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Continuer la lectureDecathlon s’attaque directement au patron d’Intersport
Dans la guérilla judiciaire qu’il mène contre son rival, le leader des articles de sport a fait condamner six magasins appartenant à Gérard Leclerc, président d’Intersport. Le motif ? Ils acceptaient illégalement des chèques-vacances comme moyen de paiement.
Le match s’intensifie encore entre Decathlon et Intersport. Comme nous l’avons raconté dans un précédent article, le Nordiste, habitué à écraser son marché, multiplie les offensives au tribunal à mesure que l’écart de chiffre d’affaires avec son challenger se resserre. Et il a encore trouvé un nouvel...
Ce ne sont pas n’importe lesquels : les sites de Gilly-sur-Isère (73), près d’Albertville, Chambéry (73), Lyon Croix-Rousse (69), Sens (89), Colmar (68) et Montbéliard (25) sont tous propriété du groupe familial de Gérard Leclerc, l’homme d’affaires qui a pris la présidence du réseau coopératif à l’automne 2024. Mais Decathlon ne s’arrête pas aux magasins détenus par le patron : des procédures sont aussi en cours contre cinq autres adhérents Intersport sur ce sujet, précise la direction auprès de l’Informé.
Les chèques vacances sont théoriquement utilisables pour des prestations de loisirs comme la location ou la réparation de matériel sportif, pratiquées chez Intersport. Mais pas pour acheter des vêtements ou des équipements. Les règles de l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV) sont claires sur ce point. À en croire Decathlon, la pratique était monnaie courante dans les magasins de Gérard Leclerc. Pour le prouver, l’enseigne a embauché un détective. Ainsi le 22 octobre 2024, le limier s’est présenté comme un client lambda chez Intersport à Gilly-sur-Isère (Savoie), berceau historique de l’activité de Gérard Leclerc. Il y a acheté une paire de gants adultes de marque Odlo, réglée à l’aide de chèques-vacances. Rebelote le lendemain, avec l’achat d’un bonnet de marque Quiksilver. En l’espace d’un mois, l’enquêteur a renouvelé ses achats dans les six magasins visés, s’offrant tantôt un bonnet de bain Speedo, tantôt une raquette de tennis ou de badminton. « Le personnel de caisse, chaque fois différent, avait accepté, à chaque passage et sans aucune réserve, le paiement de produits de consommation (…) via des chèques-vacances », lit-on dans les six ordonnances de référé, rendues en septembre dernier. La pratique constitue un « trouble manifestement illicite », a tranché le juge. Il a ordonné aux six magasins concernés d’y mettre fin, sous peine d’astreinte de 1000 euros par infraction.
« Nous avions à la marge quelques utilisations non conformes des chèques vacances dans notre réseau, reconnaît Mickaël Hébert, secrétaire général d’Intersport auprès de L’Informé. Aujourd’hui, il n’y a plus de sujet : nos pratiques ont été réalignées avec les règles de l’ANCV chez tous nos adhérents. » Il dit aussi « avoir un peu de mal à saisir quel peut être le préjudice de Decathlon dans cette affaire ». Contactée, l’enseigne du groupe Mulliez n’a pas souhaité commenter l’affaire.
Dans sa rafale d’actions judiciaires - une quinzaine ont été lancées avant même cette nouvelle salve -, le leader du marchéne ne gagne pas à tous les coups. Il a subi un échec devant la cour d’appel de Paris le 19 novembre 2025, où il voulait faire condamner des offres de son concurrent au titre des pratiques commerciales trompeuses. Et alors qu’il avait obtenu, en première instance, des indemnisations pour les ouvertures illicites le dimanche de deux Intersport l’an dernier comme nous l’avions révélé, il a été débouté pour un troisième devant le tribunal de commerce de Dunkerque le 15 décembre.
Les deux enseignes n’ont de toute façon pas fini de se croiser à la barre. Decathlon a fait appel des six jugements sur les chèques-vacances, pour avoir été débouté sur sa dernière demande, celle d’obtenir des documents comptables de son concurrent pour chiffrer son préjudice.