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Continuer la lectureLa région Normandie devrait choisir Sealar pour piloter ses quatre aéroports
Un appel d’offres avait été lancé en juillet 2023 pour déléguer à un gestionnaire unique les aéroports de Caen, du Havre, de Deauville et de Rouen.
C’est un projet lancé il y a trois ans qui devrait trouver ces prochaines semaines son aboutissement. La région Normandie s’apprête à attribuer à Sealar, un gestionnaire d’aéroports créé par les filiales d’ingénierie des Chambres de commerce du Finistère et d’Aix-Marseille-Provence, l’exploitation en commun de quatre aéroports : Caen-Carpiquet, Le Havre-Octeville, Deauville-Normandie et Rouen-Vallée de la Seine, selon plusieurs sources. L’entreprise brestoise, déjà opératrice de plateformes régionales comme Brest et Le Havre, est associée avec un partenaire local puissant : Samfi-Invest, la société d’investissement du groupe familial de transport routier Malherbe, basé à Caen. Des élus normands ont annoncé le choix de la Région à plusieurs acteurs de l’appel à candidatures. Des négociations en direct ont démarré pour finaliser l’accord. Une fois le marché officialisé, Sealar doit commencer ses opérations à partir du 1er janvier 2025 et pour 6 ans au Havre et à Rouen, et à compter du 1er juillet 2025 pour les aéroports de Caen et Deauville.
À l’heure de la rationalisation du réseau de transport aérien, marquée par l’arrêt du projet de Notre-Dame-des-Landes, le président de la région Hervé Morin (Les Centristes) misait sur le maintien de quatre aéroports locaux, mais pilotés par une direction unique afin de jouer sur leurs complémentarités. Il visait une « force de frappe plus puissante pour offrir de nouvelles destinations et surtout renforcer l’attractivité de la Normandie ». L’ensemble n’est que faiblement rentable : il associe d’un côté Caen-Carpiquet, qui concentre la plus grande part du trafic (330 000 passagers en 2023), grâce à la présence de la compagnie low cost Volotea, et Deauville-Normandie, qui surfe sur la croissance du tourisme d’affaires et de loisirs haut de gamme. De l’autre, les aéroports du Havre et de Rouen peinent à trouver un niveau de trafic significatif qui permettrait d’équilibrer leurs comptes.
Après une longue période de maturation, la région avait lancé en mai 2022 son appel à candidatures pour la concession de service public pour l’exploitation des quatre plateformes. Mais d’entrée, un vice de procédure entache le marché : la CCI Rouen Métropole, qui a participé à l’élaboration du cahier des charges, est en effet parallèlement candidate au sein d’un consortium constitué avec ses homologues de Caen et du Havre (cette dernière étant gestionnaire de l’aéroport de Deauville). Le processus, auquel participent aussi Sealar et Edeis, un gestionnaire d’infrastructures (ex-SNC Lavalin) qui exploite une vingtaine d’aéroports dont celui de Cherbourg, est stoppé en février 2023.
La Région choisit alors de repartir de zéro avec un nouvel appel à candidatures en juillet 2023. Les trois mêmes candidats remettent une offre à l’automne dernier. Et Sealar en sort gagnante « contre toute attente », selon un professionnel du secteur. La décision devrait être officialisée à la rentrée avec un vote du conseil régional. « Hervé Morin ne cachait pourtant pas sa proximité avec les présidents des CCI des métropoles normandes ce qui rendait leur candidature favorite aux yeux de chacun, s’interroge ce spécialiste. Et les chambres de commerce ont plutôt fait du bon travail pour développer les plateformes dont elles avaient la charge. » Le positionnement très agressif sur ce dossier de Sealar, issu du monde consulaire, face à des CCI ne manque pas également d’étonner. « Son principe fondateur est d’apporter une expertise en ingénierie aéroportuaire quand la CCI locale ne souhaite pas être gestionnaire en direct, rappelle un ancien salarié. En Normandie, ça a plutôt tourné au bras de fer ».
L’entreprise doit par ailleurs trouver de nouvelles ressources pour faire face aux difficultés qu’elle rencontre à l’aéroport de Poitiers suite à la fin de la DSP (délégation de service public) de la liaison aérienne Lyon-Poitiers-La Rochelle. À Brest, la liquidation de la compagnie bretonne Celeste contrarie également ses plans. Un prochain test sera l’appel d’offres pour la gestion de l’aéroport de Rennes (587 000 passagers en 2023), que vient de lancer la région Bretagne. L’actuel concédant est un consortium réunissant le géant Vinci Airports et la CCI d’Ille-et-Vilaine.