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Continuer la lectureRévolution 9 : le procès d’une « pyramide de Ponzi » de la com’
Les frères Baillet et Nicolas Bianciotto, les trois anciens dirigeants de cette ex-grosse agence parisienne, sont accusés d’avoir vidé les caisses des sociétés qu’ils avaient rachetées.
Qui est responsable de la faillite de Révolution 9 (R9), ancien acteur de poids dans le domaine de la communication ? Deux visions se faisaient face devant la cour d’appel de Paris, les 17 et 24 septembre. Les trois dirigeants du groupe, Olivier Baillet, son frère Xavier Baillet et Nicolas Bianciotto, y contestaient les mesures de faillite personnelle prononcées à leur encontre le 6 juillet 2021 par le tribunal de commerce de Paris. Le parquet leur reprochait d’avoir mis en place « un système de pyramide de Ponzi destiné à vider de leur trésorerie les sociétés reprises avant de s’en débarrasser ». Eux soutenaient que les difficultés financières de R9, en liquidation judiciaire depuis 2016, provenaient des malversations d’anciens dirigeants pour le compte de sociétés concurrentes. La cour s’est finalement rangée du côté du parquet et a confirmé des faillites personnelles de 8 ans pour Olivier Baillet ainsi que 3 ans pour Nicolas Bianciotto et Xavier Baillet.
Petit retour en arrière pour comprendre. En 2000, alors qu’internet commence à se démocratiser et que les start-up offrant des services pour le web se multiplient, Olivier et Xavier Baillet, encore étudiants, fondent la société Blue Acacia. Spécialisée dans l’informatique et la communication, elle prend en charge la création de sites pour des entreprises, propose des solutions d’hébergement et offre des conseils média et marketing. La boîte s’agrandit année après année : elle passe d’une équipe de 15 personnes à 45 entre 2004 et 2008, tandis que son chiffre d’affaires double jusqu’à atteindre 2,2 millions d’euros sur la même période. Deux ans plus tard, ils s’associent avec Nicolas Bianciotto, fondateur de la régie publicitaire Blue Média - qui sera liquidée en 2017 - chacun détenant alors 30,33 % du capital. Et ils ont de grandes ambitions.
L’idée ? Racheter de petites sociétés de communication, souvent en difficulté, conserver leur clientèle, leurs équipes et leurs dirigeants pour constituer un groupe offrant des prestations complémentaires, sans avoir besoin de recourir à des sous-traitants. Entre 2011 et 2013, le trio rachète une vingtaine d’agences, avant de créer le groupe Révolution 9 en octobre 2013. S’ensuit l’acquisition durant les trois années d’après d’une soixantaine d’autres sociétés dans le domaine de l’édition, des relations publiques et de la publicité. Les clients affluent : Bayer, EDF, L’Oréal, Carrefour, Total, SNCF, Axa, Nana, La Roche Posay…
Mais ces rachats sont risqués, puisqu’effectués sans due diligence et sans garantie de passif de la part des vendeurs, tandis que les holdings Révolution 9 et Blue Acacia s’engageaient à reprendre les dettes et les engagements des dirigeants sortants. Pour financer ces emplettes, les deux holdings avaient recours au crédit-vendeur : un premier tiers du prix d’achat était réglé au moment de la cession ; le deuxième un an plus tard ; le troisième l’année suivante. Les trois entrepreneurs misaient ainsi sur les profits que dégageraient les sociétés acquises pour rembourser leurs crédits sur deux ans.
En 2015, le groupe réalise un chiffre d’affaires de plus de 40 millions d’euros et compte plus de 1 500 clients, faisant de lui le troisième acteur français indépendant de la communication. Mais un an plus tard, c’est la douche froide. Car alors que les dettes s’accumulent et que la société multiplie les rachats, les profits tardent à venir. En juin 2016, la quasi-totalité des filiales font l’objet d’une procédure collective. En septembre et novembre, Blue Acacia et Révolution 9 sont placées en liquidation judiciaire. En 2017, le parquet de Paris saisit le tribunal de commerce afin que soit prononcée une interdiction de gérer à l’égard des dirigeants.
Parmi les faits reprochés aux frères Baillet et à Nicolas Bianciotto : ne pas avoir ouvert de procédure de redressement alors que les sociétés n’honoraient plus leurs contrats et étaient endettées jusqu’au cou. Mais aussi avoir tenu une comptabilité irrégulière et incohérente, avec des sociétés créancières alors qu’elles étaient elles-mêmes en difficulté. L’agence Additiv Communication, rachetée en 2014, avait par exemple prêté 482 000 euros à 12 sociétés du groupe, ainsi qu’1,159 million à Révolution 9… alors qu’elle perdait elle-même 789 000 euros en 2015. Le parquet considère que R9 et Blue Acacia ont pompé dans les trésoreries de leurs filiales afin de faire grandir le groupe et financer de nouvelles acquisitions, favorisant ainsi les holdings dans lesquelles ils étaient intéressés. Plusieurs sociétés n’auraient par ailleurs pas payé au fisc la TVA qu’elles devaient (plus d’1 million d’euros), ou auraient prélevé des cotisations sur les salaires de leurs employés sans les reverser à l’Urssaf.
À l’audience de première instance du 20 mai 2021, les trois entrepreneurs demandent au tribunal de commerce de Paris de surseoir à statuer. Ils rappellent que deux procédures pénales sont en cours : l’une initiée par le parquet de Paris à leur encontre pour escroquerie aux crédits-vendeurs, banqueroute, abus de biens sociaux et abus de confiance ; l’autre suite à une plainte qu’ils ont eux-mêmes déposée pour escroquerie, abus de confiance, détournement d’actif et abus de biens sociaux, contre des anciens dirigeants des filiales du groupe - procédure finalement classée sans suite. Dans ce contexte, ils estiment ne pas pouvoir donner leurs éléments de défense devant le tribunal en raison du secret de l’instruction, mais assurent n’avoir commis « aucune faute de nature à engager leur responsabilité ».
Pas suffisant pour convaincre les juges, qui rejettent leurs demandes et les condamnent tous les trois à des faillites personnelles. Olivier Baillet est sanctionné à 7 reprises - pour ses agissements dans les sociétés Révolution 9, Blue Acacia, Baobaz, Alerte Orange, Bureau de création, Additiv Communication et Ipso Facto - avec des peines allant jusqu’à 10 ans de faillite personnelle. En tant que gérant de Blue Acacia, il doit également verser 500 000 euros aux liquidateurs judiciaires pour les fautes de gestion qu’il a commises et qui se sont traduites par une insuffisance d’actif de plus de 2,9 millions d’euros dans les comptes de la société. Pour Xavier Baillet et Nicolas Bianciotto, condamnés respectivement dans 3 et 4 procédures, les sanctions vont jusqu’à 8 ans de faillite personnelle. Le trio devra également payer 1,5 million d’euros aux liquidateurs judiciaires pour leur mauvaise gestion du groupe Révolution 9.
Ils font appel, soutenant n’être pas responsable de la déconfiture de Révolution 9. Ils s’estiment « victimes d’un grand nombre de déstabilisations financières » de la part des anciens dirigeants des filiales, auteurs selon eux de « détournements d’actifs majeurs qui affectaient de façon significative les finances du groupe et remettaient en cause la viabilité du projet, et ce en concertation avec des entreprises concurrentes ». Les 17 et 24 septembre, statuant sur les sociétés Blue Acacia, Additiv Communication, Ipso Facto et Bureau de création, la cour d’appel de Paris constate que la croissance de R9 a été financée à travers des « moyens inadaptés à la situation économique des sociétés acquises et à leur détriment ». Un « schéma » déjà employé par Blue Acacia, avant d’être utilisé par Révolution 9 « à raison d’une acquisition toutes les deux semaines en moyenne et sur des sociétés de plus grande envergure, dans la perspective finale d’augmenter la taille du groupe R9 ».
La cour confirme les interdictions de gérer prononcées en première instance, mais réduit leur durée : 8 ans pour Olivier Baillet, 3 ans pour Xavier Baillet et Nicolas Bianciotto. La somme que doit verser Olivier Baillet aux mandataires judiciaires de Blue Acacia est également ramenée à 350 000 euros. Interrogé par L’Informé, Nicolas Bianciotto précise que les décisions rendues par le tribunal de commerce et la cour d’appel résultent du fait qu’ils n’ont pas développé leurs arguments et leurs conclusions, étant « encore tenus au secret de l’instruction » : « Il s’agit d’une affaire éminemment complexe présentant plusieurs volets. Le tribunal de commerce a tranché un débat juridique pour l’instant, mais le fond du dossier, qui pourrait réserver certaines surprises, n’a pas encore été abordé à ce stade. » Il indique que les arrêts de la cour d’appel feront « probablement l’objet d’un renvoi en cassation ». Contactés, Olivier et Xavier Baillet n’ont pas répondu à nos sollicitations.
D’autres décisions, concernant les filiales Baobaz, Alerte Orange et Iriscomm, ainsi que la société Révolution 9 elle-même, sont attendues le 29 octobre.