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Continuer la lectureDecathlon : le dividende versé aux Mulliez et aux Leclercq passe mal chez les salariés
Plusieurs représentants des employés français du leader de la distribution d’articles de sport se plaignent d’une dégradation de leurs rémunérations et de leurs conditions de travail.
Chez Decathlon, l’annonce fait grincer des dents. Il y a quelques jours, la direction a fait savoir aux représentants du personnel que le groupe de sport verserait 403 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires pour l’exercice 2023, a appris l’Informé. Une somme rondelette, qui va principaleme...
Alors bien sûr, ce montant est à mettre en rapport avec les performances mondiales du commerçant : 15,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023 pour un résultat net de 931 millions. Il est aussi inférieur, de moitié, aux plantureux dividendes versés l’an dernier. Bien sûr, aussi, il fait également les affaires des salariés : sur les 403 millions de dividendes, « plus de 51 millions d’euros (seront) redistribués aux collaborateurs actionnaires qui détenaient, au 31 décembre 2023, environ 13 % du capital de l’entreprise, précise l’entreprise. Notre volonté est que chacune de nos parties prenantes soit gagnante de sa relation avec Decathlon » . Selon les éléments de la direction, près de 56 % de ses 101 000 employés dans le monde sont actionnaires, « dont près de 22 000 sur les 24 000 opérant en France. » Ces derniers profitent du fonds de placement groupe Decaval, en hausse de 14% en mars.
Mais il n’empêche, dans l’Hexagone, où le groupe réalise un quart de son activité, ces dividendes passent mal. « Le montant semble assez disproportionné par rapport aux efforts faits en magasins, et aux moyens dont nous disposons, avec des effectifs qui se réduisent de plus en plus », grince Sébastien Chauvin, délégué syndical central CFDT. « Avec une entreprise aussi performante et aussi profitable, nous demandons un partage plus équitable de la valeur créée pour avoir un bien-être indiscutable, abonde Gregory Labrousse, son homologue CFTC. Nous avons toujours eu une relation gagnant-gagnant chez Decathlon, mais aujourd’hui l’ADN de l’entreprise est en train de se transformer, et nous sommes inquiets à ce sujet. » Historiquement plutôt bien lotis, les gilets bleus verraient leurs conditions de travail et de rémunération se dégrader ces dernières années, selon plusieurs sources syndicales.
Prenez les salaires. Longtemps plus élevés qu’ailleurs, ils sont rattrapés par les minima de la branche désormais. Même déconvenue sur l’accord d’intéressement, en cours de négociation. De bonne facture il y a deux ans, il ne le serait plus autant. Quant aux bonus liés à la rémunération variable, ils s’étiolent et sont moins généreux qu’auparavant. Censés compenser des salaires restreints, ils pouvaient offrir jusqu’à 40 % de rémunération en plus. Mais ils sont de plus en plus difficiles à obtenir. La faute à une croissance plus terne - après un très fort développement post-Covid, les ventes en France n’ont progressé que de 1,24% en 2023 (à 4,75 milliards d’euros)- mais aussi à de nouveaux choix d’organisation. La baisse des stocks voulue en magasin, par exemple, ne permet pas toujours de satisfaire les clients, ou de répondre aux pics de demande. D’autant que les points de vente n’ont plus vraiment la main sur les approvisionnements, gérés directement par le siège. De quoi peser sur les performances d’un site et de son équipe
Et les choses ne risquent pas de s’améliorer puisque, toujours selon nos informations, le partenaire des JO aurait enregistré un chiffre d’affaires en recul de 2 % sur la période janvier-fin mai en France. À l’avenir, il devra, en outre, faire face aux ambitions affirmées de JD Sports dans l’Hexagone et au plan de développement d’Intersport, repreneur de Go Sport…
Au-delà des questions de rémunération, les baisses d’effectifs en magasin pèsent aussi sur le moral des troupes selon les syndicats. L’entité Decathlon France, qui exploite la majorité des points de vente (d’autres filiales s’occupent de la logistique, des services ou d’activités diverses) a perdu 2 700 employés l’an dernier. Sur cinq ans, leur nombre est passé de 16 000 à 12 500. En cause ? Des fermetures (6 en 2023), et c’est sans compter sur les réductions de surface commerciale (une opération appelée « good sizing » en interne) qui ont démarré, et la montée en puissance de l’activité e-commerce. Elle représente 17 % du chiffre d’affaires aujourd’hui à l’échelle du groupe, un pourcentage qui ne cesse de grimper. Une bascule qui tourmente vendeurs, inquiets d’être éloignés de leur métier de base, le conseil, pour avoir à gérer de plus en plus retours de produits et le SAV. La grande peur ? Que la vente assistée, chère à Decathlon, se transforme peu à peu en libre-service complet comme chez Carrefour ou Leclerc.
En fin d’année dernière, la direction de l’enseigne a diligenté deux grandes enquêtes internes, afin de sonder 6 000 employés en France. Une première enquête portait sur les conditions de travail, la seconde sur les rémunérations. Mais huit mois plus tard, leur restitution n’a toujours pas été effectuée.