’audience du 17 novembre qui a débouché sur cette nouvelle déconvenue a dévoilé la situation accablante de la société.

Alinea en effet estimé que son résultat d’exploitation resterait déficitaire en 2025, à -44 millions, à peine mieux que la perte d’exploitation de 54,7 millions d’euros enregistrée en 2024 (après celle de 20,2 millions en 2023). Avec des points de vente moins grands qu’auparavant, la rentabilité devait pourtant en théorie être plus simple à atteindre. La direction de l’enseigne qui compte aujourd’hui 35 magasins (dont 28 en propre) pour un peu moins de 1 200 salariés, a révélé lors des échanges avec les juges consulaires que le chiffre d’affaires réalisé au m2, initialement établi autour de 4 000 euros, était aujourd’hui tombé à 1 300 euros. Le chiffre d’affaires (162 millions d’euros l’an dernier) est logiquement bien en dessous des objectifs fixés. L’écart serait même d’une centaine de millions d’euros. Conséquence de ces difficultés persistantes : la famille Mulliez, actionnaire via diverses structures dont Adeo, a dû renflouer l’entreprise à hauteur d’environ 170 millions ces dernières années a-t-on également appris.

Ces mauvais résultats s’expliquent par des facteurs externes comme l’inflation et la crise de l’immobilier ou internes comme le recentrage de l’approvisionnement en Europe, le retard dans la réouverture des magasins. La fusion des équipes d’Alinea et Zôdio a aussi été plus compliquée qu’espéré.

Des justifications qui n’ont pas empêché Jean Pascal Violet, vice-procureur de la République chargé de ce dossier, de s’étonner de l’écart entre ce que l’enseigne avait prévu et les résultats réellement obtenus. Selon les propos rapportés, il entend que l’on puisse se tromper une fois sur un exercice, mais manifestement « l’erreur s’est répétée ». L’avocat de l’entreprise a confirmé que les budgets prévisionnels n’avaient pas été respectés, mais a tenu à rappeler les différentes crises survenues en 18 mois et les espoirs placés par la direction dans la reprise de Zôdio pour résoudre les problèmes de marge.

Une audience couperet prévue le 12 janvier

La cessation de paiements était inévitable. Si la société affichait 12,7 millions de trésorerie au 12 novembre dont 9,58 millions d’acomptes clients, l’actif disponible n’était que de 3,6 millions d’euros, insuffisant pour couvrir un passif exigible de 11 millions (dont plus de 5 millions de dettes fournisseurs). Les dettes fiscales et sociales atteignent 5,5 millions d’euros. La direction a tout de même précisé que les salaires de novembre, soit trois millions d’euros, seront bien réglés, sans qu’intervienne l’AGS, le régime de garantie des salaires qui paie les salariés lorsque leur employeur est en procédure collective.

Dans ce contexte, le tribunal des activités économiques de Marseille a validé une période d’observation de 6 mois, jusqu’au 20 mai 2026. Mais compte tenu de l’urgence financière et sociale, il a d’ores et déjà programmé une audience couperet le 12 janvier, lors de laquelle Alinea devra présenter son bilan comptable, mais aussi « des pistes sérieuses de restructurations ». Pour y parvenir, la chaîne pourra s’appuyer sur les services du cabinet Eight Advisory, un spécialiste des transformations et restructurations avec lequel elle collabore déjà. L’enjeu de ce rendez-vous décisif sera d’évaluer si les capacités financières de l’entreprise sont suffisantes pour poursuivre son activité. Afin de statuer sur la poursuite de la période d’observation, ou l’éventuelle conversion en liquidation judiciaire, ce qui ferait grand bruit. L’actionnaire remettra-t-il encore la main à la poche ? Des repreneurs vont-ils se positionner ? « La direction a exprimé l’espoir de trouver un ou des repreneurs, mais pour l’instant elle est dans la confidentialité et nous ne pouvons rien savoir » a indiqué une source syndicale à l’AFP. Nous craignons cependant que cette éventuelle reprise ne soit que partielle, et ne porte pas sur tous les magasins. » Contactée, la direction d’Alinea n’avait pas répondu à nos sollicitations à l’heure de la publication, alors qu’Adeo n’a pas souhaité faire de commentaires.

Le parcours tumultueux de l’enseigne Alinea

Fondée en 1989 à Avignon, initialement dans le giron d’Auchan, l’enseigne Alinea a alterné les phases de développement et de restructuration. Elle avait déjà été placée en redressement judiciaire en 2020, en pleine pandémie de Covid-19. À l’époque, une ordonnance gouvernementale prise à la faveur de la crise sanitaire avait permis aux actionnaires (ici Alexis Mulliez et sa famille) de faciliter la reprise de leur propre entreprise (et d’effacer les dettes), un mécanisme d’ordinaire plus difficile à activer. L’opération s’était soldée par la fermeture de 17 magasins sur 26 et le licenciement de près de 1 000 salariés sur 1 800.
Une phase de transformation (image, positionnement) a suivi, complétée en 2023 par l’annonce de la fusion avec Zôdio. 19 magasins de l’enseigne de décoration ont ensuite été transformés en Alinea avec l’ambition de créer un groupe plus solide, ambition qui s’est heurtée à une réalité plus compliquée.