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Continuer la lectureBoulanger : de nombreux salariés soulagés par le départ du patron emblématique de l’enseigne
Étienne Hurez, qui a dirigé l’enseigne de la famille Mulliez pendant sept ans avant de prendre la tête de la holding United.b, a quitté ses fonctions en décembre. Des employés dénoncent auprès de l’Informé un management rugueux dont il aurait fait preuve.
« Tous les actionnaires et l’ensemble des collaborateurs le remercient pour son engagement sans faille durant ces 30 années passées au sein de cette entreprise, avec et pour les clients et collaborateurs ». Le 16 décembre dernier, c’est avec ces mots chaleureux qu’Erwan Punelle, le président de Unite...
La plupart des témoins rapportent ainsi avoir subi ou assisté à de brusques recadrages, en privé ou en public de la part de ce vieux briscard de l’électroménager, entré chez Boulanger en 1994 avant d’en gravir tous les échelons jusqu’à la holding United.b. « Démolir un employé ou un directeur devant toute l’équipe ne sert à rien, surtout quand c’est violent verbalement », regrette une ancienne de la maison. Ils font aussi part d’une manière expéditive de débarquer des cadres ou même des dirigeants, parfois virés dans un lieu public ou bien le carton sous le bras, sans pouvoir saluer leur équipe. Des pratiques « très old school » qui ont choqué en interne. « Il peut arriver qu’un employé ne soit plus la bonne personne au bon moment dans une entreprise, il faut savoir se séparer des gens, concède un ex-responsable. En revanche on n’est pas obligé d’en arriver à des humiliations ou du lynchage public ».
De fait, de nombreuses têtes ont valsé pendant le passage d’Étienne Hurez à la tête de United.b (2020-2024). Chez Boulanger, Emmanuel Deschamps a cédé son poste de directeur général en 2023 à Émilie Soleri, une ex-Auchan. Chez Electro Dépôt, l’enseigne discount d’électroménager, Stéphane March a quitté ses fonctions de directeur général en 2022 pour redescendre d’un échelon, avant de faire ses valises deux ans plus tard pour créer sa structure de conseil. Sa remplaçante, Béatrice Héricourt, n’est restée que deux ans en poste. Et comme un clin d’œil, Stéphane March vient de revenir dans la maison, juste après le départ d’Étienne Hurez donc.
Un schéma « bourreau sauveur »
D’après notre enquête, les méthodes de management d’Étienne Hurez étaient « connues » depuis longtemps, notamment quand il officiait chez Boulanger, de 2013 à 2020. Une source rapporte que de nombreux salariés y ont été « abîmés ». Il aurait eu l’habitude de « souffler le chaud et le froid ». Plusieurs interlocuteurs nous ont fait part du même schéma : « Vous êtes en état de grâce, puis d’un coup vous êtes mis à l’écart, avant d’être rattrapé par la manche. C’est le coup classique du schéma ’bourreau sauveur’ ». Une homologue ayant travaillé avec l’ex-patron confirme : « Il peut vous virer sous les brimades pour vous offrir une nouvelle opportunité quelques jours plus tard. » Lassés ou « placardisés », des pros ont d’ailleurs décidé de quitter la boîte à cause de cette ambiance « nocive ». L’Informé a également pu consulter récemment le courrier d’un médecin, qui adresse un employé à un confrère psychiatre pour traiter des problèmes de santé visiblement liés à une situation « humiliante et stressante qu’il aurait subi auparavant par un supérieur hiérarchique ».
Certaines voix internes tiennent toutefois à tempérer les critiques. Ainsi cette ex-administratrice de Boulanger qui décrit un management « ferme et juste, toujours dans l’intérêt des projets ». Un cadre passé par la même enseigne vante de son côté un patron « visionnaire », qui a « fait énormément avancer » Boulanger en plus de « faire travailler des milliers de personnes ». « Forcément, quand on porte une vision très forte, et donc une exigence, il faut parfois prendre des décisions managériales difficiles », dit celui qui vante aussi le « profond respect » et la « loyauté » d’Étienne Hurez envers ses équipes, notamment en magasin. Un interlocuteur capé appelle néanmoins à faire la distinction entre ses compétences de gestion et son rôle de chef : « D’un côté, tout le monde reconnaît que c’est un grand professionnel qui a fait grandir l’entreprise, mais d’un autre, sa façon de manager pose problème, et a poussé des gens à bout ou à perdre leur job. »
Les performances de l’entreprise sous le mandat Hurez ne font effectivement pas débat. En une dizaine d’années, les ventes ont doublé, pour passer de 2 à 4,34 milliards d’euros environ (selon les dernières estimations du Figaro), et ce qui a permis de réduire l’écart avec le leader Darty, voire de le dépasser. Cette réussite lui a certainement permis de conserver la confiance de la famille Mulliez. Et notamment de Thierry Mulliez, pilier essentiel en tant que président de l’AFM pendant 16 ans (1998-2014), mais aussi en tant que président United.b jusqu’à début 2024. « Il faut dire qu’Hurez a fait gagner énormément d’argent à la famille », commente une source qui connaît bien l’écosystème. Ces dernières années toutefois, plusieurs enseignes United.b ont marqué le pas.
Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Le départ d’Étienne Hurez est intervenu seulement quelques mois après celui de Thierry Mulliez. À 46 ans, son remplaçant Erwan Punelle incarne une nouvelle génération au sein de la dynastie nordiste. Qui est peut-être moins encline à tolérer les rugueuses méthodes du passé. À moins qu’il ne s’agisse également d’insuffler un nouvel état d’esprit dans l’entreprise, à l’heure où les ventes d’électroménager ont ralenti. Contacté, Étienne Hurez n’a pas retourné nos nombreuses questions, qui ont également été adressées à United.b . Pour toute réponse, l’entreprise a simplement tenu à nous préciser « n’avoir eu aucune alerte remontant depuis notre outil de signalement interne, anonymisé et sécurisé ». Et qu’à ce jour, « aucune procédure civile ou pénale n’a été engagée à notre connaissance ».