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Continuer la lectureGuerre des dimanches : Decathlon marque des points contre Intersport
Deux magasins Intersport sont condamnés à verser des dommages-intérêts au leader des articles de sport pour ouverture dominicale illégale. Dont un établissement appartenant à Bernard Joannin, le plus gros adhérent du réseau.
Dans le match qui oppose Intersport à Decathlon, le premier marque des points sur le plan commercial. Au mois de juin, Intersport a annoncé un chiffre d’affaires 2024 de 3,88 milliards d’euros, en progression de 6,3 %. Sa solide croissance tranche avec le sur-place du leader, Decathlon (+ 0,07% à 4,7...
C’est une nouvelle étape dans la guerre judiciaire que se livrent les deux distributeurs, et que l’Informé avait révélée fin 2024. Decathlon s’estime lésé par les libertés que son rival prend avec les règles du travail dominical. En dehors des grandes zones touristiques ou commerciales, les magasins de sport (et la plupart des commerces) ne peuvent ouvrir le dimanche que sur dérogation : le maire de la commune peut l’autoriser au maximum douze fois par an. Certains Intersport vont bien au-delà. Si Decathlon a remporté plusieurs victoires de principe sur ce dossier devant les juges en 2024, c’était, jusqu’à présent, sans obtenir d’indemnisation.
Cette fois, il est bien question d’argent. Le 26 juin 2025, le magasin Intersport d’Hénin-Beaumont (62) a été condamné par la cour d’appel de Douai à verser 150 000 euros à son concurrent, présent dans la même zone commerciale. Ce commerce appartient à Bernard Joannin. Principal adhérent de l’enseigne, cet homme d’affaires amiénois est à la tête de 45 Intersport selon Challenges. Par ailleurs président du club de foot d’Amiens, il a « commis des faits de concurrence déloyale liés à l’ouverture de son magasin en dehors des dimanches légalement autorisés », résument les juges. Entre juillet 2018 et septembre 2024, pas moins de 63 ouvertures dominicales illégales ont été comptabilisées pour ce seul point de vente. Et la douloureuse de 150 000 euros infligée par la cour d’appel n’est qu’une provision : elle a ordonné une expertise pour évaluer le préjudice total. Un pourvoi en cassation reste possible. Le groupe de Bernard Joannin et Intersport n’ont pas répondu à nos sollicitations.
Ce cas de figure n’est pas isolé. Trois mois plus tôt, le tribunal de commerce de Valenciennes avait infligé une punition comparable à l’Intersport de Raismes (59). Propriété de Christophe Deroubaix, un autre adhérent Intersport qui, lui, ne possède qu’un seul magasin, il a été condamné à payer 133 000 euros. Ce montant correspond aux marges bénéficiaires que le magasin Decathlon situé sur la zone commerciale Petite-Forêt, à 4 minutes en voiture de son concurrent, aurait vraisemblablement réalisées s’il avait, lui aussi, ouvert les dimanches contestés (au nombre de 35, dans ce cas). En revanche, les juges ont débouté Decathlon de sa demande de 300 000 euros supplémentaires pour « perte durable de clientèle » et pour « préjudice moral ».
La société gérant cet Intersport a fait appel. Par la voix de son avocate, Me Bénédicte Breyer, elle déplore une « situation de concurrence déséquilibrée ». Bien que proches, les deux magasins rivaux sont situés sur deux communes différentes. Decathlon est implanté sur la commune de Petite-Forêt et Intersport sur celle de Raismes : « Ils ne dépendent pas des mêmes arrêtés municipaux d’ouverture. Decathlon a été généreusement autorisé à ouvrir le dimanche », alors qu’Intersport ne l’était pas, fait-elle valoir.
Bien que non définitives, ces deux décisions sont de mauvais augure pour Intersport et plus particulièrement pour Bernard Joannin, homme fort de l’enseigne dans le Nord. En effet, une série d’arrêts de cours d’appel avaient déclaré illégales les ouvertures du dimanche de ses points de vente fin 2024. Sont par exemple concernés plusieurs magasins d’Amiens, son fief, mais aussi des environs de Saint-Quentin (02), Beauvais (60) ou encore Châlons-en-Champagne (51).
La plupart des décisions soumettent ces commerces à une lourde astreinte en cas de récidive, et les obligent à communiquer à Decathlon leurs chiffres de vente des dimanches contestés. Autrement dit, Decathlon dispose des armes pour multiplier les demandes d’indemnisation. Si l’enseigne nordiste s’est refusée à tout commentaire, nul doute que le match est loin d’être terminé.