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Continuer la lectureLes comptes de La Poste plombés par les résultats de Geopost à l’étranger
La branche de colis express devait être un relais de croissance pour le groupe postal, confronté à une baisse continue de l’activité courrier depuis plusieurs années.
La toute nouvelle PDG de La Poste, Marie-Ange Debon, n’a pas la tâche facile. Le groupe doit annoncer ses résultats financiers 2025 fin février et, selon plusieurs sources internes, ils seront décevants. Le chiffre d’affaires devrait ressortir en léger recul : à la chute continue des volumes de l’activité courrier s’ajoute désormais une baisse de l’activité de colis express (Geopost). Côté rentabilité, le pôle de bancassurance, réunissant La Banque Postale et CNP Assurances, a continué en 2025 de jouer son rôle de centre de profit pour l’ensemble, porté l’année dernière par le redressement plus rapide que prévu de la banque de détail. Mais les dirigeants du groupe postal s’attendent malgré tout à un recul des bénéfices, selon nos informations. Il est vrai qu’en 2024, les profits avaient été gonflés par la cession de La Poste Mobile, qui avait rapporté 484,5 millions d’euros. L’opération avait permis au groupe d’afficher un résultat net positif de à 1,4 milliard d’euros. Celui-ci devrait être « inférieur de plus de 200 millions d’euros pour 2025, un niveau inférieur au budget initial », indique une source interne au fait des questions financières.
Si le courrier et le numérique redressent leurs comptes grâce à une maîtrise des charges, c’est Geopost, la filiale de livraison de petits colis express, qui a, à l’inverse, subi l’année dernière une chute de ses bénéfices, selon plusieurs sources. « Les résultats à l’étranger sont catastrophiques à l’exception de la Pologne, confie l’une d’elles. Heureusement, l’activité en France se porte plutôt bien : Geopost profite d’être le premier acteur du colis dans l’Hexagone, ce qui permet de limiter la casse. » Présent dans 50 pays, l’opérateur, dirigé par Yves Delmas, apportait 15,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et 624 millions de bénéfices d’exploitation. L’année dernière, le chiffre d’affaires de Geopost a été à peu près stable, porté par une hausse de 4 % des colis transportés, mais le résultat est attendu en chute de près de 150 millions d’euros, plombé par une concurrence qui a fortement pesé sur les prix.
« Geopost est aussi contraint par l’évolution de la demande, avec une baisse de la livraison à domicile au profit de la livraison des colis en consigne ou chez un commerçant partenaire, moins rentable », détaille une source interne. Au-delà, Geopost pâtit des contre-performances de ses plus grosses filiales en Europe : en Allemagne et au Royaume-Uni (sous la marque DPD) et en Italie.
Et l’Asie n’arrange rien, bien au contraire. Ninja Van, la filiale du groupe qui couvre la zone Sud-Est, se retrouve en grandes difficultés face aux opérateurs chinois mais aussi japonais du colis express. Conséquence : La Poste a dû passer l’année dernière une dépréciation dans ses comptes sur la totalité de la valeur de l’actif, soit 109 millions d’euros qui auront un impact équivalent sur le niveau du résultat net 2025 du groupe.
Ninja Van avait surfé sur la vague de l’e-commerce en Asie : ses volumes de livraisons étaient passés de moins de 30 millions en 2018 à près de 500 millions de colis en 2021. Cette rapide expansion avait alors attiré à son tour de table La Poste et aussi le géant chinois de l’e-commerce Alibaba. Mais l’entreprise continue de perdre de l’argent, obligeant La Poste à remettre au pot. Présent jusqu’ici dans six pays (Singapour, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Philippines), « Ninja Van vient de fermer ses opérations au Vietnam, indique une source interne. Il y a désormais des doutes sur la pérennité de l’entreprise. »
Interrogée, la direction de La Poste n’a pas souhaité commenter nos informations.
Le rachat de BRT en Italie, une aventure hasardeuse
Acquis en 2020 pour 1,3 milliard d’euros, le leader du colis italien BRT est devenu une grave source de multiples problèmes. Geopost s’est en effet retrouvé empêtré dans une affaire d’exploitation de travailleurs précaires via des sous-traitants peu scrupuleux de sa nouvelle filiale, ainsi que l’avait révélé l’Informé. Dès 2023, le groupe a dû passer une provision de 162 millions d’euros pour un problème de TVA dû à l’État italien ; la même année, la société a été placée sous contrôle judiciaire en Italie pour des accusations de travail forcé. En 2024, La Poste a perdu un procès pour manquement au devoir de vigilance en raison de risques trop généraux ; le jugement a été confirmé en juin 2025 par la cour d’appel de Paris, notamment en raison de manquements sur la description des risques concernant les prestataires et sous-traitants. Pour couronner le tout, le groupe a découvert que son acquisition avait été surpayée : la rentabilité initialement promise de la filiale italienne était en partie due à l’absence de paiements de charges sociales par ses sous-traitants ; par ailleurs, les locaux de BRT, en grande majorité détenus par la famille Bartolini ayant cédé sa participation, présentaient des loyers surévalués. Une médiation aurait toutefois permis d’obtenir l’année dernière auprès du vendeur un dédommagement à hauteur de 110 millions d’euros, et une réduction de la dette nette de loyers de 231 millions.