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Transports - Auto

Vélos en libre-service à Paris : le recours qui pourrait changer la donne

En juin dernier, Dott, Lime et Voi ont été sélectionnés par la mairie d’Anne Hidalgo pour se partager la flotte de vélos en libre-service. Deux acteurs évincés tentent de faire invalider la décision.

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ERIC BRONCARD / Hans Lucas via AFP

Au départ, ils étaient onze. À l’arrivée, ils n’étaient plus que trois : le franco-allemand Dott, l’américain Lime, et le suédois Voi se partageront le marché parisien des vélos en libre-service à partir du 1er octobre. Au terme d’un appel à candidature, les trois entreprises ont en effet décroché en juin dernier un juteux contrat de quatre ans à Paris, où l’utilisation de ces vélos a explosé en 2024, avec 21,8 millions de trajets. Un chiffre boosté de surcroît par l’interdiction des trottinettes en libre-service dans la capitale depuis le 1er septembre 2023.

Mais cette sélection a également froissé des concurrents écartés : dès l’annonce des résultats, l’opérateur français Pony (dans lequel a investi le fonds d’investissement Kima Ventures de Xavier Niel, actionnaire de l’Informé, ndlr), actif à Nice, Lorient ou Nantes, a fait savoir son désarroi. Et annoncé contester le choix de la Ville auprès du tribunal administratif. En cause ? Des « éléments » qui auraient entaché la procédure « d’irrégularité ». Selon nos informations, l’entreprise tricolore a en effet déposé un recours pour contester la validité des contrats conclus avec les trois autres opérateurs le 4 septembre dernier, et a également déposé le 5 septembre un recours en référé pour suspendre la décision de la mairie, le temps d’obtenir une décision sur le fond.

Dans ce recours, consulté par l’Informé, on apprend que la ville de Paris a écarté la candidature de Pony en raison d’un dossier jugé incomplet. En cause : une querelle autour des comptes annuels certifiés que demandait Paris à tous les prétendants. Selon la ville, Pony ne les aurait pas fournis à temps. Ce dernier assure pourtant les avoir bien envoyés, même s’ils n’étaient pas dans l’enveloppe demandée : alors qu’il fallait les glisser dans l’enveloppe « candidature », l’entreprise les a mis dans l’enveloppe « offre »… La société estime donc que Paris ne pouvait pas « régulièrement constater que la candidature Pony était incomplète et l’écarter pour ce motif ». D’autres arguments ont été avancés par la mairie, comme le fait que les comptes fournis n’étaient pas certifiés. Ce que Pony nie également. Elle estime également que Paris a « manqué de transparence en ne fournissant aucune indication aux candidats sur la ‘composition de l’entité’ chargée de l’examen des plis ».

Pour Pony, « il est certain que la ville de Paris a gravement manqué à ses obligations. La procédure suivie est donc indiscutablement entachée d’irrégularité ». Le tout entraînant un « doute sérieux sur la légalité des conventions conclues ». Pour justifier de l’urgence de la situation, nécessaire en matière de référé, la société alerte particulièrement sur sa situation financière, indiquant que le contrat parisien présentait un « caractère stratégique pour son équilibre économique » : elle avait même intégré à son business plan sur les 12 prochains mois la somme de 18 millions d’euros, censés provenir de l’exploitation du contrat espéré. Plus encore, l’entreprise créée en 2017 et largement déficitaire sur les dernières années (elle a perdu 2,8 millions d’euros en 2024) indique même dans le référé risquer le redressement judiciaire si elle ne décroche pas le marché : « L’attribution du contrat contestée devait permettre à la société exposant d’atteindre l’équilibre financier, d’éviter un éventuel redressement judiciaire et de consolider sa position de leader sur son marché national. Du fait de son éviction irrégulière ces objectifs ne pourront être atteints ». Contacté, le directeur des affaires publiques de Pony, Guillem Leroux, est toutefois moins formel : « Nous n’avons pas de doute sur notre viabilité financière, mais l’obtention du marché de Paris aurait pu accélérer l’atteinte de nos objectifs. »

Dans un second argumentaire pour justifier l’urgence de la situation, Pony dit également craindre les conséquences si les conventions ne sont pas suspendues mais que la justice finit par lui donner raison au fond : « La probable mesure de résiliation ordonnée par le juge du fond entraînerait un retrait immédiat des vélos du domaine public, et donc une rupture de la continuité du service ». « En tant que leader français du secteur, on est évidemment très attristé de ne pas avoir vu notre candidature évaluée, conclut Paul-Adrien Cormerais, le fondateur de la société. C’est l’objet du recours : faire valoir nos droits et faire que la procédure soit relancée ! Notre objectif reste inchangé : voir nos vélos deux places, fabriqués en France, dans les rues de Paris. » Le référé déposé par Pony sera examiné par le tribunal administratif de Paris la semaine prochaine.

Selon nos informations, un autre candidat évincé, l’anglo-saxon Forest, a également déposé un recours auprès du tribunal administratif pour contester la validité des conventions établies entre la ville de Paris et les trois opérateurs sélectionnés. Contacté, le représentant de Forest sur le marché français, Stanislas Jallot, évoque une « erreur d’appréciation de la ville sur [leur] dossier ».

Contactée, la mairie de Paris n’avait pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.