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Continuer la lectureLe comptable détournait les chèques de son entreprise, la banque condamnée pour défaut de vigilance
Le salarié avait réussi à soustraire à son employeur près d’1,8 million d’euros. Épinglé, il fait tomber avec lui la Banque Populaire Rives de Paris et son homologue Val de France, qui avaient accepté d’encaisser les chèques.
Son tour de passe-passe était aussi simple qu’efficace. Durant trois ans, Ludovic L. a été responsable de la comptabilité de Biribin, une compagnie de location de voitures de luxe pour les entreprises. Chaque jour ou presque, il recevait des chèques signés de sa directrice pour honorer diverses factures de la société… Jusqu’à ce que lui vienne une idée : créer de fausses factures à présenter à sa patronne pour lui soutirer des chèques indus. Grâce à un stylo à encre effaçable, il modifiait ensuite, discrètement, l’ordre pour le mettre à son nom et encaissait les sommes sur ses comptes bancaires personnels. Une entourloupe grossière ? L’opération, réitérée à 467 reprises entre 2013 et 2015, lui aura permis d’empocher près d’1,8 million d’euros… Avant de se faire rattraper par la patrouille. Mais, épinglé, il n’est pas tombé seul : la Banque Populaire Rives de Paris et la Banque Populaire Val de France viennent, aussi, d’être condamnées à indemniser Biribin pour avoir accepté d’encaisser ces drôles de chèques sans broncher.
Dans cette affaire, il faut reconnaître à Ludovic L. une certaine audace. Le salarié ne se contentait pas d’amasser une confortable épargne, il falsifiait aussi ses fiches de paye afin de convaincre ses conseillers bancaires de lui accorder des crédits. Il est ainsi parvenu à obtenir deux prêts de 278 000 euros et 507 000 euros auprès de la Banque populaire Rives de Paris, immédiatement dépensés dans l’achat de deux appartements et plusieurs véhicules, dont une Porsche Cayenne Turbo. Et le comptable n’en était pas à son coup d’essai. Il avait déjà été condamné pour mauvaise gestion de l’entreprise Wladimir Reine, un autre transporteur de voyageurs par taxi, liquidée depuis. Directeur de la société de 2010 à 2012, il y avait tenu une comptabilité fictive, avait omis de déclarer la cessation des paiements de la boîte et avait arnaqué l’URSSAF de 340 000 euros. Des éléments suffisants, à l’époque, pour pousser le tribunal de commerce de Paris à lui interdire de diriger, gérer, administrer ou contrôler une entreprise pendant sept ans. Ce qui ne l’a pas empêché de prendre les finances de Biribin…
En 2017, le tribunal a finalement retenu vingt mois d’emprisonnement avec sursis contre l’énergumène, ainsi que la confiscation de tous les biens frauduleusement acquis et l’obligation de rembourser 1,8 million d’euros à Biribin Limousines et Biribin Europe. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Car « les détournements de Monsieur L. ont mis en péril la situation financière des sociétés Biribin, au point que Silvana Biribin a dû contracter un prêt bancaire pour éviter une procédure de liquidation judiciaire », selon l’avocat de la plaignante. En juillet 2019, Silvana Biribin décide alors de demander une indemnisation amiable aux deux banques, la Banque populaire Rives de Paris et la Banque populaire Val de France, toutes deux responsables de l’encaissement des chèques « falsifiés grossièrement », selon l’avocat. Devant un refus de leur part, la cheffe d’entreprise s’engage dans une nouvelle procédure judiciaire, pour faire reconnaître le manque de « leurs obligations de vigilance », de « neutralisation des fonds » et de « dénonciation à Tracfin », l’organe du renseignement français chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent, la fraude fiscale et le financement du terrorisme notamment.
La Cour d’appel de Paris lui a, finalement, en partie donné raison. L’instance a retenu une responsabilité partagée entre les sociétés lésées et les banques, condamnant ces dernières à payer des dommages et intérêts, respectivement 56 800 euros pour la Banque populaire Val de France et 52 900 euros pour son homologue Rives de Paris. Le directeur de la communication de la banque Rives de Paris, Carlos Sevivas, a assuré que son établissement « s’est exécuté », refusant d’expliciter davantage un éventuel renforcement des dispositifs internes de lutte anti-blanchiment. Du reste, ni Ludovic L., ni Silvana Biribin, ni la Banque populaire Val de France n’ont répondu à nos sollicitations.