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Continuer la lectureSagard Midcap : les dessous du divorce avec la famille Desmarais
Offre professionnelleL’équipe française très en vogue dans l’univers de l’investissement dans les PME et les ETI veut constituer sa propre société de gestion.
Branle-bas de combat chez Sagard. La société d’investissement, contrôlée par la Power Corporation de la famille du milliardaire canadien Paul Desmarais, a été contrainte de confirmer une information qui commençait à agiter le petit monde parisien du private equity. L’une de ses équipes françaises d’investissement, Sagard MidCap, réputé pour son expertise dans les LBO sur les PME-ETI, ne lèvera pas de nouveau fonds. L’objectif était d’aller chercher près d’un milliard d’euros, en capitalisant sur les succès récents - vente de Nutrisens à Cinven pour plus de 700 millions d’euros, cessions partielles de ses participations dans Sterimed et dans Ceva Santé Animale, l’Adit et Climater, sortie définitive de Prosol/Grand Frais et d’Alvest. La société de gestion est réputée pour sa capacité à naviguer dans un marché du non coté chahuté, au plus grand bonheur des institutionnels et fortunes familiales. « La direction de Sagard et les associés de Sagard MidCap ont décidé de ne pas poursuivre la levée du cinquième fonds MidCap », a déclaré l’entreprise à l’Informé. Elle ajoute que l’équipe restera en place pour gérer le portefeuille existant, qui se concentre essentiellement sur un véhicule, Sagard MidCap 4, levé en 2021-2022, qui aurait déjà retourné à ses souscripteurs les quelque 800 millions qu’ils avaient apportés aux fonds. Le message a clairement vocation à rassurer ces derniers.
Mais les associés (Antoine Ernoult-Dairaine, Saik Paugam, Maxime Baudry, Rik Battey et Andrea Bertoncello) pourraient-ils avoir envie de rester après cet épisode, sans avoir la possibilité d’investir ? Le scénario est hautement improbable, en dépit de leurs confortables rémunérations. Selon plusieurs sources, l’équipe s’active bel et bien à la constitution de sa propre société de gestion. Quand bien même Sagard dément tout spin-off. La firme et la famille Desmarais auraient acté le principe de la séparation, dans un schéma où les associés de Sagard MidCap continueraient à gérer les participations dans le cadre d’un accord de prestation de conseil. Une hypothèse qui leur donnerait une totale liberté pour lever un nouveau fonds et ainsi continuer à investir.
Des proches de Sagard expliquent que la maison et les associés, ici épaulés par l’avocat Olivier Assant (Bredin Prat), n’ont pas su trouver une « vision commune sur dix à quinze ans ». Les enjeux de pouvoir étaient centraux. Selon plusieurs sources, l’équipe aurait mal vécu la volonté de Paul Desmarais III, le chef du clan canadien, d’imposer ses vues. Celui-ci poussait pour instaurer une stratégie d’investissement plus paneuropéenne, Sagard MidCap se concentrant aujourd’hui sur la France et depuis peu sur l’Italie. Il plaidait par ailleurs pour un rapprochement plus étroit entre cette activité et d’autres structures du groupe, notamment les gérants de fonds de fonds primaires et secondaires Unigestion et Bex Capital. Une logique de plateformisation peu au goût des associés de l’équipe, habitués à avoir une pleine autonomie sur tous les aspects de la vie de la société de gestion Sagard SAS… dont le capital est entre les mains de la famille Desmarais. Enfin, la répartition du carried interest - ces commissions de surperformance de 20 % des plus-values au-delà d’une rentabilité de 8 % - aurait aussi été un point de crispation. « L’équipe Midcap a été tellement performante qu’elle a voulu renégocier le partage de la valeur, souffle un proche du dossier. Sagard Midcap 3 a restitué 3 fois la somme investie par les souscripteurs, tandis que le fonds 4 a déjà retourné à ses investisseurs leur argent avec ses trois premières sorties. » Trois motifs de tension qui, mis bout à bout, ont abouti à ce divorce à l’amiable.
Sagard conservera pleinement la main sur Sagard NewGen, une activité créée à Paris en 2020 pour investir dans des entreprises plus petites, le plus souvent des PME de la santé ou du numérique. Animée par les associés Agnès Huyghues-Despointes, Bérangère Barbe et Guillaume Lefebvre, cette équipe est actuellement en train de lever son deuxième véhicule. Selon nos informations, il est question qu’elle atteigne son objectif de collecter 400 millions d’euros à la fin du premier trimestre, un closing intermédiaire un peu en dessous de ce montant ayant été mené récemment.
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