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Continuer la lectureLicencié, un acteur porno attaque la SNCF devant les prud’hommes
Conducteur de train depuis plusieurs années, Lucas* estime avoir été remercié illégalement par la compagnie ferroviaire. Il va prochainement demander sa réintégration devant le conseil de prud’hommes de Paris.
« Tout le monde savait sur mon lieu de travail, et s’en amusait. Je ne comprends pas comment on en est arrivé là. » Attablé dans un café près de la porte de Versailles, à Paris, Lucas regarde aujourd’hui avec amertume son expérience avec la SNCF. Licencié en novembre 2022 par la compagnie ferroviaire, l’ex-employé se bat depuis près de deux ans pour obtenir sa réintégration, estimant son éviction dépourvue de cause réelle et sérieuse. Pire encore, pour lui, sa mise à l’écart serait entachée d’une discrimination de mœurs, liée à ce qu’il considère comme son « hobby » : le tournage de films X.
Tout commence en 2017, lorsque Lucas est embauché comme conducteur de train sur les lignes E et P du Transilien, qui relient Paris à l’est de l’Île-de-France. Ancien militaire, il bénéficie d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) en raison d’une ancienne blessure au pied. Cette dernière lui cause plusieurs arrêts maladies tout au long de son contrat avec l’entreprise. Mis à part ces difficultés liées à son état de santé, le conducteur ne rencontre pas de difficultés dans son travail qu’il apprécie.
« En parallèle, avec ma femme, nous tournions dans des vidéos pornographiques, et avons ouvert une petite boutique en ligne de revente de lingerie sexy, explique Lucas à l’Informé. Je ne le criais pas sur tous les toits, mais je ne l’ai jamais caché à mes collègues ou à mes chefs. » Alors lorsqu’il reçoit en juillet 2022 une demande d’explication écrite de sa hiérarchie, c’est la surprise totale. Dans ce courrier, sa direction lui dévoile les résultats d’un rapport de la « cellule investigation numérique » de la SNCF. Cette dernière lui reproche ses activités annexes : en effet, l’entreprise ferroviaire interdit tout cumul d’activités professionnelles, sauf autorisation expresse de la hiérarchie.
Dans sa réponse, Lucas plaide la bonne foi : il ignorait devoir signaler à ses supérieurs cette création d’entreprise, et a entrepris sa fermeture immédiatement après avoir su qu’elle posait problème. En ce qui concerne ses vidéos pornographiques, qu’il promeut sur ses réseaux sociaux (sous son nom d’acteur Lucas Lumacarie), l’ancien conducteur fait valoir que ces activités relèvent « d’une passion et non d’un emploi » : elles sont réalisées sur ses heures de repos et la seule personne rémunérée pour ces contenus est sa femme.
Par ailleurs, la SNCF reproche également à Lucas de faire usage de ses facilités de circulation (les billets gratuits ou à tarifs réduits dont bénéficient les employés du groupe et leurs proches) « dans le cadre de [ses] activités accessoires ». Une accusation réfutée par l’ancien cheminot, qui explique n’avoir utilisé ses avantages que « pour [ses] déplacements personnels ». De son côté, sa femme Marie* est également accusée d’avoir « eu un comportement inapproprié de type pornographique » à bord des trains, notamment dans une vidéo où on la voit « en train de se masturber dans les toilettes d’un TGV », ou encore sur une « photo d’elle vêtue d’un tee-shirt mentionnant « je suis actrice chez Jacquie et Michel » à bord d’un train Ouigo ». « Ces photos et vidéos relèvent de ma vie privée, indique Marie à l’Informé. La SNCF a enquêté sur mes réseaux sociaux personnels et s’est servie de mes contenus pour licencier mon mari : c’est inacceptable. » Pour Jean-François Denoyelle, représentant Sud Rail au CSE de la compagnie ferroviaire qui a accompagné Lucas, ce dernier « ne doit pas être tenu responsable des actes de sa femme ».
« Je n’avais jamais vu la SNCF fouiller autant dans la vie privée d’un employé », dénonce ainsi Denoyelle auprès de l’Informé. Lors de l’entretien disciplinaire de Lucas, le responsable syndical fait savoir sa position à l’entreprise : « Nous avons le sentiment qu’en invoquant le principe d’interdiction du cumul d’activités professionnelles ou l’usage des facilités de circulation, la SNCF vient en réalité porter un jugement moral sur sa vie privée, sur un comportement que l’entreprise estime « contraire aux bonnes mœurs ». » En sus, le syndicaliste estime que les arrêts de travail fréquents de Lucas ont également influé sur la décision. « Ils en ont eu marre et ont cherché n’importe quelle raison pour le licencier », tempête-t-il auprès de l’Informé.
Finalement, le couperet tombe en novembre 2022 : Lucas est licencié pour avoir manqué aux réglementations sur les cumuls d’activités professionnelles et l’usage des facilités de circulation. Les accusations concernant sa femme ne sont finalement pas retenues par l’entreprise. Après une tentative de conciliation non fructueuse, l’ancien conducteur a donc décidé d’attaquer la compagnie devant le conseil des prud’hommes de Paris pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, entaché de discrimination de mœurs.
Il pourra plaider sa cause lors d’une audience prévue au début du mois d’avril.
Contactée, la SNCF n’a pas souhaité commenter un dossier « entre les mains des prud’hommes ».
*Lucas et Marie sont les noms d’acteurs et non les vrais noms du couple.