Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Finance - Conseil

La nouvelle PDG de La Poste se fait voter un parachute doré

En fonction depuis la fin octobre, Marie-Ange Debon touchera deux ans de salaire en cas de départ anticipé du groupe public. Son prédécesseur ne bénéficiait pas de cet avantage.

Photo
Veuillet Quentin / Veuillet Quentin/ABACA

L’information risque de susciter quelques remous… Nommée PDG du groupe La Poste le 22 octobre dernier, Marie-Ange Debon, ex-présidente de Keolis, la filiale de transports publics de la SNCF, a obtenu en fin d’année, selon nos informations, que soient entérinées des indemnités financières auxquelles elle pourra prétendre à la fin de son mandat. Une protection inédite au sein du groupe contrôlé par l’État (34 % du capital) et la Caisse des dépôts et consignations (66 %). La dirigeante recevra un coquet chèque de 450 000 euros à la fin de son mandat, et même une indemnité de 900 000 euros si elle devait quitter ses fonctions avant.

Dans le détail, le conseil d’administration de La Poste a en effet approuvé, lors de sa réunion du 18 décembre dernier, que la nouvelle PDG pourrait recevoir une indemnité en cas de départ anticipé, c’est-à-dire si elle est contrainte de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat de cinq ans. Son montant a été fixé à 12 mois de rémunération fixe annuelle. L’instance a, en outre, validé que Marie-Ange Debon bénéficiera d’une autre indemnité, dite de non-concurrence, représentant 12 mois de rémunération fixe. Ce dédommagement lui sera versé qu’elle cède ou non son fauteuil avant octobre 2030.

Au total, ce « parachute doré », un dispositif fréquent dans le secteur privé mais inhabituel pour le dirigeant d’un groupe public selon plusieurs observateurs du secteur, représente donc deux ans de rémunération brute. Le conseil d’administration y a ajouté une assurance supplémentaire pour sa nouvelle dirigeante : le groupe La Poste prendra à sa charge la souscription et les cotisations d’une assurance « perte de mandat social » à son profit. Il a enfin fixé la rémunération de Marie-Ange Debon au maximum autorisé dans les entreprises détenues par l’État depuis un décret de 2012, soit 450 000 euros brut par an.

Ce niveau de rémunération correspond à celui de son prédécesseur, Philippe Wahl, resté douze ans aux manettes du groupe postal entre 2013 et 2025. Mais ce sont les deux mesures concernant le « parachute doré » qui sont « une première pour un groupe comme La Poste », s’étonne un haut cadre. Effectivement, Philippe Wahl ne bénéficiait d’aucun avantage de ce type, selon le dernier rapport financier publié par le groupe, pour l’exercice 2024.

Interrogée, l’entreprise répond que « le conseil d’administration du Groupe La Poste a décidé de fixer la rémunération et les conditions de fin de mandat de sa présidente, Marie-Ange Debon, à l’identique de celles qui lui ont été attribuées par le conseil de surveillance de Keolis en 2020, lorsqu’elle en a pris la présidence du directoire. »

Le sujet n’a pas été communiqué officiellement en interne, mais il fait déjà l’objet de multiples échanges entre les hauts cadres de La Poste en cette rentrée. « Dans le contexte de réduction du nombre de bureaux de poste et de modération salariale, se faire voter un parachute de deux ans de salaire en cas d’éviction en cours de mandat est absolument extravagant, indique un dirigeant du groupe. Que le dispositif existe dans le privé, on peut moralement le regretter. Mais, dans une entreprise publique, c’est incompréhensible. »

« Ce parachute est le signe que la présidente estime que son mandat est à haut risque, observe un responsable syndical. D’une part, la situation de l’entreprise n’est pas brillante et, d’autre part, l’élection présidentielle étant dans 18 mois maintenant, l’alternance politique annoncée dans tous les sondages d’opinion pourrait lui coûter sa place avant 2030 ». Effectivement, l’activité de La Poste et le résultat d’exploitation étaient orientés à la baisse en 2025, alors qu’une progression était prévue au budget, indiquent plusieurs sources internes.

Les difficultés s’amoncellent déjà pour Marie-Ange Debon. « La PDG est confrontée d’emblée à plusieurs fronts, juge un bon connaisseur du groupe. Le business est compliqué, l’accord avec le chinois Temu lui a mis à dos tous les distributeurs français, deux cyberattaques à la fin de l’année ont mis en rideau les sites de La Poste et les éditeurs de presse sont vent debout contre la hausse des tarifs de distribution. Elle va devoir plus s’appuyer sur son comex, divisé par la rivalité entre Nathalie Collin, la directrice du réseau et du numérique, et Stéphane Dedeyan, le patron de la Banque postale, qui voulaient chacun la présidence, et souder ses équipes autour d’une nouvelle stratégie. »